Le trauma de la trahison : quand l’infidelite declenche un stress post-traumatique
« Je suis restee figee. Je n’arrivais plus a respirer. Le monde s’est arrete. »
« Je me souviens de chaque detail : l’heure, la piece, la lumiere. Comme si la scene etait gravee au fer rouge. »
« Depuis, je me reveille a 3h du matin en sursaut. Je verifie son telephone, son historique, ses notifications. Je ne dors plus. »
Ces temoignages, recueillis en consultation, ne decrivent pas un simple chagrin d’amour. Ils decrivent un trauma. Un vrai trauma, avec une signature neurologique et des symptomes qui recoupent ceux du syndrome de stress post-traumatique (SSPT).
Pendant longtemps, la souffrance liee a l’infidelite a ete minimisee. « Ce n’est qu’une tromperie, ce n’est pas comme si tu avais vecu un accident ou une agression. » Cette comparaison est non seulement inutile —
elle est fausse. Les recherches en psychotraumatologie montrent que la trahison intime peut activer les memes circuits cerebraux que les traumatismes reconnus par les classifications psychiatriques.
Je suis Gildas Garrec, psychopraticien specialise en TCC a Nantes, et j’accompagne des personnes dont le monde s’est effondre le jour ou elles ont decouvert l’infidelite de leur partenaire. Cet article vise a nommer ce qui se passe en vous, a le normaliser, et a vous donner des cles pour en sortir.
Le trauma de la trahison : un concept reconnu
Le terme Betrayal Trauma (trauma de la trahison) a ete formalise par la psychologue Jennifer Freyd en 1996. Il designe le traumatisme specifique qui survient lorsqu’une personne en qui on a place une confiance profonde viole cette confiance de maniere significative.
Ce qui distingue le trauma de la trahison des autres formes de traumatisme, c’est precisement la dimension relationnelle. L’agresseur n’est pas un inconnu, un accident, une catastrophe. C’est la personne qui etait censee etre le refuge. Le partenaire, le confident, celui ou celle avec qui on avait construit un espace de securite.
Quand cette securite est pulverisee, ce n’est pas seulement la relation qui est touchee. C’est la capacite meme a faire confiance — aux autres, a soi-meme, a sa propre perception de la realite.
L’enquete IFOP 2025 revele que 72 % des personnes ayant decouvert l’infidelite de leur partenaire rapportent des symptomes d’anxiete severe dans les semaines suivant la decouverte, et que 34 % presentent des symptomes compatibles avec un diagnostic de stress post-traumatique.
Le parallele avec le SSPT classique
Le SSPT (syndrome de stress post-traumatique) est traditionnellement associe aux victimes de guerre, d’agressions, d’accidents graves ou de catastrophes naturelles. Il se caracterise par quatre groupes de symptomes, definis par le DSM-5 :
- Reviviscences (flashbacks, cauchemars)
- Evitement (eviter les lieux, personnes, situations qui rappellent l’evenement)
- Alterations negatives des cognitions et de l’humeur (honte, culpabilite, perte d’interet)
- Hyperactivation (hypervigilance, sursauts, insomnie)
Ce qui est remarquable, c’est que la decouverte d’une infidelite peut declencher chacun de ces quatre groupes de symptomes — pas de maniere metaphorique, mais de maniere cliniquement significative.
