Ghosting : faut-il envoyer un dernier message ? Analyse TCC - Psychologie et Serenite

Ghosting : faut-il envoyer un dernier message ? Analyse TCC

Ghosting : faut-il envoyer un dernier message ?

Le curseur clignote sur votre écran. Vous avez tapé, effacé, retapé. Vingt fois peut-être. Le message est prêt — ou alors non, il faut le reformuler. Vous hésitez entre dignité et honnêteté, entre silence et dernier mot. Cette scène, des millions de personnes la vivent chaque semaine.

C’est probablement le dilemme le plus débattu du dating moderne. Les forums, les vidéos TikTok, les threads Reddit — tout le monde a un avis. Mais rares sont ceux qui posent la vraie question : pourquoi avez-vous envie d’envoyer ce message ?

En tant que psychopraticien spécialisé en TCC, je ne vais pas vous donner une réponse toute faite. Je vais vous aider à comprendre ce qui motive votre envie d’écrire, ce que chaque type de message provoque réellement, et quelle est l’alternative que personne ne vous propose.

Pourquoi vous avez envie d’envoyer ce message

Avant de parler du message lui-même, parlons de vous. L’envie d’écrire après un ghosting n’est pas un caprice. C’est une réponse neurologique.

L’effet Zeigarnik : votre cerveau veut une fin

Décrit par la psychologue Bluma Zeigarnik en 1927, cet effet montre que le cerveau retient et ressasse les situations inachevées beaucoup plus intensément que celles qui sont résolues. Le ghosting est l’inachevé par excellence. Pas de dernière conversation, pas de point final, pas de clôture.

Votre envie d’écrire est une tentative de votre cerveau de fermer la boucle. C’est parfaitement compréhensible.

La douleur physique du rejet

Les recherches en IRMf ont démontré que le rejet social active les mêmes zones cérébrales que la douleur physique. Quand vous voulez envoyer ce message, une partie de vous essaie littéralement de faire cesser une douleur. Pas par faiblesse. Par instinct de survie.

Le besoin de contrôle

L’étude Unobravo (2025) montre que 46 % des Français ont été ghostés. Et l’un des aspects les plus douloureux est la perte totale de contrôle. Vous n’avez pas choisi cette fin. Vous n’avez pas eu votre mot à dire. Envoyer un message, c’est reprendre une forme d’agentivité. Dire : « Je ne suis pas juste quelqu’un qu’on efface. »

Le pour et le contre : une analyse honnête

Les arguments POUR envoyer un message

  • Vous exprimez votre vécu : mettre des mots sur la blessure a une valeur thérapeutique, même si l’autre ne répond jamais.
  • Vous reprenez le contrôle narratif : vous n’êtes plus la personne passive qui attend. Vous choisissez de clore.
  • Vous posez vos limites : dire « Ce que tu as fait n’est pas acceptable » est un acte de respect envers vous-même.
  • Vous évitez les regrets : certaines personnes regrettent davantage de n’avoir rien dit que d’avoir parlé.

Les arguments CONTRE

  • Vous n’obtiendrez probablement pas de réponse : quelqu’un qui ghoste est rarement quelqu’un qui va répondre à un message de rupture. L’absence de réponse sera une deuxième blessure.
  • Vous lui donnez du pouvoir : chaque message envoyé est un signal que cette personne occupe encore votre espace mental.
  • Vous rouvrez la boucle : au lieu de fermer le chapitre, vous créez une nouvelle attente (la réponse), et donc une nouvelle source de rumination.
  • Vous risquez la honte rétrospective : un message écrit sous émotion peut sembler excessif avec le recul.

Les 3 types de messages — et leurs conséquences

Type 1 : Le message de dignité

« J’ai compris que tu avais choisi de ne plus me parler. C’est ton droit. Je méritais au moins une explication, mais je n’en attends plus. Je te souhaite le meilleur. »

Ce qu’il dit : « Je suis blessé(e) mais debout. »
Risque : Faible.

C’est le message le plus sûr émotionnellement.
Conséquence probable : Pas de réponse, mais un sentiment de clôture personnelle.
Piège : Si vous l’envoyez en espérant secrètement une réponse, ce n’est pas un message de dignité. C’est un message-piège déguisé. Soyez honnête avec vous-même sur votre intention.

Type 2 : Le message de colère

« Tu n’as même pas eu le courage de me dire que c’était fini. C’est lâche et irrespectueux. J’espère que tu mesures ce que tu as fait. »

Ce qu’il dit : « Je suis en colère et tu dois le savoir. »
Risque : Modéré à élevé.

