Comment pardonner une trahison dans le couple : les 4 étapes du pardon (et quand cest impossible) - Psychologie et Serenite

Comment pardonner une trahison : les 4 étapes du pardon

Comment pardonner une trahison dans le couple : processus psychologique, 4 étapes et limites du pardon

Vous avez découvert la trahison. Le choc initial est passé, remplacé par un mélange de colère, de tristesse, de dégoût et d’incompréhension. Maintenant, une question vous hante : est-ce que je peux pardonner ? Est-ce que je dois pardonner ? Et surtout, est-ce que pardonner signifie accepter l’inacceptable ?

En tant que psychopraticien TCC à Nantes, j’accompagne des personnes confrontées à cette question, l’une des plus douloureuses de l’existence relationnelle. Ce que je leur dis en premier : le pardon n’est pas ce que vous croyez.

Il n’est ni un devoir moral, ni un effacement de la douleur, ni une permission de recommencer. C’est un processus psychologique complexe, exigeant et parfois impossible. Ce guide vous accompagne dans cette compréhension.

Ce que le pardon n’est PAS

Le pardon n’est pas l’oubli

La phrase « pardonner et oublier » est l’un des mythes les plus destructeurs de la psychologie populaire. Le cerveau humain ne fonctionne pas ainsi. Un événement traumatisant s’inscrit dans la mémoire émotionnelle. Il ne disparaîtra pas. Pardonner, c’est choisir de ne plus laisser ce souvenir contrôler votre présent. Pas de le supprimer.

Le pardon n’est pas la réconciliation

Pardonner ne signifie pas forcément rester en couple. On peut pardonner et partir. On peut pardonner et décider que la relation n’est plus viable. Le pardon est un processus intérieur qui vous libère, vous. Il ne concerne pas nécessairement l’avenir de la relation.

Le pardon n’est pas la minimisation

« Ce n’était pas si grave. » « Il y a pire. » « Au moins, il/elle est revenu(e). » Minimiser la trahison n’est pas pardonner. C’est refouler. Et ce qui est refoulé finit toujours par resurgir, souvent sous forme de ressentiment chronique, d’anxiété ou de dépression.

Le pardon n’est pas un acte instantané

« Je te pardonne. » Cette phrase prononcée le lendemain de la découverte n’est pas du pardon. C’est du soulagement immédiat, de la peur de perdre l’autre, ou de l’évitement du conflit. Le vrai pardon est un processus qui se mesure en mois, parfois en années. Quiconque vous demande de pardonner immédiatement ne comprend pas la nature du pardon.

Le pardon n’est pas une obligation

Ni religieuse, ni morale, ni thérapeutique. Personne, pas même un thérapeute, n’a le droit de vous dire que vous « devez » pardonner. Le pardon est un choix personnel, et ce choix n’est légitime que s’il est libre.

A retenir : Le pardon authentique n’efface pas la blessure. Il transforme votre relation à cette blessure. Vous passez de « cette trahison me détruit » à « cette trahison fait partie de mon histoire, mais elle ne définit pas mon présent ». C’est un chemin, pas un interrupteur.

Le processus psychologique du pardon : ce que dit la science

Le modèle de Robert Enright

Le psychologue Robert Enright, pionnier de la recherche sur le pardon, a identifié un processus en quatre phases que la TCC intègre dans son approche thérapeutique. Ce modèle est validé par des dizaines d’études cliniques montrant une réduction significative de l’anxiété, de la dépression et du stress chez les personnes qui traversent ce processus.

Pourquoi le pardon est bénéfique pour celui qui pardonne

Le pardon ne profite pas d’abord à la personne pardonnée. Il profite à celle qui pardonne. Les études montrent que les personnes qui réussissent à pardonner présentent :

  • Une diminution des niveaux de cortisol (hormone du stress)
  • Une réduction de la rumination mentale
  • Une amélioration de la qualité du sommeil
  • Une baisse de la tension artérielle
  • Un renforcement du système immunitaire
  • Une réduction significative des symptômes dépressifs et anxieux

Le ressentiment non résolu est un poison que vous buvez en espérant que l’autre en souffre. Le pardon est l’antidote. Pas pour l’autre. Pour vous.