Les symptomes du trauma de trahison
Reviviscences et flashbacks :
– La scene de decouverte qui repasse en boucle, involontairement, avec la meme intensite emotionnelle
– Des images intrusives de son ou sa partenaire avec l’autre personne (meme si on n’a rien vu)
–
Des cauchemars recurrents lies a la trahison
– Des reactions physiques violentes (nausees, tremblements, palpitations) declenchees par des stimuli anodins : un parfum, un restaurant, une chanson, une notification de telephone
Hypervigilance :
– Verifier compulsivement le telephone, les reseaux sociaux, la localisation GPS du ou de la partenaire
– Analyser chaque message, chaque intonation, chaque regard pour detecter un signe de mensonge
– Incapacite a se detendre, sensation permanente d’etre « sur le qui-vive »
– Sursauts exageres au moindre bruit de notification
Ruminations obsessionnelles :
– « Avec qui ? », « Combien de fois ? », « Ou ? », « Quand exactement ? »
– Reconstuire mentalement la chronologie pour trouver « les signes que j’ai rates »
–
Comparer obsessionnellement avec l’autre personne : physique, personnalite, ce qu’il ou elle a que je n’ai pas
– Boucles de pensees qui durent des heures et que rien ne semble pouvoir arreter
Troubles du sommeil :
– Insomnies d’endormissement (l’esprit tourne en boucle)
– Reveils nocturnes (souvent vers 3-4h du matin)
– Cauchemars
– Sommeil non reparateur, meme apres une nuit « complete »
Troubles de l’appetit :
– Perte d’appetit totale (noeud a l’estomac permanent)
– Ou au contraire, alimentation compulsive pour anesthesier la douleur
– Perte de poids significative (5 a 10 kg en quelques semaines n’est pas rare)
Derealization et depersonnalisation :
– Sensation d’irrealite (« ce n’est pas ma vie »)
– Engourdissement emotionnel, impression d’etre « anesthesie(e) »
– Difficulte a se concentrer sur le travail, les enfants, le quotidien
– Sentiment d’etre « coupe(e) de soi-meme »
Si vous reconnaissez trois symptomes ou plus dans cette liste, ce que vous vivez n’est pas de la fragilite ni du caprice. C’est une reaction traumatique normale a un evenement anormal.
Les 5 phases du trauma de trahison
Le trauma de trahison suit une trajectoire identifiable, meme si chaque parcours est unique. Comprendre ces phases permet de se situer et de realiser que la souffrance evolue — meme quand elle semble figee.
Phase 1 : Le choc (jours 1 a 7)
Le cerveau est submerge. La realite est trop massive pour etre integree d’un seul coup. Vous pouvez vous sentir « dans du coton », incapable de pleurer, etrangement calme, ou au contraire frappe(e) par une panique complete. Les deux reactions sont normales.
Physiologiquement, votre corps est en mode « fight or flight » : le cortisol et l’adrenaline inondent votre systeme. C’est pour cela que les tremblements, les nausees, les palpitations et l’incapacite a manger sont si frequents a ce stade.
Phase 2 : Le deni protecteur (semaines 1 a 3)
« Ce n’est pas possible. » « Il y a forcement une explication. » « Ca ne peut pas etre vrai. » Le deni n’est pas de la naivete — c’est un mecanisme de defense qui dose la douleur. Le cerveau ne peut pas tout traiter d’un coup, alors il filtre.
Attention : le deni peut aussi prendre la forme d’une minimisation active. « Ce n’etait qu’une fois. » « Ca ne comptait pas vraiment. » « C’est de ma faute, j’etais trop absent(e). » Ces rationalisations protegent a court terme, mais empechent le processus de guerison si elles se prolongent.
Phase 3 : La colere et la quete de sens (semaines 3 a 12)
Quand le voile du deni se leve, la douleur devient brute, et elle se transforme souvent en colere. Colere contre le ou la partenaire, contre l’autre personne, contre soi-meme (« comment j’ai pu ne rien voir ? »), contre le monde entier.
C’est aussi la phase des questions obsessionnelles. Le cerveau tente de reconstituer le puzzle pour reprendre le controle d’une realite qui lui a echappe. « Depuis quand ? », « Comment ? », « Etais-tu en train de penser a elle/lui quand tu me disais ‘je t’aime’ ? »
En TCC, on reconnait ici le besoin cognitif de coherence. Le cerveau humain ne tolere pas l’incertitude, surtout dans le domaine des relations d’attachement. Il preferera une explication douloureuse a l’absence d’explication.
Phase 4 : La depression et le deuil (mois 2 a 6)
La colere finit par s’epuiser, et ce qui reste en-dessous, c’est la tristesse. Une tristesse profonde, parfois accompagnee de sentiments de honte, d’humiliation, et de perte d’identite.
Ce n’est pas seulement le ou la partenaire que vous pleurez. C’est l’image que vous aviez de votre couple. C’est la confiance que vous aviez en votre propre jugement. C’est le futur que vous imaginiez. Ce processus rejoint les phases du deuil amoureux, meme si le couple continue d’exister.