La colère est légitime mais rarement efficace par écrit.
Conséquence probable : Soit pas de réponse (frustration accrue), soit une réponse défensive qui empire les choses.
Piège : La colère soulage sur le moment mais laisse souvent un goût amer. Ce message donne plus de pouvoir à l’autre qu’il ne lui en retire.

Type 3 : Le message porte ouverte

« Je ne comprends pas ton silence. Si quelque chose s’est passé, on peut en parler. Tu me manques et j’aimerais au moins comprendre. »

Ce qu’il dit : « Reviens. »
Risque : Élevé. Vous vous mettez en position de demandeur.
Conséquence probable : Soit aucune réponse (confirmation douloureuse), soit une réponse vague qui relance un cycle malsain.
Piège : Ce message est le plus dangereux.

Il ouvre la porte au zombieing — le retour du ghosteur — et au cycle toxique qui en découle.

Ce que la TCC recommande

En thérapie cognitivo-comportementale, on analyse les comportements par leur fonction. Avant d’envoyer un message, posez-vous ces questions :

La grille d’analyse fonctionnelle

  1. Quelle est mon intention réelle ?
    – Obtenir une réponse ?
    – Me soulager émotionnellement ?
    – Reprendre le contrôle ?
    – Provoquer une réaction (culpabilité, regret) ?

  2. Quel résultat est le plus probable ?
    – Une réponse satisfaisante ?
    – Pas de réponse du tout ?
    – Une réponse qui empire les choses ?

  3. Comment je me sentirai dans 48 heures ?
    – Soulagé(e) ?
    – Exposé(e) ?
    – En attente d’une réponse (donc de nouveau dans la boucle) ?

  4. Est-ce que ce message sert MON processus de guérison ou est-ce que j’essaie de modifier LE COMPORTEMENT DE L’AUTRE ?

Si la réponse à la question 4 est la deuxième option, n’envoyez pas le message. Vous ne pouvez pas changer quelqu’un qui a choisi le silence.

5 exemples de messages — et pourquoi ils marchent ou pas

Exemple 1 : Le factuel

« J’ai noté ton silence. Je ne relancerai pas. Si tu veux me parler un jour, tu sais où me trouver. »

Verdict : Efficace. Court, factuel, sans émotion apparente. Il ne demande rien. Il pose un constat. Mais attention : ne l’envoyez que si vous êtes vraiment prêt(e) à ne pas attendre de réponse.

Exemple 2 : Le vulnérable

« Ton silence me fait beaucoup de mal. J’aurais aimé au moins comprendre ce qui s’est passé. »

Verdict : Risqué. Honnête, oui. Mais la vulnérabilité avec quelqu’un qui vous a ghosté est un cadeau non mérité. Si vous l’envoyez, faites-le pour vous, pas pour susciter de l’empathie chez quelqu’un qui n’en a pas montré.

Exemple 3 : Le sarcastique

« Pas de nouvelles, bonnes nouvelles ? En tout cas merci pour la leçon sur les gens qui ne méritent pas la confiance qu’on leur accorde. »

Verdict : Contre-productif. Le sarcasme trahit la blessure sans la nommer. L’autre ne recevra que l’amertume, pas la douleur. Et vous, vous vous sentirez probablement mal de l’avoir envoyé.

Exemple 4 : Le long message explicatif

« J’ai besoin de te dire ce que j’ai sur le coeur. [500 mots sur vos sentiments, l’histoire, ce que vous pensiez construire, votre incompréhension…] »

Verdict : À éviter. Ce type de message est cathartique à écrire mais rarement productif à envoyer. Chaque mot est une ouverture que l’autre peut ignorer, mal interpréter, ou utiliser. Écrivez-le. Ne l’envoyez pas. (Voir la section suivante.)

Exemple 5 : Le direct

« C’est terminé de mon côté. Ne me recontacte pas. »

Verdict : Puissant. Ce message est radical, mais il a un avantage majeur : il ferme définitivement la porte. Pas de zone grise, pas de place pour le zombieing. À envoyer uniquement si vous êtes certain(e) de ne vouloir aucun retour.

L’alternative : la lettre qu’on n’envoie jamais

C’est l’outil que je recommande le plus souvent en séance. Et c’est peut-être la stratégie la plus efficace que personne ne vous propose sur les réseaux sociaux.

Le principe

Écrivez tout. Sans filtre, sans retenue, sans vous soucier du style. Dites ce que vous avez sur le coeur. La colère, la tristesse, l’incompréhension, les insultes même si ça vous soulage. Écrivez comme si cette personne allait lire chaque mot.

Puis ne l’envoyez pas.

