Solitude estivale : quand les vacances font mal - Psychologie et Serenite

Solitude estivale : quand les vacances font mal

Solitude estivale : quand les vacances font plus de mal que de bien

L’été, tout le monde semble heureux. Les réseaux sociaux débordent de photos de plages, de barbecues entre amis, de voyages en couple. Mais derrière ce décor ensoleillé, des millions de personnes vivent une réalité très différente : celle de la solitude estivale. Une souffrance d’autant plus difficile qu’elle est invisible et taboue.


Le paradoxe de l’été : quand la saison du bonheur rend malheureux

Un phénomène massif et silencieux

On parle souvent de la déprime hivernale. Beaucoup plus rarement de la souffrance de l’été. Pourtant, les chiffres sont éloquents. Selon la Fondation de France, 7 millions de Français souffrent de solitude, et ce sentiment s’intensifie considérablement pendant les vacances d’été. SOS Amitié rapporte une augmentation de 20 à 30 % des appels pendant la période estivale.

Comment expliquer ce paradoxe ? L’été ne manque ni de lumière, ni de chaleur, ni d’occasions de sortir. Mais c’est justement là que le piège se referme.

Pourquoi l’été amplifie la solitude

Plusieurs mécanismes psychologiques convergent pour faire de l’été une période particulièrement éprouvante pour les personnes seules :

La disparition des structures sociales. Pendant l’année, le travail, les cours, les activités régulières, les associations fournissent un cadre social presque automatique. On voit des collègues, des camarades, des voisins d’activité. L’été suspend tout cela. Les collègues partent en vacances, les activités s’arrêtent, les routines se dissolvent. Et avec elles, les contacts humains qui les accompagnaient.

La pression sociale du bonheur estival. L’injonction est claire : l’été, il faut profiter, voyager, faire des barbecues, se montrer bronzé et épanoui. Pour celui ou celle qui est seul(e), cette pression produit un effet miroir dévastateur. Chaque photo de vacances entre amis sur Instagram devient un rappel de ce qu’on n’a pas.

Le ralentissement qui laisse place aux pensées. Pendant l’année, l’hyperactivité professionnelle peut servir d’anesthésiant. L’été, le rythme ralentit. Les soirées sont longues. Le silence de l’appartement devient assourdissant. Les pensées de solitude, habituellement noyées dans le bruit du quotidien, remontent en force.

La fermeture des structures d’aide. C’est un comble : de nombreux professionnels de santé, associations et structures d’accompagnement réduisent leur activité en été, précisément au moment où certaines personnes en auraient le plus besoin.


Le cercle vicieux de la solitude estivale vu par la TCC

En thérapie cognitive et comportementale, on analyse la solitude non pas comme un simple état de fait (« je suis seul »), mais comme un système de pensées, d’émotions et de comportements qui s’auto-entretient.

Les pensées automatiques de la solitude estivale

Voici les pensées que je retrouve le plus fréquemment chez les personnes que j’accompagne pendant cette période :

  • « Tout le monde a quelqu’un sauf moi. »
  • « Si personne ne m’appelle, c’est que je ne compte pour personne. »
  • « Je suis incapable de me faire des amis, c’est trop tard. »
  • « Les gens qui sont seuls en été sont des losers. »
  • « Si les gens savaient que je suis seul(e), ils auraient pitié de moi. »

Ces pensées ont toutes un point commun : elles sont absolues, généralisantes et non vérifiées. Elles ne décrivent pas la réalité — elles décrivent l’interprétation que votre esprit fait de la réalité. Et cette interprétation est biaisée par la douleur.

Le cercle vicieux en quatre étapes

  1. Pensée : « Personne ne veut de moi, je suis trop ennuyeux(se) pour qu’on m’invite. »
  2. Émotion : tristesse, honte, découragement.
  3. Comportement : isolement (ne pas appeler, refuser les rares invitations, rester chez soi).
  4. Conséquence : la solitude se confirme, renforçant la pensée initiale.

Ce mécanisme est redoutable parce qu’il se présente comme une preuve : « Tu vois bien que personne ne m’appelle ». Mais c’est le comportement d’isolement qui crée l’absence de contact, pas l’absence de valeur de la personne.


Qui est concerné ?

La solitude estivale ne touche pas un profil unique. Parmi les personnes que je reçois à cette période :

Les personnes récemment séparées

La première été après une rupture est souvent la plus difficile. Les vacances étaient un moment partagé. Les souvenirs sont partout. La question « qu’est-ce que je fais cet été ? » devient vertigineuse quand on n’a plus de partenaire pour y répondre.