Des croyances profondes sont ebranlees :
– « Je pensais etre quelqu’un de valeur » -> « Je ne suis pas suffisant(e) »
– « Je faisais confiance a mon instinct » -> « Mon instinct m’a trompe(e) »
– « Les gens bien ne font pas ca » -> « Rien n’est sur, personne n’est fiable »
Phase 5 : L’integration et la reconstruction (mois 6 a 24)
Cette phase ne signifie pas « oublier ». Elle signifie que l’evenement traumatique prend sa place dans votre histoire sans la definir entierement. Les flashbacks se rarefient. L’hypervigilance diminue. La capacite a etre present(e) dans le quotidien revient.
L’integration peut se faire au sein du couple (voir les 5 etapes de la reconstruction) ou apres une separation. Dans les deux cas, elle necessite un travail actif — le temps seul ne suffit pas.
L’approche TCC pour guerir le trauma de trahison
La therapie comportementale et cognitive offre des outils structures et valides scientifiquement pour traiter les symptomes du trauma de trahison.
1. La restructuration cognitive
Les pensees automatiques generees par le trauma sont rarement objectives. Elles sont hyper-negatives, absolutistes et generalisatrices. La TCC apprend a identifier ces pensees et a les confronter a la realite.
Exemple :
– Pensee automatique : « Je ne pourrai plus jamais faire confiance a personne. »
– Question TCC : « Est-ce que cette pensee est un fait ou une prediction ? »
– Pensee alternative : « En ce moment, la confiance est tres difficile pour moi. Cela ne signifie pas qu’elle sera impossible pour toujours. »
Ce travail ne vise pas a minimiser la douleur. Il vise a empecher les distorsions cognitives d’aggraver une souffrance deja reelle.
2. L’exposition graduee aux stimuli declencheurs
Certains lieux, objets, sons ou situations declenchent des flashbacks ou des crises d’angoisse. En TCC, on travaille par exposition graduee : confrontation progressive et controlee aux stimuli, avec des techniques de regulation emotionnelle (respiration, relaxation, ancrage sensoriel).
L’objectif n’est pas de s’endurcir. C’est de desensibiliser le circuit de peur qui s’est forme autour de ces stimuli, pour qu’ils cessent de declencher la reponse traumatique.
3. La technique de defusion cognitive
Issue de la therapie d’acceptation et d’engagement (ACT, une branche de la TCC), la defusion consiste a prendre de la distance avec ses pensees intrusives sans essayer de les supprimer.
Exercice : Quand une pensee intrusive surgit (« il/elle est en train de recommencer »), au lieu de la combattre, observez-la : « Je remarque que j’ai la pensee que mon partenaire recommence. » Cette reformulation cree un espace entre vous et la pensee. Vous n’etes pas votre pensee.
4. La regulation de l’hypervigilance
L’hypervigilance est le symptome le plus envahissant au quotidien. En TCC, on travaille sur deux axes :
Reduire les comportements de verification :
– Limiter progressivement le nombre de fois ou vous consultez le telephone de votre partenaire
– Definir des « creneaux de verification » (par exemple, une fois par jour au debut, puis de moins en moins)
–
Remplacer la verification par une communication directe : « J’ai besoin d’etre rassure(e) en ce moment. Peux-tu me dire ou tu es ? »
Techniques de gestion de l’anxiete :
– Respiration diaphragmatique 4-7-8
– Ancrage sensoriel (nommez 5 choses que vous voyez, 4 que vous touchez, 3 que vous entendez…)
– Relaxation musculaire progressive
5. Le travail sur les schemas profonds
Au-dela des symptomes immédiats, le trauma de trahison reveille souvent des blessures anterieures : abandon dans l’enfance, carence affective, precedentes trahisons. La TCC permet d’identifier ces schemas anciens et de les differencier de la situation actuelle.
« Mon pere m’a abandonne. Mon ex m’a trompe. Et maintenant ca. » Cette sequence cree un schema de type « je suis voue(e) a etre trahi(e) ». Identifier ce schema ne le fait pas disparaitre instantanement, mais permet de comprendre pourquoi la douleur actuelle est si intense : elle est amplifiee par les echos du passe.
