Orbiting : pourquoi il/elle regarde vos stories après ghosting - Psychologie et Serenite

Orbiting : pourquoi il/elle regarde vos stories après ghosting

Orbiting : il/elle vous ghoste mais continue de regarder vos stories

Silence radio. Plus de messages, plus d’appels, plus rien. Vous êtes ghosté(e). Vous commencez à faire votre deuil. Et puis, en vérifiant vos stories Instagram, vous voyez son nom. Chaque jour. Il/elle est là, silencieux(se) mais présent(e). Comme un satellite en orbite autour de votre vie numérique.

C’est l’orbiting : le comportement le plus frustrant du dating moderne. Et probablement celui qui fait le plus de dégâts silencieux sur votre santé mentale.

Qu’est-ce que l’orbiting ?

Le terme a été popularisé par la journaliste Anna Iovine en 2018. L’orbiting désigne le comportement d’une personne qui coupe tout contact direct (messages, appels) tout en maintenant une présence passive sur vos réseaux sociaux :

  • Regarde systématiquement vos stories Instagram/Snapchat
  • Like occasionnellement vos publications
  • Réagit à un post avec un emoji
  • Reste abonné(e) à tous vos comptes
  • Regarde vos LinkedIn/profils professionnels

L’orbiting est un hybride entre le ghosting et le maintien du lien. La personne ne vous parle plus, mais elle ne disparaît pas non plus. Elle reste en orbite.

Pourquoi c’est pire que le ghosting pur

Le ghosting complet permet le deuil

Quand quelqu’un disparaît totalement, c’est douloureux. Mais au moins, c’est clair. L’absence totale, avec le temps, permet au cerveau de commencer son processus de clôture. L’effet Zeigarnik — cette tendance à ressasser les situations inachevées — finit par s’atténuer quand aucun stimulus nouveau ne relance la boucle.

L’orbiting empêche le deuil

Chaque vue de story, chaque like est un micro-stimulus qui relance la machine. Votre cerveau reçoit un signal contradictoire : « Cette personne est là (elle regarde) mais elle n’est pas là (elle ne parle pas). » L’incohérence entre ces deux informations maintient votre système d’attachement en état d’alerte permanent.

Selon l’étude Unobravo (2025), 46 % des Français ont vécu un ghosting. Parmi les 18-24 ans — 72 % de ghostés — l’orbiting est devenu quasi indissociable du ghosting, précisément parce que cette génération vit une grande partie de ses interactions sur les réseaux sociaux.

Le parallèle avec le renforcement intermittent

Navarro et al. (2020) ont mis en évidence le lien entre ghosting et attachement évitant. L’orbiting est le comportement typique de l’évitant : maintenir une distance de sécurité tout en gardant un fil (ténu) de connexion. Pour l’évitant, c’est un compromis confortable. Pour vous, c’est un piège neurologique.

Ce que l’orbiteur cherche (consciemment ou non)

Garder ses options ouvertes

L’orbiteur ne veut pas de relation avec vous maintenant, mais il ne veut pas non plus vous perdre définitivement. Regarder vos stories est une façon de maintenir un accès sans investir émotionnellement. C’est l’équivalent numérique de garder le numéro d’un restaurant qu’on n’a pas l’intention de réserver mais qu’on ne veut pas supprimer.

Se rassurer sur votre disponibilité

Tant que vous postez, tant que votre vie est visible, l’orbiteur peut évaluer silencieusement si vous êtes encore « disponible ». Nouvelle relation ? Sorties avec quelqu’un ? Il/elle observe sans s’engager. C’est une forme de surveillance passive motivée par le besoin de contrôle.

Soulager sa culpabilité

Paradoxalement, certains orbiteurs regardent vos stories parce que ne pas le faire les confronterait à la réalité de leur comportement. Tant qu’ils « suivent votre vie », ils peuvent se raconter qu’ils ne vous ont pas vraiment abandonné(e). C’est un mécanisme de rationalisation : « Je suis encore là, donc je ne suis pas quelqu’un de terrible. »

L’habitude algorithmique

Soyons honnêtes : une partie de l’orbiting est simplement automatique. Les algorithmes des réseaux sociaux placent vos contenus dans le flux de la personne. Regarder une story prend une demi-seconde et ne nécessite aucun investissement émotionnel. Parfois, l’orbiteur ne réalise même pas qu’il entretient un lien toxique — pour vous.