Les 4 étapes du pardon

Étape 1 : La phase de découverte (confronter la douleur)

Avant de pardonner, il faut d’abord accepter la pleine mesure de la blessure. Cette étape est la plus douloureuse mais elle est indispensable. Essayer de pardonner sans avoir traversé la douleur, c’est construire sur du sable.

Ce que cette phase implique :

  • Reconnaître la colère. Vous avez le droit d’être furieux. La colère est une réponse saine à la trahison. Elle devient problématique seulement quand elle se chronicise et se transforme en amertume.
  • Mesurer l’impact réel. Comment cette trahison a-t-elle affecté votre estime de soi ? Votre confiance en l’autre ? Votre vision de l’amour ? Votre sentiment de sécurité ? Ne minimisez rien.
  • Identifier les pertes. La trahison ne fait pas que briser la confiance. Elle brise aussi l’image que vous aviez de votre partenaire, de votre couple, et parfois de vous-même. Ces pertes méritent d’être nommées et pleurées.
  • Tolérer l’injustice. C’est peut-être l’aspect le plus difficile. Vous n’avez pas mérité cette trahison. C’est injuste. Et cette injustice ne sera peut-être jamais « réparée » de manière satisfaisante. Tolérer cette réalité sans s’y noyer est un acte de force, pas de résignation.

Étape 2 : La phase de décision (choisir de s’engager dans le pardon)

Le pardon ne se produit pas passivement. Il commence par une décision consciente : « Je choisis de m’engager dans ce processus, non pas parce que l’autre le mérite, mais parce que je refuse de rester prisonnier de cette blessure. »

Ce que cette décision n’est PAS :
– Ce n’est pas promettre que la douleur disparaîtra
– Ce n’est pas promettre que la relation continuera
– Ce n’est pas promettre que vous ne reparlerez jamais de la trahison

Ce que cette décision EST :
– Un engagement à ne pas chercher la vengeance
– Un engagement à travailler activement sur la blessure
– Un engagement à ne pas laisser le ressentiment devenir votre identité

Étape 3 : La phase de travail (le coeur du processus)

C’est la phase la plus longue et la plus exigeante. Elle mobilise des outils cognitifs, émotionnels et comportementaux.

Le travail cognitif (restructuration TCC) :

Identifier et remettre en question les pensées automatiques liées à la trahison :

Pensée automatiqueDistorsion cognitivePensée alternative
« Je ne pourrai plus jamais faire confiance à personne »Généralisation excessive« La confiance est brisée avec cette personne dans cette situation. Cela ne définit pas toutes mes relations futures »
« Si j’avais été mieux, ça ne serait pas arrivé »Personnalisation« La trahison est la responsabilité de celui qui trahit, pas de celui qui est trahi »
« Notre couple entier était un mensonge »Pensée tout-ou-rien« Des moments authentiques ont existé. La trahison ne les annule pas rétroactivement »
« Je suis stupide de ne pas avoir vu les signes »Raisonnement émotionnel« Faire confiance à quelqu’un qu’on aime n’est pas de la stupidité. C’est de la normalité »

Le travail émotionnel :

  • L’empathie (pas la justification). Comprendre les raisons de l’autre sans les approuver. Pourquoi a-t-il trahi ? Faiblesse ? Peur ? Besoin non exprimé ? Pathologie ? Cette compréhension ne diminue pas votre douleur, mais elle humanise la situation et réduit le pouvoir destructeur de l’incompréhension.
  • Le deuil de la relation idéalisée. Vous devez faire le deuil du couple que vous pensiez avoir. Ce deuil est réel et douloureux. Il ouvre la possibilité de construire un nouveau couple, différent, plus lucide, potentiellement plus solide.
  • L’acceptation de la complexité. Votre partenaire n’est pas un monstre (sauf cas de manipulation pathologique). Il est un être humain qui a fait un choix destructeur. Tenir ces deux réalités ensemble (l’amour et la trahison, la tendresse et la cruauté) est inconfortable mais nécessaire.

