Zombieing : quand votre ghosteur revient d’entre les morts
Vous aviez fini par accepter. Après des semaines de silence, de rumination, de nuits difficiles, vous commenciez à tourner la page. Et puis votre téléphone a vibré. Son nom. Un message comme si de rien n’était : « Hey, ça va ? Ça fait longtemps… »
Bienvenue dans le zombieing — le phénomène post-ghosting le plus déstabilisant du dating moderne. Et probablement le plus dangereux pour votre santé émotionnelle.
Qu’est-ce que le zombieing ?
Le terme vient de l’anglais zombie : quelqu’un qui revient d’entre les morts. En psychologie relationnelle, le zombieing désigne le comportement d’une personne qui vous a ghosté — silence total, disparition complète — et qui réapparaît des semaines ou des mois plus tard, souvent comme si rien ne s’était passé.
Le message type du zombieur :
– « Hey ! Ça fait un bail »
– « Je pensais à toi… »
– « Désolé pour le silence, j’ai eu une période compliquée »
– Un like sur votre dernière photo Instagram (voir aussi : l’orbiting)
– Un emoji envoyé sans contexte
L’étude Unobravo (2025) révèle que 46 % des Français ont été ghostés. Parmi eux, une proportion significative rapporte avoir vécu un épisode de zombieing. Chez les 18-24 ans — où 72 % ont été ghostés — le phénomène est quasi systématique.
Pourquoi reviennent-ils ? 5 raisons psychologiques
Raison 1 : L’ennui
La raison la plus fréquente et la moins flatteuse. La personne qui les intéressait davantage n’a pas fonctionné. Leur plan B a échoué. Ils reviennent vers un terrain connu — vous — non pas par amour retrouvé, mais par confort.
Ce que ça dit d’eux : vous êtes un filet de sécurité, pas une priorité.
Raison 2 : Le besoin de validation narcissique
Certaines personnalités ont besoin de savoir qu’elles sont encore désirées. Le zombieing est un test : « Est-ce que cette personne va encore répondre ? » Si oui, c’est une dose de validation. Le contenu de votre réponse importe peu. C’est le fait de répondre qui nourrit leur ego.
Navarro et al. (2020) montrent que le ghosting est souvent lié à un attachement évitant — un style qui oscille entre fuite et retour, justement parce que la personne a besoin d’intimité mais la craint dès qu’elle devient réelle.
Raison 3 : La culpabilité tardive
Plus rare mais possible : la personne réalise qu’elle a mal agi et tente un retour maladroit. Le problème, c’est que la culpabilité ne produit pas de meilleures compétences relationnelles. Quelqu’un qui revient par culpabilité sans nommer ce qui s’est passé — sans s’excuser vraiment, sans prendre de responsabilité — n’a pas fondamentalement changé.
Raison 4 : La nostalgie sélective
Le cerveau humain a une tendance naturelle à idéaliser le passé. Des semaines après le ghosting, la personne se souvient des bons moments et oublie les raisons de sa fuite. Elle revient vers une version embellie de la relation, pas vers la réalité.
Raison 5 : Le besoin sexuel
Soyons directs. Une partie des zombieings se produit tard le soir, souvent le week-end. Le message n’est pas motivé par des sentiments retrouvés mais par un besoin physique et la facilité d’un terrain déjà conquis.
Le danger du cycle ghosting-zombieing
Le renforcement intermittent
C’est ici que la neuroscience entre en jeu, et c’est crucial à comprendre.
Le renforcement intermittent est le mécanisme le plus puissant de conditionnement connu. C’est le même principe que celui des machines à sous : une récompense imprévisible est beaucoup plus addictive qu’une récompense constante.
Le cycle ghosting-zombieing crée exactement ce schéma :
– Silence (frustration, manque) –> Retour (soulagement, dopamine) –> Silence (frustration amplifiée) –> Retour (dopamine encore plus forte)
Chaque cycle rend le sevrage plus difficile. Votre cerveau devient littéralement conditionné à attendre le retour, ce qui rend le silence intermédiaire de plus en plus insupportable.
