Perverse narcissique au féminin : reconnaître la manipulation quand elle vient dune femme - Psychologie et Serenite

Perverse narcissique au féminin : reconnaître la manipulation

Perverse narcissique au féminin : reconnaître la manipulation quand elle vient d’une femme

La perversion narcissique n’a pas de genre. Pourtant, quand elle s’exprime au féminin, elle emprunte des chemins spécifiques que les hommes peinent à identifier — et que la société refuse souvent de voir.


Introduction : un angle mort clinique et social

Quand on tape « pervers narcissique » dans un moteur de recherche, les résultats affichent massivement des articles destinés aux femmes victimes d’un homme manipulateur. Cette réalité statistique —

les femmes représentent la majorité des victimes de violences conjugales déclarées — a eu un effet paradoxal : elle a rendu quasi invisible la souffrance des hommes pris dans l’emprise d’une partenaire à fonctionnement pervers narcissique.

Ce n’est pas un hasard si les hommes mettent en moyenne sept ans de plus que les femmes avant de consulter un professionnel pour des difficultés relationnelles (Enquête Santé et Protection Sociale, IRDES, 2019).

Ce retard n’est pas une question de volonté. C’est le produit d’un conditionnement social qui dit aux hommes : « Sois fort. Gère. Et surtout, ne te plains pas. »

Cet article propose un éclairage clinique sur les mécanismes de la perversion narcissique quand elle s’exprime chez une femme. Il ne s’agit en aucun cas de dresser un portrait-robot genré, mais de décrire des dynamiques relationnelles spécifiques que les hommes victimes reconnaîtront — et que les professionnels de santé gagneraient à mieux identifier.

A retenir — Cadre éthique de cet article

La perversion narcissique est un trouble de la personnalité (Trouble de la Personnalité Narcissique, DSM-5, cluster B), pas un trait de genre. Elle touche des hommes comme des femmes. Cet article décrit des mécanismes cliniques, pas une catégorie de personnes.

Il n’a aucune vocation à alimenter un discours misogyne, masculiniste ou de hiérarchisation des souffrances. La manipulation est un fonctionnement psychique pathologique. La souffrance qu’elle engendre mérite d’être entendue, quel que soit le genre de la victime.


Le cycle spécifique : séduction parfaite, invasion, destruction

La perversion narcissique féminine suit un cycle en trois temps que la littérature clinique décrit avec constance, notamment dans les travaux de Paul-Claude Racamier et, plus récemment, de Geneviève Schmit, psychologue clinicienne spécialisée dans l’accompagnement des victimes de manipulation perverse narcissique.

Phase 1 : la séduction parfaite

La phase d’idéalisation est souvent décrite par les hommes comme la plus belle période de leur vie. Ce n’est pas un hasard : c’est précisément le but.

La partenaire à fonctionnement pervers narcissique déploie une séduction d’une intensité exceptionnelle. Elle se moule dans les attentes, les blessures, les manques de l’autre. Elle devient la femme idéale — celle que l’homme attendait sans oser y croire. Écoute parfaite, admiration affichée, disponibilité totale, sexualité intense.

Cette phase n’est pas de l’amour. C’est un investissement stratégique. La personne manipulatrice constitue un capital d’attachement qu’elle exploitera ensuite.

Phase 2 : l’invasion progressive

Une fois l’attachement consolidé, les frontières personnelles de la victime commencent à s’effacer. Le processus est si graduel qu’il est rarement perceptible en temps réel.

Les amis s’éloignent (ou sont éloignés). Les activités personnelles deviennent suspectes. Les décisions financières se centralisent. L’homme se retrouve progressivement dans un périmètre de vie entièrement défini par sa partenaire — sans avoir le souvenir d’un moment précis où il a consenti à cette réduction.

Phase 3 : la destruction

Quand l’emprise est installée, la phase de dévalorisation peut commencer. Critiques voilées, comparaisons, humiliations publiques déguisées en humour, dénigrement des compétences parentales, remise en question de la virilité.

L’alternance entre moments de tendresse (qui réactivent la mémoire de la phase 1) et moments de cruauté crée une intermittence du renforcement — le même mécanisme qui rend les jeux de hasard addictifs.


Les armes genrées de la manipulation féminine

Si les mécanismes fondamentaux de la perversion narcissique sont identiques quel que soit le genre, les outils utilisés pour les mettre en oeuvre diffèrent souvent, car ils exploitent les stéréotypes de genre existants.

