Masculinite en 2026 : etre un homme, cest quoi aujourdhui ? - Psychologie et Serenite

Masculinité en 2026 : être un homme, c’est quoi aujourd’hui ?

Masculinite en 2026 : etre un homme, c’est quoi aujourd’hui ?

Introduction : un malaise silencieux

Il y a une souffrance dont on parle peu. Pas parce qu’elle n’existe pas, mais parce que ceux qui la vivent ont appris, depuis l’enfance, a ne pas en parler.

Cette souffrance, c’est celle de millions d’hommes qui ne savent plus ou se situer. Qui ne savent plus ce qu’on attend d’eux. Qui ne savent plus, parfois, ce qu’ils attendent d’eux-memes.

En 2026, etre un homme est devenu un exercice d’equilibriste. Les reperes traditionnels se sont effondres sans que de nouveaux modeles clairs les remplacent. Le resultat ? Un sentiment diffus de confusion, de culpabilite et parfois de colere qui pousse certains vers des extremes dangereux, et d’autres vers un effacement total de leur identite.

Cet article n’est ni un manifeste masculiniste ni un acte de contrition. C’est une tentative honnte de comprendre ce que vivent les hommes aujourd’hui, et de proposer des pistes therapeutiques concretes pour sortir de l’impasse.

Les injonctions contradictoires : le double bind masculin

« Sois fort, mais montre ta vulnerabilite »

C’est peut-etre l’injonction la plus destabilisante de notre epoque. Pendant des generations, les hommes ont ete conditionnes a contenir leurs emotions.

« Un homme, ca ne pleure pas. » « Serre les dents. » « Sois un roc pour ta famille. » Ces messages, recus des la petite enfance, ont forge un modele de masculinite fonde sur le stoicisme et l’auto-suffisance.

Puis, en l’espace d’une generation, le discours a radicalement change. On attend desormais des hommes qu’ils soient emotionnellement disponibles, qu’ils expriment leurs sentiments, qu’ils fassent preuve de vulnerabilite.

C’est un progres reel et necessaire. Mais pour un homme de 30 ou 40 ans qui a passe les deux premieres decennies de sa vie a apprendre exactement l’inverse, le virage est brutal.

Le probleme n’est pas qu’on leur demande de s’ouvrir. Le probleme, c’est qu’on le leur demande sans mode d’emploi, sans periode de transition, et parfois avec un jugement implicite : « Tu devrais deja savoir faire ca. »

« Sois dominant, mais a l’ecoute »

Dans le monde professionnel comme dans la sphere relationnelle, les hommes recoivent un autre message paradoxal. Il faut etre ambitieux, assertif, prendre des initiatives, etre un leader. Mais simultanement, il faut savoir s’effacer, ecouter, ne pas prendre trop de place, laisser la parole aux autres.

Individuellement, ces qualites ne sont pas contradictoires. Mais socialement, la frontiere entre « assertif » et « toxique », entre « a l’ecoute » et « faible », reste floue et changeante selon les contextes.

Un homme qui s’affirme trop est taxe de dominateur. Un homme qui s’efface trop est percu comme manquant de confiance. La zone acceptable est etroite, et elle varie selon l’interlocuteur.

« Sois pourvoyeur, mais egalitaire »

Malgre les avancees majeures en matiere d’egalite, la pression du breadwinner — celui qui subvient aux besoins du foyer — reste profondement ancree. Les etudes montrent que meme dans les couples ou les deux partenaires travaillent, l’homme ressent une pression disproportionnee lorsqu’il gagne moins que sa compagne, ou lorsqu’il traverse une periode de chomage.

Une enquete IFOP de 2024 revelait que 62 % des hommes francais estiment que la societe attend d’eux qu’ils soient le principal soutien financier du foyer, alors meme que 78 % d’entre eux declarent soutenir l’egalite salariale. Le decalage entre les valeurs professees et la pression ressentie cree un terrain fertile pour la culpabilite et l’epuisement.

L’ »humanisation du masculin » : un processus positif mais destabilisant

La sociologue Christine Castelain-Meunier, chercheuse au CNRS et auteure de nombreux ouvrages sur les transformations de la masculinite, utilise l’expression d’ »humanisation du masculin » pour decrire ce que vivent les hommes contemporains.

Selon ses travaux, les hommes ne sont pas en train de « perdre » leur masculinite. Ils sont en train de la complexifier, de l’enrichir, de la rendre plus humaine.

C’est une bonne nouvelle. Un homme qui peut etre a la fois fort et tendre, ambitieux et empathique, protecteur et vulnerable est un homme plus complet, plus epanoui, et un meilleur partenaire.

