On se dispute depuis quon vit ensemble : faut-il sinquieter ? - Psychologie et Serenite

On se dispute depuis qu’on vit ensemble : faut-il s’inquiéter ?

On se dispute depuis qu’on vit ensemble : faut-il s’inquieter ?

Vous ne vous disputiez presque jamais. Puis vous avez emmenage ensemble. Et maintenant, c’est une friction par jour. Le tube de dentifrice, le linge qui traine, le ton monte pour un plat mal range.

Vous commencez a vous demander : est-ce normal ? Est-ce que ca va passer ? Ou est-ce que l’emmenagement a revele quelque chose de plus profond ?

La reponse courte : ca depend. Et la distinction entre « normal » et « alarmant » n’est pas une question de frequence, mais de nature.

En tant que psychopraticien TCC a Nantes, j’accompagne des couples qui se posent exactement cette question. La plupart sont rassures en quelques seances. Certains decouvrent qu’il etait temps de consulter. Voici comment faire la difference.


Pourquoi les disputes augmentent apres l’emmenagement

Avant l’emmenagement, chaque rencontre est un choix. On se voit quand on en a envie, dans des conditions qu’on maitrise. On montre la meilleure version de soi. Les irritations mineures sont invisibles parce qu’on n’y est pas expose.

Apres l’emmenagement, l’exposition est permanente. Les habitudes de l’autre deviennent visibles, les rythmes se confrontent, les attentes implicites se heurtent. Ce n’est pas que la relation se degrade : c’est qu’elle passe du mode « representation » au mode « quotidien ».

Donnees : Selon une etude OpinionWay pour Castorama (2023), 60 % des couples se disputent sur la decoration dans les premiers mois de cohabitation, et 55 % sur la repartition du menage. Ces chiffres ne revelent pas des incompatibilites : ils revelent une phase d’ajustement ou deux systemes de fonctionnement apprennent a coexister.

La question n’est donc pas « est-ce qu’on se dispute ? ». C’est : comment on se dispute.


Disputes normales vs disputes alarmantes : les 3 criteres de distinction

Critere 1 : La reparation est-elle possible ?

Dans une dispute normale, meme intense, il y a un moment ou l’un des deux fait un geste de reparation : un mot d’humour, une main posee sur l’epaule, un « bon, on recommence calmement ». Et l’autre accepte cette reparation.

Le signal d’alerte : Les tentatives de reparation sont systematiquement rejetees. L’un tend la main, l’autre la refuse. Le conflit ne se termine pas par une resolution mais par un epuisement ou un silence glace.

John Gottman, dans ses 40 ans de recherche sur les couples, identifie l’echec des tentatives de reparation comme le predicateur le plus fiable de la separation.

Critere 2 : Le conflit porte-t-il sur un sujet precis ou sur la personne elle-meme ?

Dispute normale : « Je suis agace(e) parce que la vaisselle n’est pas faite. »
Dispute alarmante : « Tu es incapable de faire quoi que ce soit correctement. »

La premiere porte sur un comportement. La seconde porte sur l’identite. La difference est fondamentale. Quand les disputes glissent systematiquement du comportement vers l’attaque personnelle, on entre dans une zone de danger relationnelle.

Critere 3 : Le conflit produit-il du changement ou de la repetition ?

Les disputes normales generent de l’evolution. Apres une friction sur le menage, un accord emerge. Apres un desaccord sur les invites, une regle se pose. Le conflit sert de catalyseur : il revele un ecart et produit un ajustement.

Le signal d’alerte : La meme dispute se repete identiquement, semaine apres semaine, mois apres mois, sans aucune evolution. Les memes mots, le meme ton, le meme resultat. Ce schema de repetition signale que le conflit de surface masque un probleme plus profond qui n’est jamais adresse.


Les 4 cavaliers de l’Apocalypse selon Gottman

John Gottman, psychologue a l’Universite de Washington, a etudie plus de 3 000 couples pendant 40 ans. Il a identifie 4 comportements qui predisent la fin d’une relation avec une fiabilite de 93 %. Il les a nommes les « 4 cavaliers de l’Apocalypse ».

Cavalier 1 : La critique

Il ne s’agit pas de formuler une plainte (« Je suis contrarie que tu aies oublie de faire les courses »). La critique, au sens de Gottman, est une attaque sur le caractere de l’autre (« Tu oublies toujours tout. Tu ne penses qu’a toi »).

La difference :
– Plainte : « Je me sens delaisse(e) quand tu passes la soiree sur ton telephone. » (Parle de soi, cible un comportement.)
– Critique : « Tu es egoiste. Tu ne t’interesses jamais a moi. » (Parle de l’autre, attaque l’identite.)

L’antidote : Formuler en « je » plutot qu’en « tu ». « Je ressens X quand Y se produit. J’ai besoin de Z. » C’est la base de la communication non-violente, et c’est aussi un pilier de la TCC appliquee au couple.