Les larmes stratégiques

Les larmes ne sont pas toujours l’expression d’une émotion. Chez une personne manipulatrice, elles peuvent être un instrument de contrôle extrêmement efficace. L’homme confronté aux larmes de sa partenaire active un réflexe conditionné : protéger, consoler, reculer. La discussion légitime est noyée. Le conflit sain est rendu impossible.

Précision importante : il ne s’agit pas de dire que les larmes féminines sont toujours manipulatoires. Il s’agit de reconnaître que, dans un contexte de fonctionnement pervers narcissique, elles peuvent être instrumentalisées.

La victimisation sociale

La personne manipulatrice maîtrise l’art du récit public. Auprès des amis, de la famille, des collègues, elle se présente comme une partenaire dévouée face à un homme « difficile », « absent » ou « violent ». Ce narratif est construit avant toute séparation éventuelle, de sorte que lorsque l’homme tente de parler, le terrain social est déjà miné.

Geneviève Schmit souligne dans ses conférences cette capacité qu’a la personne perverse narcissique à retourner l’opinion en sa faveur, créant autour de la victime un désert relationnel qui renforce l’isolement et l’emprise.

Le contrôle par la maternité

L’instrumentalisation des enfants est l’une des armes les plus dévastatrices. Elle peut prendre plusieurs formes :

  • Gatekeeping maternel : contrôler l’accès du père aux enfants, filtrer les informations, disqualifier ses compétences parentales.
  • Aliénation parentale : retourner progressivement les enfants contre le père en distillant des messages dévalorisants.
  • Chantage à la grossesse : utiliser une grossesse (ou la menace d’une grossesse) comme levier de contrôle dans la relation.
  • Menace de séparation avec les enfants : « Si tu pars, tu ne les verras plus jamais. »

Pour un homme qui aime ses enfants, cette menace est souvent le verrou principal qui le maintient dans la relation.

La weaponisation du judiciaire

Certaines personnes manipulatrices utilisent le système judiciaire comme outil de domination. Fausses accusations de violence, signalements abusifs, manipulation des procédures de garde — ces pratiques, bien que minoritaires, existent et sont documentées.

L’enquête ONDRP (Observatoire National de la Délinquance et des Réponses Pénales) révèle que les hommes victimes de violences conjugales déclarées portent plainte dans moins de 5% des cas, notamment par crainte de ne pas être crus ou de subir une inversion accusatoire.


L’inversion accusatoire : le mécanisme central

L’inversion accusatoire est la signature de la perversion narcissique, quel que soit le genre. Mais dans le cas d’un homme victime, elle est redoutablement efficace car elle s’appuie sur un préjugé social puissant : « L’homme est forcément l’agresseur. »

Le processus est le suivant :

  1. La personne manipulatrice provoque une réaction émotionnelle chez sa victime (accumulation de micro-agressions, humiliations, provocations calculées).
  2. Lorsque la victime réagit (élève la voix, claque une porte, pleure), la manipulatrice pointe cette réaction comme preuve de « violence » ou d’ »instabilité ».
  3. Le récit se reconstruit : elle est la victime, il est l’agresseur.

Ce mécanisme est d’autant plus dévastateur qu’il fonctionne aussi en interne : l’homme finit par douter de lui-même, par se demander s’il n’est pas, effectivement, le problème.


Pourquoi les hommes restent plus longtemps

Plusieurs facteurs spécifiques expliquent pourquoi les hommes victimes d’emprise restent en moyenne plus longtemps que les femmes dans des relations toxiques :

La culpabilité masculine

Le conditionnement social pousse les hommes à se percevoir comme responsables du bien-être de leur foyer. « Si ça ne va pas, c’est que je ne suis pas assez bien. » Cette culpabilité est un terreau fertile pour l’emprise.

La peur de perdre les enfants

La crainte — souvent fondée — d’un système judiciaire perçu comme favorable aux mères maintient de nombreux pères dans des situations intenables. Le « sacrifice » personnel est rationalisé comme un acte de protection parentale.

L’absence de modèle de sortie

Les hommes disposent de très peu de représentations d’hommes-victimes dans l’espace public. Pas de numéro dédié historique (le 3919 s’est ouvert aux hommes depuis 2014), peu de structures d’hébergement d’urgence masculines, peu de récits médiatiques. Cette invisibilité contribue à un sentiment de honte et d’isolement.

La minimisation de la souffrance

« Elle ne me frappe pas, donc ce n’est pas grave. » Cette phrase revient dans la bouche de nombreux hommes en consultation. La violence psychologique, parce qu’elle ne laisse pas de traces visibles, est systématiquement minimisée — par la victime elle-même, par l’entourage, parfois par les professionnels.