Mais cette transition ne se fait pas sans douleur. Castelain-Meunier souligne que ce processus est vecu par beaucoup d’hommes comme une perte de reperes, un flottement identitaire qui peut generer de l’anxiete, voire une veritable crise existentielle.

Le probleme n’est pas la direction — l’humanisation du masculin est un progres. Le probleme, c’est que cette transformation se fait largement sans accompagnement, sans espace de parole, et souvent dans un climat de suspicion ou l’homme qui questionne sa place est rapidement souponne de nostalgie patriarcale.

Le piege des extremes

Le masculinisme toxique : la tentation de la colere

Face a cette confusion, certains hommes se tournent vers des mouvements qui leur offrent des reponses simples a des questions complexes. La manosphere — cet ensemble de communautes en ligne allant des coachs en seduction aux ideologues « red pill » — prospere precisement parce qu’elle exploite un malaise reel.

Ces mouvements disent aux hommes : « Votre souffrance est reelle. Les feministes sont responsables. Redevenez des hommes virils, et tout ira mieux. » C’est seduisant parce que c’est simple.

Mais c’est une impasse. Ces ideologies construisent leur modele de masculinite en opposition aux femmes, dans une logique de rapport de force qui ne peut mener qu’a l’isolement relationnel et a l’amertume.

En cabinet, certains patients arrivent avec un vocabulaire emprunte a ces communautes : « sexual market value », « hypergamie », « beta provider ».

Derriere ces termes deshumanisants, il y a presque toujours une blessure reelle : un rejet amoureux, un sentiment d’invisibilite, une enfance ou l’on n’a pas ete vu ni valorise. Ces blessures meritent d’etre entendues et traitees. Pas instrumentalisees par des ideologues qui vendent de la colere.

L’effacement total : la tentation de la disparition

A l’autre extreme, certains hommes choisissent de s’effacer completement. Par peur de mal faire, de blesser, d’etre percus comme toxiques, ils renoncent a toute affirmation de soi. Ils deviennent hyper-accommodants, evitent le conflit a tout prix, s’excusent en permanence d’exister.

Ce n’est pas de la bienveillance. C’est de la survie. Et c’est tout aussi destructeur que le masculinisme, parce que cela conduit a une erosion lente de l’estime de soi, a des relations desequilibrees et a un ressentiment souterrain qui finit toujours par remonter a la surface.

La « nouvelle masculinite » : ni dominant ni soumis

Il existe une troisieme voie. Ce n’est ni le retour a un modele patriarcal revolu, ni l’abandon de toute identite masculine. C’est ce que j’appelle, en cabinet, la masculinite choisie : une masculinite construite non pas sur des injonctions exterieures, mais sur une exploration personnelle de ses valeurs, de ses forces et de ses vulnerabilites.

Un homme qui choisit sa masculinite ne se demande pas « est-ce que c’est viril ? » avant d’agir. Il se demande « est-ce que c’est en accord avec qui je veux etre ? » C’est un changement radical de perspective.

Au lieu de se conformer a un modele impose — qu’il soit traditionnel ou progressiste — il construit son propre modele a partir de ce qui fait sens pour lui.

Concretement, cela peut ressembler a :

  • Un homme qui pleure devant un film sans se sentir diminue
  • Un homme qui pose des limites fermes sans se sentir coupable
  • Un homme qui demande de l’aide sans y voir un echec
  • Un homme qui prend soin de ses proches sans se perdre lui-meme
  • Un homme qui assume ses desirs sans les imposer aux autres

Les hommes en therapie : pourquoi c’est encore un tabou

En France, les hommes representent seulement 35 % des consultations en psychotherapie (donnees Observatoire de la sante mentale, 2024). Pourtant, ils sont surrepresentes dans les statistiques de suicide (75 % des suicides en France sont masculins), d’addictions et d’isolement social.

Ce paradoxe s’explique en grande partie par l’internalisation du modele « fort et autonome ». Consulter un psychologue, c’est admettre qu’on n’y arrive pas seul. Et pour beaucoup d’hommes, cette admission est vecue comme un aveu de faiblesse insupportable.

Pourtant, engager une demarche therapeutique est tout sauf un signe de faiblesse. C’est un acte de lucidite et de courage. Reconnaitre sa souffrance, la nommer, et choisir de la traverser avec un accompagnement professionnel demande plus de force que de serrer les dents en silence pendant des annees.