L’impact sur le sommeil et la santé
L’étude Baylor (2025) a documenté l’impact du ghosting sur le sommeil. Dans le cycle ghosting-zombieing, cet impact est multiplié : votre cerveau ne sait jamais si c’est « fini » ou si la personne va revenir. L’état d’alerte permanent épuise votre système nerveux.
Le cerveau traite le rejet social comme une douleur physique (démontré par IRMf). Imaginez une douleur qui s’arrête puis revient de façon imprévisible. C’est exactement ce que vit votre système nerveux dans un cycle de zombieing.
Comment répondre (ou pas)
Option 1 : Ne pas répondre
C’est l’option la plus protectrice. Pas de réponse = pas de renforcement = pas de cycle. C’est aussi un message en soi : « Ton comportement a des conséquences. »
Difficulté : Très élevée. L’effet Zeigarnik (le cerveau déteste l’inachevé) vous poussera à répondre. Résister demande une conscience aiguë de ce qui se joue neurologiquement.
Option 2 : Répondre avec clarté et fermeté
Si le silence total vous est insupportable, une réponse courte et définitive peut fonctionner :
« Je prends note de ton message. Ce qui s’est passé n’est pas acceptable pour moi. Je ne souhaite pas reprendre contact. »
Avantage : Vous exprimez votre position. Vous fermez la porte.
Risque : Si la personne insiste, vous êtes de nouveau dans l’interaction.
Option 3 : Demander des comptes
« Tu as disparu pendant trois mois. Avant d’aller plus loin, j’ai besoin de comprendre ce qui s’est passé. »
Avantage : Vous posez des conditions.
Risque élevé : Vous ouvrez une négociation avec quelqu’un qui a déjà prouvé son incapacité à communiquer. Les excuses vagues (« j’avais besoin de temps », « c’était compliqué ») sont presque garanties, et elles ne vous satisferont pas.
Option 4 : Accepter le retour
C’est l’option la plus risquée, et je me dois d’être transparent sur les données : les études montrent que dans la majorité des cas, une personne qui a ghosté reproduira le même comportement. Le ghosting révèle un mode de gestion relationnelle, pas une erreur ponctuelle.
Si vous choisissez cette option malgré tout, posez des conditions non négociables et soyez attentif(ve) aux premiers signaux de répétition.
Le piège de l’espoir
Le zombieing est dangereux précisément parce qu’il réactive l’espoir. Et l’espoir, quand il est dirigé vers la mauvaise personne, est un poison lent.
La TCC identifie plusieurs distorsions cognitives activées par le zombieing :
- Le biais de confirmation : « Il/elle revient, donc il/elle m’aime vraiment. » Vous sélectionnez l’information qui confirme ce que vous voulez croire.
- L’actualisation : « Cette fois, c’est différent. » Sans preuve de changement réel, c’est un voeu pieux.
- La minimisation : « Ce n’était qu’un silence, ce n’est pas si grave. » Si. C’est grave. Et le minimiser rend la répétition possible.
Red flag narcissisme : le cycle idéalisation-dévaluation-rejet
Si le ghosting initial était précédé d’une phase d’idéalisation intense (love-bombing), et que le zombieing s’accompagne d’un retour tout aussi intense (« Tu me manques tellement », « J’ai compris que c’était toi »), vous êtes peut-être dans un cycle narcissique.
Le schéma classique :
1. Idéalisation : attention excessive, déclarations rapides
2. Dévaluation : critiques subtiles, distanciation
3. Discard : le ghosting
4. Hoovering/Zombieing : le retour, souvent intense, pour recommencer le cycle
Ce cycle peut se répéter indéfiniment si vous y participez. Chaque tour endommage un peu plus votre estime de soi et votre capacité à faire confiance.
Si vous reconnaissez ce schéma, le Programme Nouveau Départ est spécifiquement conçu pour briser ce cycle et reconstruire après une relation manipulatrice.
Exercice TCC : le tribunal des preuves
Cet exercice est l’un des plus efficaces que je propose en séance. Il vous aide à sortir de l’émotion pour entrer dans l’analyse factuelle.
Comment procéder
Prenez une feuille. Tracez deux colonnes.
Colonne de gauche : « Preuves que cette personne mérite ma confiance »
Listez les faits (pas les sentiments, pas les espoirs). Exemples :
– A-t-elle expliqué son absence de façon claire et honnête ?