Pourquoi ça fonctionne

  • Vous donnez une expression à vos émotions sans dépendre de la réaction de l’autre.
  • Vous activez le processus de clôture : l’acte d’écrire crée une forme de résolution que le cerveau reconnaît.
  • Vous réduisez l’effet Zeigarnik : en mettant des mots sur l’inachevé, vous aidez votre cerveau à « classer » l’expérience.
  • Vous gardez votre pouvoir : cette lettre est à vous. Personne ne peut l’ignorer, la mal interpréter ou s’en servir contre vous.

Comment procéder

  1. Prenez du papier (pas un écran — l’écriture manuscrite engage davantage le processus émotionnel).
  2. Écrivez tout, sans vous censurer.
  3. Relisez une fois.
  4. Rangez la lettre ou détruisez-la — selon ce qui vous soulage le plus.
  5. Répétez si nécessaire, autant de fois que nécessaire.

Navarro et al. (2020) ont montré que le ghosting est lié à un style d’attachement évitant chez celui qui ghoste. Vous n’obtiendrez pas de clôture de la part d’une personne qui fuit l’intimité. La seule clôture fiable est celle que vous vous créez.

À retenir

  • L’envie d’envoyer un message après un ghosting est neurologique (effet Zeigarnik, douleur du rejet). Ce n’est ni de la faiblesse ni de l’obsession.
  • Avant d’écrire, identifiez votre intention réelle : est-ce pour vous ou pour provoquer une réaction ?
  • Le message de dignité est le moins risqué. Le message porte ouverte est le plus dangereux.
  • Le message long et émotionnel : écrivez-le, mais ne l’envoyez pas.
  • La lettre qu’on n’envoie jamais est un outil thérapeutique reconnu en TCC, plus efficace que n’importe quel SMS envoyé à 2 heures du matin.
  • Le sommeil est souvent le premier indicateur de votre état (Baylor, 2025). Si vos nuits sont perturbées depuis le ghosting, c’est un signal que votre cerveau a besoin d’aide pour clôturer.

Vous tournez en boucle ?

Si vous êtes bloqué(e) dans le cycle écrire-effacer-réécrire depuis des jours, ce n’est pas un problème de formulation. C’est un problème de traitement émotionnel. Et ça se travaille.

En tant que psychopraticien TCC à Nantes, j’accompagne les personnes prises dans ces boucles de rumination. En quelques séances, nous pouvons identifier ce qui vous maintient dans l’attente et construire votre propre clôture.

Prenez rendez-vous — et arrêtons ensemble ce curseur qui clignote.


Pour tout comprendre sur le ghosting : Le guide complet du ghosting.

Vous voulez comprendre pourquoi cette personne a disparu ? Les 10 vraies raisons du ghosting.

Votre ghosteur est revenu comme si de rien n’était ? Découvrez le zombieing.

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12 réflexions sur “Ghosting : faut-il envoyer un dernier message ? Analyse TCC”

    1. Merci Maxime, vos mots comptent. Mon ambition est de democratiser les outils de la TCC pour qu’ils ne restent pas confines aux cabinets de psy. Heureux que ca vous soit utile.

      Chaleureusement,
      Gildas

  1. La partie sur le no contact m’a sauvee. J’etais sur le point d’envoyer un 15eme message. J’ai ferme mon telephone a la place.

    1. Merci pour le partage Stephanie. Le simple fait d’envoyer un article a quelqu’un peut ouvrir un dialogue difficile a initier autrement. Vous faites bien.

      Chaleureusement,
      Gildas

    1. Merci a vous Julien pour ce retour. Savoir que mes articles aident concretement les gens est ma plus grande motivation. Continuez a prendre soin de vous, vous etes sur la bonne voie.

      Chaleureusement,
      Gildas

    1. Camille, votre evolution est inspirante. Le fait que vous ayez reussi a changer ce schema prouve que le changement est non seulement possible mais durable. Soyez fier/fiere de vous.

      Chaleureusement,
      Gildas

  2. J’avoue, j’ai deja ghoste quelqu’un et apres avoir lu cet article, je mesure l’impact que ca a pu avoir. Je regrette profondement.

    1. Merci de me lire Chloe. Chaque commentaire me rappelle pourquoi j’ai cree ce blog : aider les gens a mieux se comprendre et a vivre des relations plus sereines. Au plaisir de vous relire.

      Chaleureusement,
      Gildas

  3. Le ghosting est une forme de violence. J’ai mis 6 mois a m’en remettre. A tous ceux qui traversent ca : ca passe, je vous promets.

    1. Laura, ravi que le contenu vous soit utile. N’hesitez pas a explorer les autres articles du blog, ils forment un ensemble coherent pour mieux comprendre vos mecanismes relationnels. Prenez soin de vous.

      Chaleureusement,
      Gildas

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