Peut-on pardonner une infidelite ? Les 3 conditions du pardon - Psychologie et Serenite

Peut-on pardonner une infidélité ? Les 3 conditions du pardon

Peut-on pardonner une infidelite ? Les 3 conditions du pardon veritable

« Je voudrais pardonner, mais je n’y arrive pas. »
« On me dit de pardonner pour avancer, mais est-ce que je ne suis pas en train de me trahir moi-meme ? »
« Il/elle a change, il/elle fait des efforts. Mais chaque fois que je le/la regarde, je revois les messages. »

Le pardon apres une infidelite est probablement le sujet le plus complexe que j’aborde en consultation. Pas parce que le concept est complique, mais parce qu’il est entoure de tant de fausses croyances, de pressions sociales et de confusions semantiques qu’il en devient paralyse.

Certaines personnes pardonnent trop vite, sous la pression de la culpabilite ou de la peur de la solitude. D’autres ne pardonnent jamais, non par choix mais par incapacite a depasser la blessure. Et la plupart oscillent entre les deux, dans un entre-deux epuisant ou rien ne se resout.

Je suis Gildas Garrec, psychopraticien specialise en TCC a Nantes, et cet article propose un cadre clair sur le pardon apres infidelite : ce qu’il est, ce qu’il n’est pas, les conditions necessaires pour qu’il soit authentique, et les situations ou la separation est une decision plus saine que le pardon.

Ce que le pardon n’est PAS

Avant de parler des conditions du pardon, il est essentiel de deconstruire les idees recues qui empoisonnent le processus.

Le pardon n’est pas l’oubli

C’est le malentendu le plus destructeur. « Pardonner c’est oublier » est un mythe. Votre cerveau n’oubliera pas la trahison — et il ne devrait pas. L’evenement fait partie de votre histoire. Le pardon ne consiste pas a effacer, mais a modifier la relation emotionnelle que vous entretenez avec le souvenir.

En TCC, on parle de retraitement cognitif : le souvenir existe toujours, mais il perd progressivement sa charge emotionnelle toxique. Il passe du statut de blessure active a celui de cicatrice — presente mais plus douloureuse.

Le pardon n’est pas la resignation

« Je pardonne parce que je n’ai pas le choix. » « Je pardonne parce que les enfants ont besoin de leurs deux parents. » « Je pardonne parce que je ne peux pas vivre seul(e). » Ce n’est pas du pardon.

C’est de la resignation deguisee. Et la resignation est un poison lent : elle genere de la rancune, du mepris de soi, et une erosion progressive de l’estime personnelle.

Le pardon veritable est un choix actif, fait en pleine conscience, depuis une position de force — pas de faiblesse.

Le pardon n’est pas la reconciliation

Pardonner ne signifie pas necessairement rester ensemble. On peut pardonner une infidelite et choisir de quitter la relation. On peut aussi rester ensemble sans avoir pardonne. Pardon et reconciliation sont deux processus distincts, meme s’ils sont souvent lies.

Le pardon est un processus interieur : il concerne votre propre liberation emotionnelle. La reconciliation est un processus relationnel : elle concerne la reconstruction du couple (voir notre article sur les 5 etapes de la reconstruction).

Le pardon n’est pas un evenement unique

Le pardon n’arrive pas un jour precis, comme un interrupteur qu’on actionne. C’est un processus iteratif. Vous pouvez vous sentir en paix le lundi et etre submerge(e) de rage le mardi. Ce n’est pas un recul — c’est le fonctionnement normal du processus de guerison.

Gottman estime qu’il faut en moyenne 2 ans pour qu’un couple retrouve un sentiment de securite relationnelle apres une infidelite. Le pardon suit un rythme comparable : il muri par vagues, pas en ligne droite.

Les 3 conditions du pardon veritable

Mes annees de pratique clinique et les recherches en psychologie du pardon (Enright, Worthington, Gottman) convergent vers trois conditions necessaires pour qu’un pardon apres infidelite soit authentique et durable.