Mais le fait que ce soit « juste une habitude » ne rend pas l’impact moins réel sur votre santé mentale.

L’impact sur votre cerveau : la dopamine intermittente

Le mécanisme

Votre cerveau fonctionne avec un système de récompense basé sur la dopamine. Dans une relation normale, les interactions positives libèrent de la dopamine de façon relativement prévisible. Quand quelqu’un disparaît, le manque crée de la frustration, mais le cerveau finit par s’adapter.

L’orbiting perturbe ce processus. Chaque notification — « X a vu votre story » — libère une micro-dose de dopamine. Pas assez pour satisfaire, mais assez pour maintenir le circuit d’attente actif.

C’est exactement le principe des machines à sous : le résultat est imprévisible (va-t-il réagir ou juste regarder ?), et c’est cette imprévisibilité qui rend le mécanisme addictif.

Les conséquences concrètes

Les recherches en IRMf montrent que le rejet social active les mêmes zones cérébrales que la douleur physique. L’orbiting vous place dans un état de rejet ambigu permanent : vous n’êtes ni accepté(e) ni franchement rejeté(e). Cette ambiguïté est plus difficile à traiter pour le cerveau qu’un rejet clair.

L’étude Baylor (2025) a démontré l’impact du ghosting sur le sommeil. L’orbiting aggrave probablement cet effet en empêchant la résolution émotionnelle nécessaire à un sommeil réparateur. Votre cerveau continue de « chercher du sens » dans les signaux contradictoires, y compris la nuit.

3 stratégies pour en sortir

Stratégie 1 : Couper les indicateurs

Avant même de décider si vous bloquez la personne, commencez par supprimer les signaux qui alimentent la boucle :

  • Désactivez les notifications de vues sur vos stories
  • Masquez la liste des viewers (sur Instagram, arrêtez de vérifier qui a vu)
  • Limitez votre propre consultation des profils de l’orbiteur

L’objectif : briser le circuit stimulus-réponse. Si vous ne savez pas qu’il/elle a regardé votre story, le micro-dose de dopamine ne se déclenche pas.

Stratégie 2 : Le restreindre sans bloquer

Les plateformes offrent des options intermédiaires :

  • Instagram : « Restreindre » le compte (il/elle ne sait pas que vous l’avez fait) ou « Masquer votre story » pour cette personne
  • Snapchat : Retirer de la liste d’amis proches
  • Facebook : « Prendre une pause » (masquer les contenus mutuels)

Cette approche a un avantage : elle rompt le circuit sans le drame d’un blocage. L’orbiteur ne voit plus vos contenus, vous ne voyez plus ses vues, et personne n’a besoin d’en faire un événement.

Stratégie 3 : Le blocage assumé

Si les deux premières stratégies ne suffisent pas — si vous continuez à vérifier, à interpréter, à espérer — le blocage est l’option la plus radicale et la plus efficace.

C’est aussi la plus difficile, parce qu’elle a un caractère définitif qui peut faire peur. Mais posez-vous la question suivante :

« Qu’est-ce que je perds en bloquant quelqu’un qui ne me parle plus ? »

La réponse : rien. Vous perdez une source de micro-stimulations qui vous empêchent de guérir. C’est tout.

Faut-il bloquer ?

La grille de décision TCC

En thérapie cognitivo-comportementale, on évalue les comportements par leurs conséquences fonctionnelles. Voici les questions à vous poser :

1. Est-ce que la présence de cette personne dans mes réseaux sociaux m’aide à aller mieux ?
Si non, la maintenir est un choix qui vous dessert.

2. Est-ce que je vérifie régulièrement si il/elle a vu ma story ?
Si oui, vous êtes dans un circuit de renforcement intermittent. Le blocage est un acte de protection neurologique, pas de vengeance.