Le travail comportemental :

  • Réduire progressivement les comportements de vérification (espionnage du téléphone, interrogatoires)
  • Reprendre des activités de couple positives sans lien avec la trahison
  • S’engager dans des conversations honnêtes sur les besoins non comblés qui ont pu contribuer au contexte (sans jamais justifier la trahison)

Étape 4 : La phase d’approfondissement (trouver un sens)

Cette phase ne survient pas toujours. Et elle ne doit pas être forcée. Mais chez certaines personnes, le processus de pardon débouche sur une transformation personnelle :

  • Une meilleure connaissance de ses propres limites et besoins
  • Une relation plus authentique avec son partenaire (si le couple continue)
  • Une capacité accrue d’empathie et de résilience
  • Un rapport plus mature à l’amour et à la vulnérabilité

A retenir : Le pardon est un travail en profondeur qui suit des étapes identifiables. Ce n’est ni un acte de faiblesse ni un acte héroïque. C’est un processus thérapeutique qui vous rend votre liberté émotionnelle. Il ne se fait pas en un jour, et il ne se fait souvent pas seul.

Quand le pardon est impossible : les situations où partir est la bonne réponse

Le pardon a des limites

Toutes les trahisons ne sont pas pardonnables, et prétendre le contraire serait irresponsable. Certaines situations rendent le pardon impossible, non pas par manque de volonté de votre part, mais parce que les conditions minimales ne sont pas réunies.

Les 6 situations où le pardon n’est pas recommandé

1. L’absence totale de remords. Si la personne qui vous a trahi ne reconnaît pas sa responsabilité, minimise l’impact de ses actes ou vous accuse de réagir de manière excessive, le pardon n’a pas de fondation sur laquelle se construire.

2. La récidive après un premier pardon. Pardonner une fois est un acte de courage. Pardonner une deuxième fois pour le même comportement risque de devenir de la complaisance. Si le schéma se répète malgré un pardon sincère et un travail de reconstruction, c’est un signal que le comportement est structurel, pas accidentel.

3. La manipulation active. Si la trahison s’inscrit dans un schéma de manipulation (gaslighting, contrôle, violence psychologique), le pardon ne fera que renforcer le pouvoir du manipulateur. La priorité est votre sécurité, pas la réparation de la relation.

4. Le danger physique ou psychologique persistant. Si la trahison est associée à des comportements violents ou dangereux, le pardon cède la place à la protection de soi.

5. La violation de vos valeurs fondamentales. Chaque personne a des lignes rouges non négociables. Si la trahison touche une valeur que vous considérez comme le socle de votre identité, le pardon peut être incompatible avec votre intégrité personnelle.

6. L’impossibilité de reconstruire la confiance. Parfois, malgré la volonté de pardonner, la confiance refuse de revenir. Chaque moment avec l’autre est pollué par le doute, l’anxiété, la suspicion. Si cet état persiste malgré un travail thérapeutique sérieux, il est peut-être plus sain de se séparer que de vivre dans une méfiance permanente.

Partir n’est pas l’échec du pardon

Quitter une relation après une trahison n’est pas un signe de faiblesse ni un échec du pardon. C’est parfois l’acte d’amour-propre le plus puissant que vous puissiez accomplir. Le pardon peut se faire après la séparation, loin de la personne, pour votre propre paix intérieure.

A retenir : Le pardon est un choix, pas une obligation. Et parfois, le choix le plus courageux est de reconnaître qu’on ne peut pas pardonner dans le cadre de cette relation, et de se donner la permission de partir sans culpabilité.

La reconstruction de la confiance après le pardon : un processus distinct

Le pardon et la confiance sont deux processus différents

On peut pardonner rapidement et mettre des années à refaire confiance. La confusion entre ces deux processus est source de souffrance : « Je t’ai pardonné, alors pourquoi je suis encore anxieux quand tu rentres tard ? » Parce que le pardon est émotionnel et la confiance est comportementale.

Le pardon se travaille à l’intérieur. La confiance se reconstruit par des preuves extérieures accumulées dans le temps.