Condition 1 : La reconnaissance sincere

La personne qui a trompe doit reconnaitre, sans equivoque et sans minimisation :
Le fait : « Oui, j’ai ete infidele. »
L’impact : « Je comprends la douleur que je t’ai causee. »
La responsabilite : « C’est ma responsabilite. Pas la tienne. »

Chacun de ces trois elements est necessaire. Voyons ce qui se passe quand l’un d’eux manque :

Sans reconnaissance du fait : « Ce n’etait qu’un moment d’egarement », « Ce n’etait que des messages, ce n’est pas de la tromperie » (voir notre article sur l’infidelite numerique). La minimisation du fait est une forme de gaslighting : elle remet en question la perception de la personne trompee et empeche tout processus de reparation.

Sans reconnaissance de l’impact : « Tu exageres », « Ca fait trois mois, il faut passer a autre chose », « Tu ne vas pas en faire un drame toute ta vie. » Ces phrases, meme dites sans malice, communiquent un mepris pour la souffrance de l’autre.

Elles envoient le message : « Ta douleur n’est pas legitime. » C’est l’antithese du pardon.

Sans prise de responsabilite : « Si tu avais ete plus present(e), ca ne serait pas arrive », « C’est elle/lui qui m’a drague(e) », « Notre couple allait mal, c’etait inevitable. » L’externalisation de la responsabilite est un mecanisme de defense comprehensible — personne n’aime se voir comme « le mechant ».

Mais elle rend le pardon impossible, parce qu’elle transfere implicitement la faute a la personne trompee. Les raisons psychologiques de l’infidelite peuvent eclairer le contexte, mais elles ne transferent pas la responsabilite.

En TCC : La reconnaissance sincere desactive le mecanisme de rumination sur l’injustice chez la personne trompee. Tant que la blessure n’est pas validee, le cerveau continue de « tourner » pour obtenir cette validation. Une fois reconnue, la blessure peut commencer a etre traitee.

Condition 2 : La prise de responsabilite concrete

La reconnaissance verbale ne suffit pas. Elle doit etre suivie d’actes observables, mesurables et consistants dans le temps. C’est ce que Gottman appelle l’expiation en action (atonement in action).

Concretement, cela implique :

La fin definitive de la liaison. Pas « on se parle encore mais en amis ». Pas « je ne peux pas la/le bloquer, c’est un(e) collegue ». La fin claire, nette, verifiable. Si la personne tierce est dans l’environnement professionnel ou social, des mesures concretes doivent etre prises pour minimiser les contacts.

La transparence totale. Acces au telephone, aux reseaux sociaux, aux comptes — temporairement, comme mesure de reconstruction, pas comme regime permanent de surveillance. La personne infidele doit comprendre que cette transparence n’est pas une punition : c’est un pansement sur une blessure ouverte.

La patience face aux rechutes emotionnelles. La personne trompee aura des moments de rage, de doute, de questions repetitives.

La personne infidele doit etre capable de recevoir ces emotions sans se placer en victime (« je me suis excuse(e), qu’est-ce que tu veux de plus ? »). Chaque rechute emotionnelle est une occasion de montrer qu’on est present(e) — pas un motif d’agacement.

L’engagement dans un travail personnel. Comprendre pourquoi on a trompe. Pas pour se flageller, mais pour identifier les mecanismes sous-jacents et developper des strategies alternatives. Un travail en therapie individuelle est souvent necessaire en parallele de la therapie de couple.

En TCC : La responsabilite concrete fonctionne comme une exposition au comportement de reparation. Chaque acte de transparence, chaque promesse tenue, chaque moment de patience est un « depot » dans le compte de confiance (concept developpe dans notre article sur surmonter l’infidelite). Il en faut beaucoup — des centaines — pour compenser le retrait massif de la trahison.

Condition 3 : Le changement de comportement observable

C’est la condition la plus exigeante, et la plus determinante. La reconnaissance et la responsabilite sont necessaires, mais si le comportement ne change pas, le pardon est vain. Les mots sans les actes sont des promesses en l’air.

Le changement de comportement doit etre :

Observable : Pas « je fais des efforts interieurs que tu ne vois pas ». Des actes concrets, visibles, verifiables. Rentre a l’heure. Repond au telephone. Initie des moments de connexion. Propose de parler au lieu d’eviter.

Durable : Pas un sprint de trois semaines suivi d’un retour aux habitudes. Le changement doit se maintenir sur des mois, pas des jours.