Cavalier 2 : Le mepris

C’est le plus destructeur des quatre. Le mepris inclut le sarcasme, les yeux leves au ciel, les moqueries, le cynisme, et surtout le sentiment de superiorite morale : « Je ne vois meme pas pourquoi je t’explique, tu ne comprends jamais rien. »

Donnee cle : Gottman a decouvert que le mepris est le predicateur numero un du divorce. Les couples ou le mepris est present regulierement ont un risque de separation quatre fois plus eleve que les autres.

Pourquoi c’est si destructeur : Le mepris communique un message de fond : « Tu es inferieur(e) a moi. Tu ne merites pas mon respect. » C’est une attaque sur la dignite meme de l’autre. Aucune relation ne survit durablement au mepris.

L’antidote : Developper une culture de l’appreciation. Gottman recommande un ratio de 5 interactions positives pour 1 interaction negative. Ce ratio, appele « ratio magique », est la signature des couples stables.

Cavalier 3 : L’attitude defensive

Quand on est attaque (ou qu’on se sent attaque), la reaction naturelle est de se defendre : « Ce n’est pas ma faute », « Tu exageres », « Et toi, tu fais quoi ? ». L’attitude defensive inclut la contre-attaque, la victimisation et le refus de toute responsabilite.

Le probleme : La defensivite bloque toute resolution. Si aucun des deux ne reconnait une part de responsabilite, le conflit tourne en boucle. Chaque tentative de discussion se transforme en tribunal ou chacun plaide son innocence.

L’antidote : Accepter une part de responsabilite, meme minimale. « Tu as raison, j’aurais pu penser a ranger avant de sortir. La prochaine fois, je ferai attention. » Cette phrase desescalade 90 % des conflits. Non pas parce qu’elle est sincere a 100 %, mais parce qu’elle brise le cycle attaque-defense.

Cavalier 4 : Le stonewalling (mur de pierre)

Le stonewalling, c’est le retrait total : se fermer, ne plus repondre, quitter la piece, fixer le mur avec un visage impassible. C’est le comportement de quelqu’un qui est submerge emotionnellement (ce que Gottman appelle « flooding ») et qui se coupe de l’interaction pour survivre.

Donnee : Le stonewalling est utilise dans 85 % des cas par les hommes. Non pas par desinteret, mais parce que le systeme nerveux masculin est, en moyenne, plus lent a recuperer d’une activation emotionnelle intense. Le retrait est un mecanisme de protection, pas d’agression — mais il est vecu comme un abandon par l’autre.

L’antidote : Demander une pause structuree. « J’ai besoin de 20 minutes pour me calmer. Je reviens et on en reparle. » Cette phrase remplace le mur de pierre par un pont temporaire. La cle : revenir effectivement apres la pause. La pause sans retour est un abandon deguise.


Si les 4 cavaliers sont presents : consultez rapidement

C’est le message central de cet article. La presence occasionnelle d’un cavalier est humaine. On a tous leve les yeux au ciel ou contre-attaque sous le coup de l’irritation.

Mais si deux cavaliers ou plus sont presents de maniere reguliere dans vos interactions quotidiennes — si le mepris s’est installe, si la defensivite est devenue le mode par defaut, si le stonewalling remplace la discussion — alors la relation est dans une trajectoire descendante qui ne se corrigera pas seule.

Gottman a identifie que les couples qui consultent attendent en moyenne 6 ans apres l’apparition des premiers signaux d’alerte. Six ans d’erosion pendant lesquels les ressentiments s’accumulent et les schemas se rigidifient.

Ne faites pas partie de cette statistique.


Les 5 sujets de dispute les plus frequents en cohabitation

1. Le menage et la charge mentale

Statistique : 55 % des couples en cohabitation se disputent regulierement sur le menage (OpinionWay, 2023). Ce n’est pas un conflit sur la proprete. C’est un conflit sur qui pense, qui planifie, qui se souvient.

En TCC : Le ressentiment lie au menage est souvent alimente par une pensee automatique de type « il/elle devrait savoir ». Or personne ne « devrait savoir » ce qui n’a pas ete explicitement communique. La solution passe par une repartition formalisee, revisitee regulierement.

2. L’argent et la repartition des depenses

Le rapport a l’argent est intimement lie a l’histoire familiale. Pour certains, depenser est une expression de liberte. Pour d’autres, c’est une source d’anxiete. Ces rapports differents se heurtent frontalement en cohabitation.

Le declencheur le plus frequent : Non pas le montant des depenses, mais les depenses non concertees. Un achat de 200 euros pour l’un est anodin ; pour l’autre, c’est une decision qui aurait du etre discutee. La friction porte sur le seuil a partir duquel une depense devient « commune ».

3. La famille et la belle-famille

L’emmenagement rend concrete une realite que les sorties du week-end masquaient : on ne vit pas seulement avec une personne, on vit avec son systeme familial. La frequence des visites, la place accordee aux parents, les habitudes familiales importees dans le foyer — autant de sujets qui emergent apres l’installation.

Le conflit type : « Ta mere appelle trois fois par jour » contre « Tu refuses de voir ma famille ». Derriere ce conflit, un enjeu d’attachement : quitter le foyer d’origine pour creer le sien, sans couper les liens. C’est un processus developpemental, pas un probleme de personnalite.