Les jeunes adultes isolés

Étudiants qui rentrent dans une ville où ils n’ont plus leur réseau, jeunes actifs récemment installés dans une nouvelle ville, personnes en début de carrière qui n’ont pas encore construit de cercle social local. L’été peut être terriblement long quand on ne connaît (encore) personne.

Les personnes âgées

C’est le profil le plus médiatisé, mais aussi le plus dramatique. L’été 2003, la canicule a révélé au grand public la réalité de l’isolement des personnes âgées en France. Vingt ans plus tard, le problème persiste. Enfants en vacances, voisins absents, activités suspendues : l’été peut être une période de solitude totale.

Les parents isolés

Pour un parent solo, les vacances d’été peuvent être un cauchemar logistique et émotionnel. Quand les enfants partent chez l’autre parent, la maison se vide. Le silence est brutal.

Les personnes souffrant de phobie sociale ou d’anxiété

Pour ces personnes, l’été pose un dilemme cruel : la structure du travail qui fournissait un alibi social disparaît, mais l’anxiété sociale rend les sorties spontanées (terrasses, plages, festivals) terrifiantes.


6 stratégies TCC pour traverser l’été

1. Questionnez le récit de la solitude

La première étape consiste à examiner la véracité de vos pensées. Prenez la pensée « Tout le monde s’amuse sauf moi » et passez-la au crible :

  • Quelles preuves concrètes ai-je ? (Les réseaux sociaux ne sont pas des preuves — ils montrent une version filtrée de la réalité.)
  • Est-ce que « tout le monde » est réellement en vacances entre amis ? (Non. Des millions de personnes sont dans la même situation que vous.)
  • Qu’est-ce que je dirais à un ami qui penserait ça ? (Probablement quelque chose de bien plus nuancé et bienveillant.)

Cet exercice de restructuration cognitive ne supprime pas la douleur, mais il l’empêche de se transformer en conviction absolue.

2. Distinguez solitude et isolement

C’est une distinction fondamentale :

  • L’isolement est un fait objectif : le nombre de contacts sociaux est réduit.
  • La solitude est un ressenti subjectif : le sentiment douloureux de ne pas être connecté aux autres.

On peut être entouré et se sentir profondément seul. On peut être seul et se sentir bien. Le problème n’est pas toujours la quantité de contacts, mais la qualité de la connexion. Identifier ce dont vous avez réellement besoin (un ami proche ? une activité de groupe ? un simple échange quotidien ?) permet de cibler votre action.

3. Planifiez des micro-connexions quotidiennes

L’activation comportementale est l’antidote de l’isolement. Mais inutile de viser des soirées mondaines si l’idée même vous épuise. Visez des micro-connexions :

  • Envoyer un message à un ami, même court : « Salut, je pensais à toi. Tu vas comment cet été ? »
  • Aller acheter votre pain chaque matin et échanger quelques mots avec le boulanger.
  • Rejoindre un groupe de marche, un cours de yoga en plein air, un atelier d’été.
  • Fréquenter un café toujours le même : la familiarité crée du lien.

L’objectif n’est pas de remplir votre agenda. C’est de maintenir un fil de connexion humaine, même ténu.

4. Utilisez l’été pour explorer la relation à vous-même

Et si cette période de solitude était aussi une opportunité ? En TCC, on travaille beaucoup sur la tolérance à l’inconfort. La solitude est inconfortable, mais elle n’est pas dangereuse. L’apprivoiser, c’est aussi développer une compétence précieuse : la capacité à être bien avec soi-même.

Quelques pistes :

  • Tenez un journal : écrivez ce que vous ressentez, ce que vous observez, ce qui vous fait du bien. L’écriture externalise les pensées et réduit leur emprise.
  • Découvrez une activité en solo : randonnée, vélo, lecture en terrasse, visite de musée, cuisine. L’été est le moment idéal pour expérimenter sans pression.
  • Pratiquez la pleine conscience : 10 minutes par jour de méditation de pleine conscience (applications comme Petit Bambou ou Headspace) améliorent significativement le bien-être émotionnel.

Être seul et savoir être seul sont deux choses très différentes. La seconde est une force.

5. Réduisez votre consommation de réseaux sociaux

Ce n’est pas un conseil anodin. Les études sont unanimes : une consommation excessive de réseaux sociaux pendant l’été aggrave significativement le sentiment de solitude par le biais de la comparaison sociale.

Chaque photo de vacances que vous voyez active un processus de comparaison ascendante : « Les autres vivent des expériences que je ne vis pas. » Ce processus est automatique et biaisé — vous comparez votre quotidien réel à la vitrine éditée des autres.