En TCC, on sait que la consolidation d’un nouveau comportement necessite en moyenne 66 jours de repetition (etude de Phillippa Lally, University College London) — et c’est pour les habitudes simples. Pour les schemas relationnels profonds, comptez plus longtemps.

Specifique au probleme identifie : Si la raison de l’infidelite etait un evitement de l’intimite, le changement doit porter sur la capacite a etre vulnerable.

Si c’etait un besoin de validation narcissique, le changement doit porter sur la securite interieure. Si c’etait une addiction a la nouveaute, le changement doit porter sur l’investissement dans la profondeur. (Pour identifier la raison, voir les 6 raisons psychologiques).

En TCC : Le changement de comportement est le coeur de la therapie comportementale et cognitive. On ne demande pas a la personne de « changer qui elle est » — on l’aide a identifier les schemas problematiques, a developper des comportements alternatifs, et a les pratiquer jusqu’a ce qu’ils deviennent automatiques.

Le protocole TCC de reconstruction de la confiance

Au-dela des 3 conditions, voici le processus concret que je propose en consultation pour accompagner le pardon :

Phase 1 : Stabilisation (semaines 1-4)

Objectif : Reduire l’intensite emotionnelle pour permettre le travail cognitif.

  • Techniques de regulation emotionnelle (respiration, ancrage, relaxation)
  • Journal des pensees automatiques liees a la trahison
  • Identification des declencheurs de crise (lieux, musiques, horaires, reseaux sociaux)
  • Mise en place de « plans de crise » : que faire quand la vague de douleur arrive

Phase 2 : Restructuration cognitive (semaines 4-12)

Objectif : Travailler sur les croyances qui bloquent le pardon.

Croyances typiques a examiner :

CroyanceQuestion TCCAlternative
« Si je pardonne, je suis faible »« Est-ce que c’est un fait ou un jugement ? »« Pardonner demande du courage, pas de la faiblesse »
« Il/elle va forcement recommencer »« Quelle est la preuve que c’est certain ? »« Le risque existe, mais le changement est aussi possible »
« Je ne pourrai plus jamais faire confiance »« Plus jamais, c’est une prediction ou une emotion ? »« La confiance est tres abimee maintenant. Elle peut evoluer »
« Notre couple est fini, meme si on reste »« Est-ce que des couples ont reconstruit apres une infidelite ? »« La reconstruction est difficile mais documentee et possible »

Phase 3 : Exposition graduee au pardon (mois 3-12)

Objectif : Pratiquer le pardon par etapes, pas en bloc.

Le pardon complet est trop massif pour etre decide en une fois. En TCC, on le decompose :

  1. Pardonner le fait : « J’accepte que cela s’est produit. » (Ce n’est pas approuver — c’est cesser de lutter contre la realite.)
  2. Pardonner la personne : « Je reconnais que mon ou ma partenaire est un etre humain faillible, pas un monstre. » (Ce n’est pas excuser — c’est humaniser.)
  3. Se pardonner soi-meme : « Je ne suis pas responsable de ce qui s’est passe, et je ne suis pas stupide de ne pas l’avoir vu venir. » (Etape souvent negligee, mais cruciale.)
  4. Pardonner le futur : « J’accepte que le risque zero n’existe pas, et je choisis malgre tout d’investir dans cette relation. » (Etape la plus courageuse.)

Phase 4 : Consolidation (mois 12+)

Objectif : Integrer le pardon dans une nouvelle dynamique de couple.

  • Creation du « nouveau contrat relationnel » (limites, communication, rituels)
  • Prevention de la rechute (signaux d’alerte, protocole en cas de doute)
  • Passage du statut de « survivants d’une infidelite » a celui de « couple reconstruit »

Quand le pardon est impossible — et c’est un droit

Il y a des situations ou le pardon n’est pas souhaitable, pas sain, et ou y renoncer est un acte de protection de soi. Le pardon est un choix, pas une obligation. Et certains contextes rendent ce choix nocif :

L’infidelite repetitive

Un ecart unique dans une relation longue est un evenement. Des infidelites repetees sur plusieurs annees sont un pattern comportemental. Si la personne a demontre, par ses actes repetes, qu’elle ne peut pas ou ne veut pas changer, le pardon devient de la complaisance — et la complaisance alimente la repetition.

