Le mur du silence dans le couple : comprendre et briser le stonewalling
Vous avez besoin de parler. De ce malentendu de ce matin, de cette tension qui traîne depuis trois jours, de ce sujet important que vous repoussez depuis des semaines. Vous vous lancez. Et en face, rien. Un mur. Votre partenaire ne répond pas, regarde ailleurs, hausse les épaules, ou quitte la pièce.
Vous insistez. Vous haussez le ton. Vous pleurez peut-être. Et le mur reste. Impénétrable. Infuriating. Dévastateur.
Le mur du silence — ou stonewalling, terme introduit par le psychologue John Gottman — est l’un des comportements les plus destructeurs dans un couple. Identifié comme le quatrième des 4 cavaliers de l’Apocalypse de Gottman, il prédit la séparation avec une fiabilité remarquable.
Mais contrairement à ce que perçoit le partenaire qui le subit, le stonewalling n’est presque jamais un acte de cruauté délibérée. C’est un mécanisme de survie — et le comprendre change tout.
Qu’est-ce que le stonewalling exactement ?
Le stonewalling désigne le retrait émotionnel et communicationnel total pendant une interaction de couple. La personne qui « fait le mur » cesse de participer au dialogue : elle ne répond plus, ne regarde plus, ne montre plus aucun signe d’engagement dans la conversation.
Les manifestations concrètes
- Le silence complet : Aucune réponse verbale, même quand une question est posée directement
- Le retrait physique : Quitter la pièce, s’enfermer dans une autre pièce, partir en voiture
- La présence vide : Rester assis mais regarder la télévision, le téléphone, ou le vide — sans aucune réaction aux paroles du partenaire
- Les réponses minimales : « Hm », « Si tu veux », « C’est bon » — des mots qui ne communiquent rien et qui ferment le dialogue
- Le changement de sujet systématique : Refuser de manière répétée d’aborder certains sujets
Ce qui n’est PAS du stonewalling
Il est important de distinguer le stonewalling de comportements qui peuvent lui ressembler :
- Avoir besoin de temps pour réfléchir avant de répondre (normal et sain, à condition de le communiquer)
- Être fatigué(e) et ne pas avoir l’énergie pour une discussion (à condition de proposer un autre moment)
- Être en désaccord silencieux sur un point précis (différent du retrait total)
- Se taire pour ne pas dire quelque chose de blessant (acte de maîtrise, pas de fuite)
La différence fondamentale : dans le stonewalling, le retrait est non communiqué, non négocié, et non limité dans le temps. Le partenaire n’est pas informé de ce qui se passe ni de quand le dialogue pourra reprendre.
Pourquoi le stonewalling touche davantage les hommes
Les données de Gottman sont claires : dans 85 % des cas, c’est l’homme qui pratique le stonewalling. Ce n’est pas un cliché — c’est une donnée scientifique qui s’explique par des facteurs physiologiques et psychologiques identifiés.
Le facteur physiologique : le flooding
Le terme flooding (envahissement) désigne un état d’activation physiologique intense : rythme cardiaque au-dessus de 100 bpm, sécrétion de cortisol et d’adrénaline, tension musculaire. En situation de conflit conjugal, les études montrent que les hommes atteignent ce seuil d’envahissement plus rapidement et plus intensément que les femmes.
Quand le flooding se produit, les capacités cognitives supérieures (écoute, empathie, formulation) s’effondrent. Le cerveau bascule en mode « survie » — combat ou fuite. Le stonewalling est la version « fuite » de cette réponse.
L’homme qui se mure dans le silence n’est pas, le plus souvent, indifférent. Il est submergé — son système nerveux est en surcharge et il a perdu la capacité de communiquer de manière fonctionnelle.
Le facteur socioculturel : l’éducation émotionnelle
Les garçons sont encore largement éduqués dans l’idée que les émotions doivent être contenues. « Un homme ne pleure pas », « sois fort », « ne montre pas tes faiblesses » — ces injonctions produisent des adultes qui n’ont tout simplement pas appris à nommer, reconnaître et exprimer ce qu’ils ressentent.
Quand le conflit monte, ils n’ont pas les outils verbaux pour y faire face — et le silence devient le seul refuge.
Le facteur d’attachement : le style évitant
Le stonewalling est fortement corrélé au style d’attachement évitant. Les personnes à attachement évitant ont appris très tôt que la proximité émotionnelle est dangereuse — que s’ouvrir, c’est s’exposer à la déception ou à l’envahissement. Face à un conflit qui exige de l’intimité émotionnelle, leur réflexe est de se retirer.
Ce schéma est particulièrement dévastateur dans les couples anxieux-évitant : plus le partenaire anxieux demande du dialogue, plus l’évitant se ferme — et plus il se ferme, plus l’anxieux insiste.