Témoignage : Marc, 42 ans, cadre en entreprise

Témoignage anonymisé et reconstruit à partir de situations cliniques courantes. Toute ressemblance avec une personne existante est fortuite.

« Au début, c’était fusionnel. Personne ne m’avait jamais regardé comme ça. Elle me disait que j’étais l’homme de sa vie, que les autres avant moi n’étaient rien. En six mois, on vivait ensemble. En un an, elle était enceinte.

C’est après la naissance que tout a basculé. Pas d’un coup. Petit à petit. Je n’étais jamais assez présent, jamais assez attentif, jamais assez… assez. Mes amis sont devenus un problème. Mon travail, un affront. Ma famille, des ennemis.

Quand j’ai essayé de poser des limites, elle a pleuré. Quand j’ai insisté, elle a menacé de partir avec notre fille. Quand j’ai haussé le ton — une seule fois, après des heures de provocation — elle m’a dit : « Tu vois, tu es violent. Si je le dis, qui va te croire ? »

J’ai mis quatre ans à comprendre que je n’étais pas fou. Et deux ans de plus pour oser pousser la porte d’un thérapeute. »


Reconnaître les signaux : auto-évaluation

Si vous vous reconnaissez dans plusieurs de ces situations, il est important de consulter un professionnel :

  • Vous avez le sentiment de marcher constamment sur des oeufs.
  • Vous avez perdu le contact avec des amis ou des membres de votre famille.
  • Vous doutez régulièrement de votre propre perception de la réalité.
  • Vous avez honte de parler de votre situation à qui que ce soit.
  • Vous restez « pour les enfants » tout en sachant que la relation vous détruit.
  • Vous vous sentez coupable de penser que vous êtes une victime.
  • Vous modifiez votre comportement pour éviter les conflits, sans résultat.

Se reconstruire : le rôle de la TCC

La thérapie cognitivo-comportementale (TCC) est particulièrement adaptée à la sortie d’emprise car elle travaille sur trois niveaux simultanément :

  1. Les pensées automatiques : identifier et déconstruire les croyances installées par la manipulation (« je suis le problème », « personne ne me croira », « je ne mérite pas mieux »).
  2. Les comportements : restaurer progressivement les capacités d’affirmation de soi, de pose de limites, de prise de décision autonome.
  3. Les émotions : apprendre à reconnaître et réguler la culpabilité, la honte, la peur — émotions instrumentalisées par la personne manipulatrice.

Conclusion : nommer, c’est le premier pas

La perversion narcissique au féminin existe. Elle fait des dégâts considérables. Et elle prospère dans le silence de ceux qui en souffrent.

Nommer ce que vous vivez n’est pas un acte de vengeance. C’est un acte de survie psychique. Et il n’est jamais trop tard pour le faire.


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Gildas Garrec — Psychopraticien TCC, Nantes
psychologieetserenite.com


Lectures complémentaires :
Homme victime de manipulation : le guide complet (article pilier)
Programme Pervers Narcissique
– Geneviève Schmit, Pervers narcissique — Victimes, prenez le pouvoir sur votre vie, Éditions Eyrolles
– Paul-Claude Racamier, Le génie des origines, Payot

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8 réflexions sur “Perverse narcissique au féminin : reconnaître la manipulation”

    1. Merci a vous Nathalie pour ce retour. Savoir que mes articles aident concretement les gens est ma plus grande motivation. Continuez a prendre soin de vous, vous etes sur la bonne voie.

      Chaleureusement,
      Gildas

  1. J’ai vecu 5 ans avec un manipulateur. Chaque mot de cet article resonne. J’aurais aime le lire plus tot, ca m’aurait fait gagner des annees.

    1. Merci de me lire Valerie. Chaque commentaire me rappelle pourquoi j’ai cree ce blog : aider les gens a mieux se comprendre et a vivre des relations plus sereines. Au plaisir de vous relire.

      Chaleureusement,
      Gildas

  2. Sortir d’une relation toxique c’est comme une desintoxication. Le manque est reel. Mais chaque jour sans cette personne est un jour de gagne.

    1. Merci pour votre message Manon. Prendre le temps de commenter, c’est deja une forme d’engagement envers soi-meme. N’hesitez pas si vous avez des questions ou si vous souhaitez approfondir certains points.

      Chaleureusement,
      Gildas

  3. Merci d’aborder ce sujet sans jugement. Quand on est dedans, on ne se rend pas compte. C’est en sortant qu’on comprend.

    1. Merci a vous Nicolas pour ce retour. Savoir que mes articles aident concretement les gens est ma plus grande motivation. Continuez a prendre soin de vous, vous etes sur la bonne voie.

      Chaleureusement,
      Gildas

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