L’absence totale de remords

Certaines personnes ne reconnaissent pas l’impact de leur infidelite. Pas par manque d’intelligence, mais par incapacite empathique ou par choix delibere. Si votre partenaire ne montre aucun signe de culpabilite, de tristesse face a votre douleur, ou de volonte de reparer, les 3 conditions ne sont pas reunies. Le pardon est alors impossible par definition.

Le gaslighting

« Tu es parano », « Je ne t’ai jamais trompe(e), c’est toi qui inventes », « Tu es trop jaloux/jalouse, c’est ton probleme ».

Si la personne infidele nie la realite, deforme les faits, ou retourne la culpabilite contre vous, vous n’etes pas dans un contexte de pardon — vous etes dans un contexte de manipulation. Le pardon a une personne qui refuse d’admettre la verite est un acte de soumission, pas de guerison.

La violence associee

Si l’infidelite s’inscrit dans un schema plus large de violence psychologique, emotionnelle ou physique, le pardon est dangereux. Il envoie le signal que les violations sont tolerees, et il renforce le cycle de l’emprise. Dans ce cas, la priorite n’est pas le pardon — c’est la mise en securite.

Quand votre corps dit non

Parfois, toutes les conditions semblent reunies sur le papier. La personne a reconnu, a pris ses responsabilites, a change. Et pourtant, quelque chose en vous refuse. Votre corps se crispe a son contact. Votre estomac se noue quand il/elle rentre du travail. Vous ne dormez plus.

Ce signal merite d’etre ecoute. Le corps a une sagesse que le cerveau rationnel n’a pas toujours. Si apres des mois de travail, de bonne volonte mutuelle et d’accompagnement professionnel, le pardon ne vient toujours pas, il est possible que la separation soit la voie la plus saine.

Et c’est un droit. Absolu. Non negociable.

Pardonner et partir : une option valide

Le pardon le plus courageux est parfois celui qui s’accompagne d’une separation. « Je te pardonne. Je comprends ce qui s’est passe. Je ne te hais pas. Et je choisis de construire ma vie sans toi. »

Ce pardon-la n’est pas un echec. C’est une liberation. Il permet de quitter la relation sans emporter la rancune comme bagage. Il permet de faire le deuil amoureux sans que la colere ne contamine tout le processus. Il permet de rouvrir, un jour, la porte de la confiance avec une autre personne.

Demander de l’aide

Le pardon apres une infidelite n’est pas un chemin qu’on parcourt seul(e). La complexite emotionnelle, les oscillations entre colere et compassion, les tentations de pardon premature ou de rancune figee — tout cela beneficie d’un cadre professionnel.

Je recois en cabinet a Nantes et en visio pour un accompagnement individuel et de couple. La TCC offre un protocole structure, valide par la recherche, qui respecte votre rythme et votre decision — quelle qu’elle soit.

La question n’est pas « Dois-je pardonner ? » La question est : « Quelles sont les conditions pour que mon pardon soit authentique et sain pour moi ? » Si cette question vous parle, c’est peut-etre le moment de prendre rendez-vous.


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8 réflexions sur “Peut-on pardonner une infidélité ? Les 3 conditions du pardon”

    1. Sophie, ravi que le contenu vous soit utile. N’hesitez pas a explorer les autres articles du blog, ils forment un ensemble coherent pour mieux comprendre vos mecanismes relationnels. Prenez soin de vous.

      Chaleureusement,
      Gildas

    1. Merci Thomas, vos mots comptent. Mon ambition est de democratiser les outils de la TCC pour qu’ils ne restent pas confines aux cabinets de psy. Heureux que ca vous soit utile.

      Chaleureusement,
      Gildas

    1. Votre retour me fait chaud au coeur Chloe. C’est exactement pour ca que j’ecris ce blog : rendre la psychologie accessible et utile au quotidien. Merci de me lire.

      Chaleureusement,
      Gildas

    1. Merci d’avoir partage Isabelle. C’est comme ca que l’information circule et aide ceux qui en ont besoin. J’espere que ca aidera votre proche a y voir plus clair.

      Chaleureusement,
      Gildas

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