Les conditions de la reconstruction de la confiance

Pour que la confiance revienne, la personne qui a trahi doit :

  • Accepter la transparence totale pendant une période significative (accès au téléphone, comptes clairs, emplois du temps partagés). Non pas comme une punition, mais comme un investissement dans la reconstruction.
  • Tolérer les régressions de la personne trahie. Certains jours seront bons. D’autres seront des rechutes de doute et de colère. C’est normal. Répondre à ces rechutes avec patience plutôt qu’avec exaspération (« On en a déjà parlé, il faut passer à autre chose ») est essentiel.
  • S’engager dans un travail personnel pour comprendre les causes profondes de la trahison et les modifier structurellement.
  • Ne jamais utiliser le pardon comme arme : « Tu m’avais pardonné, tu n’as pas le droit de revenir là-dessus. »

L’accompagnement professionnel : un accélérateur de reconstruction

Le processus de pardon, qu’il aboutisse au maintien ou à la fin du couple, bénéficie considérablement d’un accompagnement professionnel. En TCC, le travail de pardon est structuré, progressif et adapté à votre situation spécifique.

Ce que la thérapie apporte :

  • Un espace où exprimer la colère sans crainte de représailles
  • Des outils concrets pour gérer les ruminations et les flashbacks
  • Un cadre pour les conversations difficiles entre partenaires
  • Une aide à la décision (rester ou partir) basée sur une analyse lucide plutôt que sur la peur
  • Un travail sur les schémas relationnels pour ne pas reproduire le même scénario

Si vous traversez cette épreuve, n’attendez pas que la douleur s’estompe d’elle-même. Découvrez les programmes d’accompagnement TCC de Gildas Garrec, psychopraticien TCC à Nantes, ou prenez directement rendez-vous pour un premier échange confidentiel.

Le pardon ne vous demande pas d’être surhumain. Il vous demande d’être courageux. Et le courage, c’est aussi accepter de se faire aider.

A retenir : Le pardon après une trahison est l’un des actes les plus exigeants de la vie relationnelle. Il ne garantit pas que le couple survivra. Mais il garantit que vous, vous survivrez.

Que la trahison ne deviendra pas le filtre à travers lequel vous voyez le monde et l’amour pour le reste de votre vie. C’est un cadeau que vous vous faites. Et vous le méritez.

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10 réflexions sur “Comment pardonner une trahison : les 4 étapes du pardon”

  1. Votre approche TCC rend les choses tellement plus concretes que les articles classiques de psychologie. On sait quoi faire, pas juste quoi penser.

    1. Julien, ravi que le contenu vous soit utile. N’hesitez pas a explorer les autres articles du blog, ils forment un ensemble coherent pour mieux comprendre vos mecanismes relationnels. Prenez soin de vous.

      Chaleureusement,
      Gildas

  2. On a applique la methode CNV avec mon conjoint et les resultats sont impressionnants. Moins de cris, plus d’ecoute. Merci pour ces outils concrets.

    1. Pierre, merci pour ce message. C’est precisement mon objectif : offrir des outils concrets, bases sur la science, pour que chacun puisse avancer a son rythme. Ravi que ca vous parle.

      Chaleureusement,
      Gildas

    1. Merci a vous Sandrine pour ce retour. Savoir que mes articles aident concretement les gens est ma plus grande motivation. Continuez a prendre soin de vous, vous etes sur la bonne voie.

      Chaleureusement,
      Gildas

  3. Le stonewalling, c’est mon schema. Je me ferme completement quand ca devient trop intense. Comprendre pourquoi m’aide a changer.

    1. Laura, merci de votre retour. Je suis content(e) que cet article vous parle. Si vous souhaitez aller plus loin, d’autres articles sur le blog abordent des themes complementaires. Bonne lecture !

      Chaleureusement,
      Gildas

    1. Valerie, merci de relayer. Souvent, on n’ose pas consulter directement, mais lire un article peut etre le premier pas. Votre geste compte plus que vous ne le pensez.

      Chaleureusement,
      Gildas

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