A retenir : Le stonewalling n’est pas un acte de cruauté — c’est un mécanisme de protection face à un envahissement émotionnel que la personne ne sait pas gérer autrement. Comprendre cela ne rend pas le comportement acceptable, mais cela change la manière dont on peut y répondre.
L’impact dévastateur sur le partenaire qui subit le mur
Si le stonewalling est un mécanisme de protection pour celui qui le pratique, il est vécu comme un abandon par celui qui le subit. Et cet abandon est d’autant plus douloureux qu’il se produit au moment où le partenaire a le plus besoin de connexion.
Les effets émotionnels
- Sentiment d’invisibilité : « Je parle dans le vide, je n’existe pas pour lui/elle »
- Colère croissante : L’absence de réponse est interprétée comme du mépris ou de l’indifférence, ce qui intensifie la frustration
- Anxiété relationnelle : Le silence active le système d’attachement (« Est-ce qu’il/elle m’aime encore ? »), particulièrement chez les personnes à attachement anxieux ou à tendance de dépendance affective
- Sentiment d’impuissance : Quand toute tentative de dialogue se heurte à un mur, le partenaire finit par se sentir piégé(e) — incapable de résoudre les problèmes ET incapable de les ignorer
- Érosion de l’estime de soi : À force de ne pas être entendu(e), on finit par douter de la légitimité de ses propres besoins
Le cercle vicieux demande-retrait
Le mur du silence s’inscrit presque toujours dans une dynamique circulaire connue en thérapie de couple sous le nom de patron demande-retrait (demand-withdraw pattern) :
- Le partenaire A exprime un besoin ou une plainte
- Le partenaire B se ferme (stonewalling)
- Le partenaire A insiste, hausse le ton, s’énerve
- Le partenaire B se ferme davantage
- Le partenaire A explose ou abandonne
- Le sujet n’est jamais résolu
- Le ressentiment s’accumule des deux côtés
Ce patron est l’un des plus prédictifs de l’insatisfaction conjugale. Il est auto-renforçant : chaque épisode rend le suivant plus probable et plus intense.
Comment briser le mur du silence : protocole en 5 étapes
Étape 1 : Reconnaître le flooding (si vous êtes celui/celle qui se ferme)
La première étape est de reconnaître que votre silence n’est pas un choix neutre — c’est un signe que vous êtes physiologiquement submergé(e). Apprenez à repérer vos signaux d’envahissement :
- Accélération du rythme cardiaque
- Tension dans la mâchoire, les épaules, les poings
- Sensation de « brouillard » mental
- Envie irrépressible de fuir la conversation
- Incapacité à trouver vos mots
Quand vous repérez ces signaux, c’est le moment d’activer l’étape 2.
Étape 2 : Communiquer la pause (au lieu de l’imposer)
La différence entre le stonewalling et une pause saine tient en une phrase :
Stonewalling : Se lever et partir. Ou rester et ne plus répondre.
Pause communiquée : « Je sens que je suis en train de me fermer. Ce n’est pas parce que je m’en fiche — c’est parce que je suis submergé(e). J’ai besoin de [20/30] minutes pour me calmer. Je reviens et on en reparle. »
Cette phrase est courte, mais elle contient quatre éléments essentiels :
1. La reconnaissance de ce qui se passe (« je me ferme »)
2. La réassurance (« ce n’est pas parce que je m’en fiche »)
3. Le besoin (« j’ai besoin de temps »)
4. L’engagement de revenir (« je reviens »)
Étape 3 : Utiliser la pause activement
Pendant la pause (minimum 20 minutes, maximum 1 heure), ne ruminez pas vos arguments. Le but est de faire redescendre l’activation physiologique :
- Marchez (l’activité physique métabolise le cortisol)
- Respirez en cohérence cardiaque (5 secondes d’inspiration, 5 secondes d’expiration)
- Écoutez de la musique apaisante
- Ne consultez pas les réseaux sociaux (ils maintiennent l’activation)
Étape 4 : Revenir et honorer l’engagement
C’est l’étape la plus importante — et la plus souvent manquée. Beaucoup de personnes qui pratiquent le stonewalling demandent une pause… et ne reviennent jamais sur le sujet. Le partenaire apprend alors que « j’ai besoin d’une pause » signifie en réalité « je ne veux pas en parler » — et la confiance dans le processus s’effondre.