En therapie cognitivo-comportementale (TCC), le travail avec les hommes passe souvent par plusieurs etapes :

  1. Normaliser la souffrance : non, ce n’est pas « normal » de se sentir vide, anxieux ou en colere en permanence. Et non, le fait de le ressentir ne fait pas de vous un homme faible.

  2. Identifier les croyances rigides : « un homme doit tout gerer seul », « montrer ses emotions c’est manipuler », « si je ne reussis pas, je ne vaux rien ». Ces pensees automatiques ne sont pas des verites. Ce sont des programmations culturelles qu’il est possible de remettre en question.

  3. Developper la flexibilite cognitive : apprendre a voir les situations sous plusieurs angles, a tolerer l’ambiguite, a sortir du mode binaire (fort/faible, gagnant/perdant).

  4. Construire un modele personnel : definir ses propres valeurs — pas celles de son pere, de la societe, des reseaux sociaux — et apprendre a vivre en coherence avec elles.

L’approche TCC : identifier ses propres valeurs

Un exercice que je propose regulierement en cabinet illustre bien cette demarche. Il s’appelle le « Tri des valeurs imposees ».

Etape 1 — Lister les « il faut » : le patient note toutes les croyances qu’il a sur ce qu’un homme « doit » etre.

Exemples : « il faut etre fort », « il faut gagner de l’argent », « il faut savoir seduire », « il faut proteger sa famille », « il ne faut pas montrer ses faiblesses ».

Etape 2 — Sourcer chaque croyance : pour chacune, identifier d’ou elle vient. Mon pere ? Ma mere ? L’ecole ? Les films ? Les reseaux sociaux ? Un ex-partenaire ?

Etape 3 — Tester la croyance : est-ce que cette croyance me sert ? Est-ce qu’elle correspond a qui je suis ? Ou est-ce que je la porte comme un vetement trop etroit qui appartenait a quelqu’un d’autre ?

Etape 4 — Choisir : garder ce qui fait sens, modifier ce qui est rigide, abandonner ce qui fait souffrir. Non pas parce que la societe le demande, mais parce que l’individu le decide en connaissance de cause.

Ce processus est liberateur. Il ne s’agit pas de rejeter la masculinite, mais de la choisir. De passer d’une masculinite subie a une masculinite construite.


A retenir

La crise de la masculinite n’est pas un mythe, mais elle n’est pas non plus ce que les extremistes en font. C’est un moment de transition ou les anciens modeles s’effondrent sans que les nouveaux soient encore stabilises.

Cette periode est inconfortable, mais elle est aussi une opportunite unique de construire une identite masculine plus libre, plus authentique et plus epanouissante.

Cela passe par un travail sur soi — idealement accompagne — et par le courage de se poser la question la plus simple et la plus difficile qui soit : « Qui est-ce que JE veux etre ? »


Vous vous reconnaissez dans ces questionnements ?

Ce flottement identitaire n’est pas une fatalite. En therapie cognitivo-comportementale, il est possible de demeler les injonctions contradictoires, d’identifier vos valeurs profondes et de construire une masculinite qui vous ressemble — ni calquee sur un modele revolu, ni soumise aux attentes changeantes de la societe.

Prendre rendez-vous pour un premier echange confidentiel.

Le Programme Silence (confiance en soi) est egalement concu pour les hommes qui souhaitent reconstruire une estime de soi solide, en dehors des regards et des jugements.


Articles lies :
Sites de rencontre : le guide complet pour votre sante mentale
Pere absent : les consequences invisibles a l’age adulte

Vous vous reconnaissez dans cet article ?

Passez notre test de confiance en soi en 40 questions. 100% anonyme – Rapport PDF personnalise a 14.90 €.

Passer le test gratuitement →

A decouvrir aussi : Test de preparation a la rencontre (35 questions) – Rapport personnalise a 9.90 €.

6 réflexions sur “Masculinité en 2026 : être un homme, c’est quoi aujourd’hui ?”

    1. Romain, merci pour ce message. C’est precisement mon objectif : offrir des outils concrets, bases sur la science, pour que chacun puisse avancer a son rythme. Ravi que ca vous parle.

      Chaleureusement,
      Gildas

    1. Isabelle, merci pour ce message. C’est precisement mon objectif : offrir des outils concrets, bases sur la science, pour que chacun puisse avancer a son rythme. Ravi que ca vous parle.

      Chaleureusement,
      Gildas

    1. Gildas GARREC

      Merci d’avoir partage Sandrine. C’est comme ca que l’information circule et aide ceux qui en ont besoin. J’espere que ca aidera votre proche a y voir plus clair.

      Chaleureusement,
      Gildas

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Retour en haut