Fille de père absent : comment cette blessure influence vos relations amoureuses
Vous choisissez des partenaires émotionnellement indisponibles. Vous donnez sans compter dans vos relations, en espérant secrètement qu’on finira par vous aimer « assez ». Vous oscillez entre un besoin intense de fusion et une peur paralysante d’être abandonnée. Et au fond de vous, une petite voix murmure que vous ne méritez pas vraiment d’être aimée.
Si ces schémas vous parlent, il est possible que la blessure d’absence paternelle continue d’influencer silencieusement vos relations amoureuses. Cette influence n’est pas une fatalité. C’est un mécanisme qui se comprend, se déconstruit et se dépasse.
Je suis Gildas Garrec, psychopraticien spécialisé en TCC à Nantes, et j’accompagne régulièrement des femmes dont les difficultés relationnelles trouvent leur racine dans cette blessure précoce. Voici comment cette absence façonne vos choix amoureux et, surtout, comment reprendre le pouvoir sur votre vie affective.
Le père : première figure masculine, premier modèle d’amour
Avant de détailler les conséquences, il est essentiel de comprendre pourquoi l’absence du père a un impact aussi profond sur la vie amoureuse d’une femme.
Le père est, chronologiquement, la première figure masculine significative dans la vie d’une fille. C’est à travers cette relation que se construisent les premières représentations de ce qu’est un homme, de ce qu’on peut attendre de lui, et surtout de la valeur qu’on a à ses yeux.
La psychanalyste Louise Grenier, dans son ouvrage Filles sans père (2019), explique que « le regard du père sur sa fille est le premier miroir dans lequel elle lit sa valeur en tant que femme ».
Selon les recherches en psychologie du développement, la relation père-fille influence directement trois dimensions fondamentales :
- L’estime de soi : le regard paternel confirme ou infirme la valeur personnelle de l’enfant.
- Le modèle relationnel : la dynamique père-fille devient un modèle inconscient pour les relations futures avec les hommes.
- La sécurité intérieure : la présence fiable du père contribue à construire un sentiment de sécurité affective durable.
Quand ce père est absent, physiquement ou émotionnellement, ces trois piliers se fissurent. Et c’est sur ces fissures que se construisent ensuite les relations amoureuses.
L’attirance pour les hommes indisponibles : un schéma de répétition
L’un des patterns les plus fréquemment observés en cabinet chez les femmes ayant grandi sans père est l’attirance récurrente pour des hommes émotionnellement indisponibles. Ce n’est pas un hasard. C’est un mécanisme psychologique bien documenté que Freud nommait la « compulsion de répétition » et que la TCC analyse sous l’angle des schémas précoces inadaptés (Young, 2003).
Comment fonctionne ce schéma ?
L’enfant qui a manqué de l’amour paternel grandit avec une croyance profondément ancrée : « L’amour, c’est quelque chose qu’il faut mériter, conquérir, et qui peut être retiré à tout moment. » Cette croyance, devenue inconsciente, agit comme un filtre de sélection dans les relations adultes.
Concrètement, cela se manifeste par :
- L’attirance pour les hommes distants : les hommes chaleureux et disponibles sont perçus comme « ennuyeux » ou « trop faciles ». L’homme qui ne rappelle pas, qui souffle le chaud et le froid, active une excitation qui est en réalité la réactivation de la blessure d’enfance.
- L’interprétation de l’intermittence comme de l’amour : le renforcement intermittent (présence-absence-présence) crée une dépendance émotionnelle comparable aux mécanismes de l’addiction. Les neurosciences montrent que ce pattern active le circuit de la récompense de manière plus intense qu’une relation stable.
- La croyance que l’on peut « sauver » ou « changer » l’autre : inconsciemment, séduire un homme indisponible et obtenir son amour revient à réparer symboliquement la blessure originelle. « Si lui m’aime, alors je suis aimable. »
Une étude longitudinale de Sroufe et al. (2005), menée sur 30 ans, a démontré que le style d’attachement formé dans l’enfance prédit avec une fiabilité significative les choix de partenaires à l’âge adulte. Les femmes ayant développé un attachement insécure dans l’enfance sont statistiquement plus susceptibles de s’engager dans des relations avec des partenaires eux-mêmes insécures.
La dépendance affective : quand le besoin d’amour devient un gouffre
L’absence du père crée un vide affectif que la femme adulte tente de combler à travers ses relations amoureuses. Ce mécanisme, lorsqu’il devient excessif, s’apparente à ce que les cliniciens nomment la dépendance affective.
Les manifestations les plus courantes incluent :
- La tolérance excessive : accepter des comportements inacceptables par peur de perdre l’autre. Des infidélités répétées, du manque de respect, de l’indifférence sont minimisés ou excusés.
- L’hypervigilance relationnelle : surveiller en permanence les signes de distance ou de désintérêt du partenaire, interpréter le moindre changement de ton comme une menace.