4. La sexualite et l’intimite

La cohabitation modifie la sexualite. La disponibilite permanente reduit le desir (paradoxe de la proximite). La fatigue du quotidien s’accumule. Les disputes non resolues generent une distance emotionnelle qui se repercute sur l’intimite physique.

Le piege : Interpreter la baisse de frequence comme un rejet personnel. « Si il/elle ne me desire plus, c’est que je ne suis plus attirant(e). » Cette interpretation declenche un cycle d’evitement : plus on craint le rejet, moins on initie, moins l’autre se sent desire(e), plus la distance augmente.

5. L’espace et le temps personnel

Combien de temps passer ensemble ? Combien de temps seul(e) ? Quand est-ce que « prendre du temps pour soi » devient « fuir la relation » ? Ces questions n’ont pas de reponse universelle. Elles n’ont que des reponses negociees.

Le conflit type : « Tu sors tous les mardis soir » contre « J’ai le droit d’avoir ma vie ». L’enjeu sous-jacent est rarement le mardi soir. C’est l’equilibre entre attachement et autonomie, entre « nous » et « je ».


La communication non-violente appliquee au quotidien : la methode TCC

Pour chaque dispute recurrente, la TCC propose un processus en 4 temps qui remplace le cycle attaque-defense par un cycle observation-expression-ecoute-accord.

Temps 1 : Observer sans juger
« La vaisselle est dans l’evier depuis ce matin. » (Fait observable.)
Pas : « Tu as encore laisse la vaisselle. » (Jugement + « encore » = generalisation.)

Temps 2 : Exprimer le ressenti
« Ca me genere de la frustration parce que j’ai besoin d’un espace range pour me sentir bien. »
Pas : « Tu me rends dingue. » (Accusation + externalisation de la responsabilite emotionnelle.)

Temps 3 : Ecouter la realite de l’autre
« Comment tu vois les choses de ton cote ? »
Cette question ouvre un espace. Elle signale que vous ne cherchez pas a avoir raison, mais a comprendre.

Temps 4 : Trouver un accord concret et mesurable
« On fait la vaisselle le soir meme, chacun son tour un jour sur deux. »
Un accord flou (« On fera attention ») ne resout rien. Un accord precis reduit l’ambiguite et donc le conflit.


Quand consulter ?

Voici les indicateurs qui suggerent qu’un accompagnement professionnel est pertinent :

  • Les memes disputes se repetent depuis plus de 3 mois sans evolution.
  • Vous identifiez 2 cavaliers de Gottman ou plus dans vos interactions regulieres.
  • Vous evitez activement certains sujets par peur de la reaction de l’autre.
  • Vous avez le sentiment de marcher sur des oeufs en permanence.
  • L’un des deux envisage la separation comme une solution mais n’ose pas en parler.
  • La tendresse physique (pas seulement sexuelle) a disparu.
  • Vous vous sentez plus seul(e) a deux que lorsque vous etiez celibataire.

Un couple qui consulte n’est pas un couple en echec. C’est un couple qui prend sa relation au serieux. La therapie cognitive et comportementale de couple est une approche structuree, limitee dans le temps (8 a 16 seances en general), avec des objectifs mesurables et des outils concrets.


Les disputes sont un langage — apprenez a le dechiffrer

Derriere chaque dispute de surface, il y a un besoin non exprime. Derriere « tu ne fais jamais le menage », il y a souvent « j’ai besoin de sentir que tu t’investis dans notre vie commune ». Derriere « tu sors trop souvent », il y a souvent « j’ai peur de ne plus compter pour toi ».

Les couples qui durent ne sont pas ceux qui ne se disputent jamais. Ce sont ceux qui ont appris a entendre le besoin derriere la plainte, et a y repondre avec respect.

Si vos disputes vous inquietent, c’est probablement une bonne raison d’en parler avec un professionnel. Non pas parce que ca va mal, mais parce que ca pourrait aller mieux — et que le plus tot est toujours le mieux.


Je recois en cabinet a Nantes et en visioconference pour des therapies de couple basees sur la TCC. Les seances sont structurees, concretes, et orientees vers des resultats mesurables.

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Gildas Garrec — Psychopraticien TCC a Nantes
Therapie individuelle et de couple

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6 réflexions sur “On se dispute depuis qu’on vit ensemble : faut-il s’inquiéter ?”

    1. Isabelle, ravi que le contenu vous soit utile. N’hesitez pas a explorer les autres articles du blog, ils forment un ensemble coherent pour mieux comprendre vos mecanismes relationnels. Prenez soin de vous.

      Chaleureusement,
      Gildas

    1. Nicolas, merci pour ce message. C’est precisement mon objectif : offrir des outils concrets, bases sur la science, pour que chacun puisse avancer a son rythme. Ravi que ca vous parle.

      Chaleureusement,
      Gildas

    1. Votre retour me fait chaud au coeur Sandrine. C’est exactement pour ca que j’ecris ce blog : rendre la psychologie accessible et utile au quotidien. Merci de me lire.

      Chaleureusement,
      Gildas

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