Ce qui aide et ce qui aggrave
Ce qui aide :
- Nommer ce que vous vivez. « J’ai un trauma de trahison » est plus therapeutique que « je deviens fou/folle. »
- Consulter rapidement. Plus le trauma est pris en charge tot, meilleur est le pronostic. N’attendez pas que ca passe tout seul.
- Maintenir une structure quotidienne. Manger, dormir, bouger. Le corps a besoin de reperes quand l’esprit est en chaos.
- S’autoriser les emotions contradictoires. Aimer et etre en colere en meme temps. Vouloir partir et vouloir rester. C’est normal.
- Limiter l’exposition aux declencheurs. Dans un premier temps, eviter les films, series ou musiques qui raviveront le trauma.
Ce qui aggrave :
- L’espionnage permanent du telephone et des reseaux sociaux. La verification compulsive nourrit l’anxiete au lieu de la calmer. C’est un piege bien identifie en TCC. (Voir aussi : les reseaux sociaux et le couple)
- Chercher tous les details de l’infidelite. Au-dela d’un certain seuil, les details ne guerissent pas — ils traumatisent davantage. Poser des questions est normal. Exiger un recit minute par minute est de l’auto-sabotage.
- Prendre des decisions majeures dans les premieres semaines. Ni separation definitive, ni pardon instantane. Le cerveau en etat de choc n’est pas en mesure de prendre des decisions eclairees.
- Minimiser sa propre souffrance. « Il y a pire », « d’autres s’en remettent », « je devrais etre plus fort(e) ». Non. Votre douleur est legitime, quelle que soit sa forme.
Un trauma qui touche les deux partenaires
Il est important de le dire : dans de nombreux cas, la personne qui a trompe souffre aussi. Pas du meme trauma, pas de la meme maniere, mais la culpabilite, la honte, et la peur de perdre la relation sont des souffrances reelles.
Cela ne minimise en rien la douleur de la personne trompee. Mais dans un processus de reconstruction du couple, reconnaitre que les deux partenaires sont blesses — meme differemment — est essentiel pour avancer ensemble.
Quand consulter ?
Immediatement si :
– Vous avez des idees suicidaires ou des pensees d’automutilation
– Vous ne pouvez plus fonctionner (travail, enfants, quotidien)
– Vous consommez de l’alcool, des medicaments ou des substances pour gerer la douleur
Rapidement si :
– Les symptomes decrits dans cet article persistent au-dela de 4 semaines
– L’hypervigilance et les ruminations envahissent votre quotidien
– Vous sentez que vous « vous perdez » ou que vous ne vous reconnaissez plus
Je recois en cabinet a Nantes et en visio pour un accompagnement individuel specialise dans le trauma de trahison. L’approche TCC est structuree, progressive, et respecte votre rythme.
Si vous vivez cette situation, la premiere etape est de prendre rendez-vous. La deuxieme etape, c’est moi qui m’en occupe.
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– Pourquoi on trompe : les 6 raisons psychologiques — Comprendre ce qui s’est passe
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Les conditions du pardon veritable
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– Les phases du deuil amoureux — Comprendre le processus de deuil
– Se liberer d’une relation toxique — Si l’infidelite s’inscrit dans un schema de manipulation
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Mon mari m’a trompee il y a 1 an. Votre article m’aide a comprendre que pardonner est un processus, pas un moment. Merci.
Manon, merci pour ce message. C’est precisement mon objectif : offrir des outils concrets, bases sur la science, pour que chacun puisse avancer a son rythme. Ravi que ca vous parle.
Chaleureusement,
Gildas
Partage sur mon compte. Ce blog merite d’etre plus connu.
Marine, merci de relayer. Souvent, on n’ose pas consulter directement, mais lire un article peut etre le premier pas. Votre geste compte plus que vous ne le pensez.
Chaleureusement,
Gildas
J’ai trompe ma compagne et je le regrette chaque jour. Cet article m’a aide a comprendre pourquoi j’ai fait ca. Les raisons ne sont pas des excuses, mais elles aident.
Merci de me lire Alexandre. Chaque commentaire me rappelle pourquoi j’ai cree ce blog : aider les gens a mieux se comprendre et a vivre des relations plus sereines. Au plaisir de vous relire.
Chaleureusement,
Gildas