- L’incapacité à être seule : la solitude n’est pas vécue comme un espace de ressourcement mais comme un rappel douloureux de l’abandon initial.
- Le surinvestissement : donner tout dans la relation en espérant que cette générosité sera « enfin » reconnue et récompensée.
La psychologue clinicienne Hélène Roubeix observe que « la fille de père absent cherche dans le couple la confirmation qu’elle n’a jamais reçue. Chaque nouvelle relation devient une tentative de réparation. » Le problème, c’est que cette quête place l’autre dans un rôle impossible : celui de combler un manque qui lui préexistait.
L’idéalisation du partenaire : projeter le père sur l’amoureux
Un autre mécanisme fréquent est l’idéalisation du partenaire amoureux. N’ayant pas eu l’occasion de confronter l’image du père à la réalité quotidienne, la fille de père absent développe souvent une vision idéalisée de la figure masculine.
Cette idéalisation se transfère ensuite sur les partenaires :
- Au début de la relation : l’homme est perçu comme parfait, protecteur, capable de combler tous les manques. Cette phase d’idéalisation est plus intense et plus longue que dans une relation « classique ».
- Face à la réalité : lorsque le partenaire se révèle humain, avec ses limites et ses défauts, la désillusion est brutale. Ce n’est pas simplement une déception amoureuse. C’est la réactivation de la déception originelle.
- Le cycle se répète : quitter une relation désidéalisée pour en commencer une autre, portée par le même espoir initial.
Ce schéma rejoint ce que la TCC appelle le piège de l’attachement évitant chez le partenaire choisi : l’homme idéalisé est souvent un homme qui maintient une distance, ce qui permet paradoxalement de préserver l’idéalisation.
La peur de l’abandon : le fantôme omniprésent
La peur de l’abandon est sans doute la conséquence la plus directe et la plus envahissante de l’absence paternelle. Cette peur ne se limite pas aux situations de séparation réelle. Elle imprègne l’ensemble de la vie relationnelle.
Selon les travaux de Bowlby (1969) sur la théorie de l’attachement, l’enfant qui a vécu un abandon réel (départ du père) ou symbolique (père émotionnellement absent) développe un modèle interne opérant dans lequel les figures d’attachement sont perçues comme potentiellement défaillantes. Ce modèle, une fois installé, colore toutes les relations futures.
Les manifestations concrètes :
- Anticiper la rupture en permanence, même quand tout va bien.
- Tester le partenaire : provoquer des conflits pour vérifier s’il va rester malgré tout.
- S’accrocher ou fuir : soit une posture de dépendance (s’accrocher pour empêcher l’abandon), soit une posture évitante (partir avant d’être quittée).
- Interpréter la moindre distance comme un rejet : un message sans réponse, une soirée annulée, un regard détourné deviennent des preuves de désamour.
Cette hypervigilance est épuisante, tant pour la personne qui la vit que pour le partenaire qui se trouve face à un besoin de réassurance qu’il ne peut jamais pleinement satisfaire.
Les conséquences sur l’estime de soi et l’identité féminine
Au-delà des relations amoureuses, l’absence du père affecte en profondeur l’estime de soi et le rapport à la féminité. Louise Grenier souligne que « sans le regard du père, la fille doit construire son identité de femme sans miroir ».
Cela se traduit par :
- Un doute chronique sur sa propre valeur : « Si mon propre père n’est pas resté, c’est que je ne vaux pas la peine qu’on reste. »
- Une difficulté à s’affirmer : face aux hommes en particulier, mais aussi dans le milieu professionnel et social.
- Un rapport compliqué au corps et à la séduction : osciller entre survalorisation de l’apparence physique (chercher dans le regard des hommes la validation manquante) et dévalorisation de soi.
- La difficulté à accepter les compliments et l’amour : même dans une relation saine, douter de la sincérité de l’autre.
Une étude de East, Jackson et O’Brien (2006) a montré que les femmes ayant grandi sans père présentent des niveaux d’estime de soi significativement plus bas et des taux de dépression plus élevés que celles ayant grandi avec un père présent et impliqué.
L’approche TCC : restructurer les schémas précoces
La bonne nouvelle, c’est que ces schémas ne sont pas gravés dans le marbre. La Thérapie Cognitive et Comportementale offre des outils concrets et validés scientifiquement pour les identifier, les comprendre et les transformer.
1. Identifier les pensées automatiques
La première étape consiste à repérer les pensées automatiques qui surgissent dans les situations relationnelles. Par exemple :
- « S’il ne m’a pas rappelée, c’est qu’il va me quitter. » (Schéma d’abandon)
- « Je dois être parfaite pour qu’il reste. » (Schéma de soumission)
- « Les hommes finissent toujours par partir. » (Schéma de méfiance)
En TCC, on apprend à noter ces pensées, à les examiner avec recul et à les confronter à la réalité des faits.