Concrètement :

  • Limitez votre temps sur Instagram et Facebook à 15 minutes par jour.
  • Désactivez les notifications.
  • Remplacez le scrolling par une activité concrète (même 5 minutes de marche).

6. La consultation à distance : un outil précieux en été

Si vous sentez que la solitude estivale pèse lourdement sur votre moral, sachez que l’accompagnement thérapeutique ne s’arrête pas en été. La consultation en visio permet de maintenir un suivi où que vous soyez, sans contrainte de déplacement.

C’est une option particulièrement adaptée en été : pas besoin de se rendre au cabinet, pas d’excuse liée aux vacances. Un espace d’écoute et de travail, accessible depuis chez vous.


Quand consulter ?

La solitude passagère fait partie de la vie. Mais certains signaux doivent vous inciter à chercher de l’aide :

  • Vous vous isolez de plus en plus et refusez systématiquement les contacts.
  • Vous ressentez une tristesse permanente qui ne s’allège pas.
  • Vous perdez l’appétit, le sommeil, l’envie de faire quoi que ce soit.
  • Vous avez des pensées dévalorisantes récurrentes (« je ne vaux rien », « personne ne m’aime »).
  • Vous consommez de l’alcool ou d’autres substances pour combler le vide.
  • Vous avez des idées sombres sur l’avenir ou sur votre propre valeur.

Si vous vous reconnaissez dans plusieurs de ces points, il est important d’en parler à un professionnel. La solitude n’est pas une fatalité, et la TCC offre des outils concrets pour en sortir.


Numéros utiles

Si vous traversez une période de détresse :

  • SOS Amitié : 09 72 39 40 50 (24h/24, 7j/7)
  • 3114 : numéro national de prévention du suicide (24h/24)
  • Fil Santé Jeunes : 0 800 235 236 (12-25 ans, anonyme et gratuit)

À retenir

L’essentiel à retenir :

  • La solitude estivale touche des millions de personnes et s’explique par la disparition des structures sociales, la pression au bonheur et le ralentissement du rythme.
  • La TCC identifie un cercle vicieux : pensées négatives → isolement → confirmation de la solitude.
  • Les 6 stratégies : restructuration cognitive, distinction solitude/isolement, micro-connexions, exploration de la relation à soi, réduction des réseaux sociaux, consultation à distance.
  • Être seul et savoir être seul sont deux compétences différentes. La seconde se travaille.
  • Si la solitude s’accompagne de tristesse persistante, de dévalorisation ou de pensées sombres, consultez un professionnel.

L’été ne doit pas être une épreuve

Vous méritez de vivre cette saison sereinement, que vous soyez entouré(e) ou non. Si la solitude estivale pèse sur votre quotidien, un accompagnement en TCC peut vous aider à briser le cercle de l’isolement, à renforcer votre confiance en vous et à construire des liens qui comptent vraiment.

Gildas Garrec — Psychopraticien et praticien TCC à Nantes
Cabinet : 16 Allée Jacques Berque, 44000 Nantes
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Disponible en été, y compris en visio

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12 réflexions sur “Solitude estivale : quand les vacances font mal”

    1. Merci pour le partage Chloe. Le simple fait d’envoyer un article a quelqu’un peut ouvrir un dialogue difficile a initier autrement. Vous faites bien.

      Chaleureusement,
      Gildas

  1. La famille toxique a Noel… c’est mon cauchemar annuel. Cette annee, j’ai applique vos conseils et pour la premiere fois, j’ai survecu aux fetes sans m’effondrer.

    1. Merci de me lire Sophie. Chaque commentaire me rappelle pourquoi j’ai cree ce blog : aider les gens a mieux se comprendre et a vivre des relations plus sereines. Au plaisir de vous relire.

      Chaleureusement,
      Gildas

    1. Merci a vous David pour ce retour. Savoir que mes articles aident concretement les gens est ma plus grande motivation. Continuez a prendre soin de vous, vous etes sur la bonne voie.

      Chaleureusement,
      Gildas

    1. Merci a vous Elodie pour ce retour. Savoir que mes articles aident concretement les gens est ma plus grande motivation. Continuez a prendre soin de vous, vous etes sur la bonne voie.

      Chaleureusement,
      Gildas

    1. Alexandre, merci pour ce message. C’est precisement mon objectif : offrir des outils concrets, bases sur la science, pour que chacun puisse avancer a son rythme. Ravi que ca vous parle.

      Chaleureusement,
      Gildas

    1. Merci Stephanie, vos mots comptent. Mon ambition est de democratiser les outils de la TCC pour qu’ils ne restent pas confines aux cabinets de psy. Heureux que ca vous soit utile.

      Chaleureusement,
      Gildas

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