3. Est-ce que j’adapte mes publications en pensant à cette personne ?
Si vous postez des photos pour provoquer une réaction, pour montrer que vous allez bien, pour susciter de la jalousie — vous êtes encore dans la relation. Unilatéralement, certes, mais encore dedans.

4. Est-ce que je serais soulagé(e) ou anxieux(se) après avoir bloqué ?
Les deux sont normaux. Le soulagement viendra, mais il peut être précédé d’une période d’anxiété (liée au sevrage dopaminergique). C’est temporaire.

Le mythe du « je serai prêt(e) quand je ne ressentirai plus rien »

Vous n’avez pas besoin d’être « guéri(e) » pour bloquer. Bloquer fait partie du processus de guérison. Attendre de ne plus rien ressentir avant d’agir, c’est comme attendre de ne plus avoir mal pour prendre un antidouleur.

L’orbiting comme révélateur

Si quelqu’un vous ghoste mais continue de regarder vos stories, cela dit quelque chose d’important sur son mode de fonctionnement relationnel :

  • Incapacité à s’engager pleinement (dans la relation comme dans la rupture)
  • Besoin de contrôle sans responsabilité
  • Peur de l’intimité combinée à une peur de la perte
  • Immaturité émotionnelle : vouloir les avantages du lien sans les obligations

Ce profil, décrit par Navarro et al. (2020) comme typique de l’attachement évitant, n’est pas un profil que vous pouvez « guérir » par votre patience ou votre disponibilité. C’est un travail que cette personne doit faire sur elle-même.

À retenir

  • L’orbiting est le ghosting augmenté : la personne disparaît du contact direct mais reste présente sur vos réseaux sociaux. C’est pire que le ghosting pur parce que ça empêche le deuil.
  • Le mécanisme en jeu est la dopamine intermittente : chaque vue de story relance le circuit d’attente et d’espoir.
  • Les recherches IRMf confirment que ce type de rejet ambigu est plus difficile à traiter pour le cerveau qu’un rejet franc.
  • Trois stratégies : couper les indicateurs, restreindre, ou bloquer. Chacune est valide. Choisissez celle qui correspond à votre niveau de souffrance actuel.
  • Bloquer n’est pas un acte de faiblesse. C’est un acte de protection neurologique.
  • L’orbiting révèle un mode de fonctionnement évitant. Ce n’est pas votre responsabilité de le réparer.

Vous n’arrivez pas à décrocher ?

Si vous passez du temps chaque jour à vérifier si cette personne a vu vos publications, si vos posts sont calibrés pour son regard, si le simple fait de voir son nom dans vos viewers provoque un pic émotionnel — vous êtes dans un circuit d’addiction douce qu’il est difficile de briser seul(e).

En tant que psychopraticien TCC à Nantes, j’accompagne les personnes prises dans ces mécanismes de dépendance relationnelle numérique. En quelques séances, nous identifions les schémas, déconstruisons les distorsions, et mettons en place des stratégies concrètes.

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Pour comprendre le ghosting en profondeur : Le guide complet du ghosting.

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Vous comprenez pourquoi il/elle a disparu : Les 10 vraies raisons du ghosting.

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6 réflexions sur “Orbiting : pourquoi il/elle regarde vos stories après ghosting”

    1. Gildas GARREC

      Pierre, merci de relayer. Souvent, on n’ose pas consulter directement, mais lire un article peut etre le premier pas. Votre geste compte plus que vous ne le pensez.

      Chaleureusement,
      Gildas

  1. J’ai decouvert votre blog par hasard et je suis en train de lire tous les articles. Un vrai tresor de ressources.

    1. Gildas GARREC

      Chloe, merci pour ce message. C’est precisement mon objectif : offrir des outils concrets, bases sur la science, pour que chacun puisse avancer a son rythme. Ravi que ca vous parle.

      Chaleureusement,
      Gildas

    1. Gildas GARREC

      Merci Lea. Votre commentaire me motive a continuer. Si un sujet vous interesse particulierement, dites-le moi, j’en ferai peut-etre un prochain article. A bientot sur le blog.

      Chaleureusement,
      Gildas

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