2. Restructurer les croyances fondamentales
Au-delà des pensées automatiques, la TCC permet de travailler sur les croyances profondes, souvent héritées de l’enfance :
- « Je ne mérite pas d’être aimée » devient « Mon père n’a pas pu rester, mais cela ne définit pas ma valeur. »
- « L’amour est conditionnel » devient « Je peux construire des relations où l’amour est stable et fiable. »
- « Je dois tout accepter pour ne pas être abandonnée » devient « Poser des limites est un acte de respect envers moi-même. »
3. Exercices d’affirmation et d’exposition progressive
La TCC propose des exercices concrets pour renforcer l’estime de soi et modifier les comportements relationnels :
- Le journal relationnel : noter chaque jour une situation relationnelle, la pensée automatique associée et une pensée alternative plus réaliste.
- L’exposition progressive : s’entraîner à exprimer un besoin, à poser une limite, à tolérer un moment de solitude sans chercher immédiatement la réassurance.
- Les exercices d’autocompassion : apprendre à se parler avec la même bienveillance que l’on accorderait à une amie proche.
Pour un guide complet des étapes de reconstruction, consultez l’article Comment réparer la blessure du père absent : 7 étapes en TCC.
Ce que les hommes de votre vie disent de votre blessure
Un exercice que je propose souvent en cabinet consiste à dresser la liste des partenaires significatifs et à identifier les points communs. Si vous constatez que vos relations suivent un schéma récurrent (hommes indisponibles, relations déséquilibrées, ruptures similaires), ce n’est pas de la malchance. C’est l’expression d’un schéma qui demande à être vu et travaillé.
Le fils de père absent vit des difficultés différentes mais complémentaires : là où la fille tend à chercher le père dans le partenaire, le fils tend à lutter avec sa propre identité masculine. Comprendre ces deux dynamiques peut éclairer les relations de couple où les deux partenaires portent cette blessure.
Il est également important de distinguer l’absence physique de l’absence émotionnelle. Un père physiquement présent mais émotionnellement indisponible peut créer les mêmes schémas, parfois avec une confusion supplémentaire : « Il était là, donc je n’ai pas le droit de souffrir. »
Se libérer du schéma : un chemin possible
La prise de conscience est la première étape. La deuxième est l’engagement dans un travail thérapeutique structuré. La TCC, par son approche concrète et orientée vers l’action, permet de :
- Identifier précisément les schémas actifs dans vos relations actuelles.
- Comprendre leur origine sans rester enfermée dans le passé.
- Développer de nouvelles compétences relationnelles : affirmation de soi, gestion des émotions, tolérance à l’incertitude.
- Construire progressivement un attachement plus sécure.
Le Programme Liberté – Se libérer d’une relation toxique est spécifiquement conçu pour accompagner les personnes prises dans ces schémas répétitifs. Il combine restructuration cognitive, travail sur l’estime de soi et exercices comportementaux concrets.
Pour les personnes dont la blessure paternelle a principalement affecté l’estime de soi et la confiance personnelle, le Programme Silence – Retrouver confiance en soi propose un travail en profondeur sur ces dimensions.
Vous vous reconnaissez dans ces schémas ? C’est le signe que quelque chose en vous est prêt à évoluer. L’absence de votre père fait partie de votre histoire, mais elle ne doit pas écrire la suite. En cabinet à Nantes ou en visio, je vous accompagne dans ce travail de déconstruction et de reconstruction. Prenez rendez-vous pour un premier échange.
Gildas Garrec, psychopraticien spécialisé en TCC, cabinet à Nantes. Consultations en présentiel et en visioconférence.
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Merci pour cet article. C’est exactement ce dont j’avais besoin de lire aujourd’hui.
Votre retour me fait chaud au coeur Julien. C’est exactement pour ca que j’ecris ce blog : rendre la psychologie accessible et utile au quotidien. Merci de me lire.
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Gildas
Article bookmarke. J’y reviendrai regulierement, il y a trop de choses a integrer en une seule lecture.
Merci pour votre message Lea. Prendre le temps de commenter, c’est deja une forme d’engagement envers soi-meme. N’hesitez pas si vous avez des questions ou si vous souhaitez approfondir certains points.
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Gildas
Les 7 etapes TCC proposees sont concretes et applicables. J’en suis a la 3eme et je vois deja des changements dans ma facon de gerer mes relations.
Elodie, ravi que le contenu vous soit utile. N’hesitez pas a explorer les autres articles du blog, ils forment un ensemble coherent pour mieux comprendre vos mecanismes relationnels. Prenez soin de vous.
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Gildas
Mon pere est parti quand j’avais 6 ans. A 35 ans, je realise enfin l’impact que ca a eu sur toutes mes relations. Cet article est douloureux mais liberateur.
Manon, ce que vous partagez resonne avec ce que beaucoup de mes patients me confient en seance. Vous avez raison de prendre ce recul. C’est en comprenant nos mecanismes qu’on peut les transformer. Bravo pour cette lucidite.
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Gildas