Revenez. Même si le sujet est difficile. Même si vous n’avez pas envie. Dites : « Je suis prêt(e) à en reparler. Tu veux qu’on reprenne maintenant ? »
Étape 5 : Apprendre un langage émotionnel (travail de fond)
Si le stonewalling est votre schéma habituel, c’est probablement parce que vous n’avez pas les outils pour naviguer les conversations émotionnelles intenses. Un travail de fond, idéalement avec un professionnel, peut vous aider à :
- Nommer vos émotions (développer le vocabulaire émotionnel)
- Tolérer l’inconfort sans fuir (exposition graduée au conflit)
- Exprimer vos besoins sans vous sentir vulnérable (techniques de communication non violente)
- Comprendre votre style d’attachement et son influence sur votre comportement
Si vous êtes le partenaire qui subit le mur : 4 stratégies
1. Cesser de poursuivre
Plus vous insistez, plus votre partenaire se ferme. C’est contre-intuitif, mais la poursuite alimente le retrait. Si votre partenaire se ferme, résistez à l’envie de hausser le ton ou de multiplier les questions. Dites calmement : « Je vois que tu as besoin d’espace. Je suis là quand tu seras prêt(e) à en parler. »
2. Examiner votre style de démarrage
Les recherches de Gottman montrent que la manière dont la conversation commence prédit son issue dans 96 % des cas. Si vos discussions commencent par une critique ou une accusation, le stonewalling de votre partenaire peut être une réponse à votre style de démarrage. Essayez le démarrage en douceur décrit dans notre guide sur la communication de couple.
3. Valider le besoin de pause
Si votre partenaire dit « j’ai besoin de temps », respectez-le — même si vous êtes frustré(e). Répondez : « D’accord. Prends le temps qu’il te faut. On en reparle quand tu es prêt(e). » Cette validation diminue l’anxiété de votre partenaire et rend le retour au dialogue plus probable.
4. Exprimer l’impact sans accuser
Quand le dialogue reprend, exprimez l’effet du silence sur vous sans blâmer : « Quand tu te fermes pendant une discussion, je me sens seul(e) et impuissant(e). J’ai besoin de savoir qu’on peut traverser les moments difficiles ensemble, même si on n’est pas d’accord. »
A retenir : Le mur du silence est un symptôme, pas une cause. Il signale que le système de communication du couple est défaillant — pas que l’un des deux est « méchant » ou « indifférent ». Le traitement passe par la compréhension mutuelle des mécanismes sous-jacents et par l’apprentissage de nouvelles habitudes de dialogue.
Quand consulter un professionnel ?
Le stonewalling nécessite un accompagnement professionnel quand :
- Le mur du silence est la réponse systématique à tout conflit
- Les pauses sont demandées mais jamais suivies d’un retour au dialogue
- Le partenaire qui subit le silence développe des symptômes anxieux ou dépressifs
- Le couple est pris dans une spirale demande-retrait qui s’aggrave
- Le stonewalling s’accompagne d’autres cavaliers de Gottman (en particulier le mépris)
- Le silence dure plusieurs jours après un conflit
- L’un des partenaires envisage la séparation comme seule issue
En tant que psychopraticien TCC à Nantes, j’accompagne des couples pris dans la dynamique du mur du silence avec un protocole qui combine travail individuel (gestion du flooding, développement du vocabulaire émotionnel) et travail de couple (modification du patron demande-retrait, apprentissage de la pause structurée).
Le stonewalling est l’un des comportements les plus frustrants à vivre dans un couple — mais c’est aussi l’un des plus réceptifs au travail thérapeutique. Quand les deux partenaires comprennent le mécanisme et s’engagent dans le changement, les résultats sont souvent rapides et significatifs.
Le mur du silence empoisonne votre couple ? En tant que psychopraticien TCC à Nantes, je vous accompagne pour comprendre ce mécanisme et installer une communication saine, même dans les moments de tension. Contactez-moi pour un premier rendez-vous.
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Quel beau parcours Julie. C’est exactement ce genre de retour qui donne du sens a mon travail. Vous avez fait le plus dur : passer a l’action. Le reste suivra naturellement.
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Gildas
Merci pour les references scientifiques. Ca change des articles de pseudo-psychologie qu’on voit partout.
Merci a vous Camille pour ce retour. Savoir que mes articles aident concretement les gens est ma plus grande motivation. Continuez a prendre soin de vous, vous etes sur la bonne voie.
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Gildas
Article bookmarke. J’y reviendrai regulierement, il y a trop de choses a integrer en une seule lecture.
Nicolas, ravi que le contenu vous soit utile. N’hesitez pas a explorer les autres articles du blog, ils forment un ensemble coherent pour mieux comprendre vos mecanismes relationnels. Prenez soin de vous.
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Gildas
Votre approche TCC rend les choses tellement plus concretes que les articles classiques de psychologie. On sait quoi faire, pas juste quoi penser.
Maxime, merci de votre retour. Je suis content(e) que cet article vous parle. Si vous souhaitez aller plus loin, d’autres articles sur le blog abordent des themes complementaires. Bonne lecture !
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Gildas
Ca fait 15 ans qu’on est ensemble et on a traverse des crises terribles. Votre blog nous a aide autant qu’une therapie. Continuez.
Merci de me lire Pauline. Chaque commentaire me rappelle pourquoi j’ai cree ce blog : aider les gens a mieux se comprendre et a vivre des relations plus sereines. Au plaisir de vous relire.
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L’argent dans le couple, sujet tabou par excellence. Merci d’en parler ouvertement, ca nous a permis d’ouvrir le dialogue.
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