– A-t-elle pris la responsabilité de la douleur causée ?
– A-t-elle proposé des actions concrètes pour que ça ne se reproduise pas ?
– Son comportement depuis le retour est-il cohérent et constant ?
Colonne de droite : « Preuves que cette personne ne mérite PAS ma confiance »
Listez les faits :
– A-t-elle disparu sans explication pendant X semaines/mois ?
– Le message de retour minimise-t-il ou ignore-t-il le ghosting ?
– Y a-t-il eu des épisodes similaires dans le passé ?
– Le retour coïncide-t-il avec un moment de solitude/ennui apparent ?
L’analyse
Comptez les preuves de chaque côté. Pas les émotions, les preuves.
Dans la grande majorité des cas, la colonne de droite est beaucoup plus fournie. Votre coeur dit une chose, mais les faits en disent une autre. La TCC vous apprend à baser vos décisions sur les données observables, pas sur les scénarios que votre cerveau invente pour combler le vide.
À retenir
- Le zombieing est le retour d’un ghosteur, souvent comme si de rien n’était. C’est l’un des comportements les plus déstabilisants du dating moderne.
- Les 5 raisons principales du retour (ennui, validation narcissique, culpabilité, nostalgie sélective, besoin physique) parlent de leurs besoins, pas de vos qualités.
- Le cycle ghosting-zombieing fonctionne comme un renforcement intermittent — le mécanisme d’addiction le plus puissant connu. En être conscient(e) est la première étape pour s’en protéger.
- Ne pas répondre est l’option la plus protectrice. Si vous répondez, soyez court(e), clair(e), et définitif(ve).
- L’exercice du « tribunal des preuves » vous aide à baser votre décision sur des faits, pas sur l’espoir.
- Si le schéma idéalisation-ghosting-zombieing se répète, vous êtes peut-être face à un cycle narcissique.
Vous êtes pris(e) dans ce cycle ?
Le zombieing exploite vos mécanismes neurologiques les plus profonds. En sortir seul(e) est possible mais difficile, précisément parce que votre cerveau est conditionné à répondre.
Le Programme Nouveau Départ vous offre un cadre structuré pour briser le cycle, comprendre les mécanismes qui vous y maintiennent, et reconstruire des schémas relationnels sains.
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Pour comprendre le ghosting dans toutes ses dimensions : Le guide complet du ghosting.
Il/elle vous ghoste mais regarde vos stories ? C’est de l’orbiting — et voici pourquoi c’est un piège dopaminergique.
Vous hésitez à répondre au message ? Lisez notre analyse complète sur le dernier message après un ghosting.
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Article envoye a 3 amies. On est toutes passees par la. C’est devenu tellement banal et pourtant ca detruit.
Merci d’avoir partage Romain. C’est comme ca que l’information circule et aide ceux qui en ont besoin. J’espere que ca aidera votre proche a y voir plus clair.
Chaleureusement,
Gildas
Lu et relu. Chaque relecture m’apporte quelque chose de nouveau. Signe d’un article bien construit.
Merci pour votre message Aurelie. Prendre le temps de commenter, c’est deja une forme d’engagement envers soi-meme. N’hesitez pas si vous avez des questions ou si vous souhaitez approfondir certains points.
Chaleureusement,
Gildas
Ce qui est dur c’est l’absence de reponse. Le cerveau invente des scenarios en boucle. Votre explication sur les mecanismes psychologiques m’a rassure(e).
Merci Elodie. Votre commentaire me motive a continuer. Si un sujet vous interesse particulierement, dites-le moi, j’en ferai peut-etre un prochain article. A bientot sur le blog.
Chaleureusement,
Gildas
Ca m’est arrive il y a 3 semaines. 2 ans de relation, du jour au lendemain plus rien. Pas un mot. Votre article m’aide a comprendre que le probleme ne vient pas de moi.
Camille, merci de votre retour. Je suis content(e) que cet article vous parle. Si vous souhaitez aller plus loin, d’autres articles sur le blog abordent des themes complementaires. Bonne lecture !
Chaleureusement,
Gildas