Couple en crise après un bébé : comprendre et surmonter cette épreuve
Vous aviez tout prévu : la chambre, le prénom, la poussette. Personne ne vous avait prévenu que le plus grand bouleversement ne serait pas l’arrivée de votre enfant, mais ce qu’elle ferait à votre couple.
Les disputes à 3 heures du matin sur qui se lève, le sentiment de ne plus exister en tant que femme ou en tant qu’homme, cette distance glaciale qui s’installe là où il y avait de la complicité.
Si vous lisez ces lignes en pleine nuit pendant que votre bébé dort enfin, sachez que vous n’êtes pas seuls. Et surtout, que cette crise n’est pas une fatalité.
Les chiffres que personne ne vous dit à la maternité
La recherche en psychologie conjugale est formelle : 67 % des couples constatent une baisse significative de leur satisfaction conjugale dans les trois ans suivant la naissance de leur premier enfant. Ce chiffre, issu des travaux de John Gottman sur plus de 130 couples suivis pendant six ans, a été corroboré par de nombreuses études internationales.
D’autres données éclairent l’ampleur du phénomène :
- Le taux de divorce augmente de 40 % dans les quatre premières années après la naissance du premier enfant.
- 10 % des pères développent une dépression post-partum, un chiffre largement sous-diagnostiqué.
- 70 % des mères déclarent porter l’essentiel de la charge mentale liée à l’organisation familiale.
- La fréquence des rapports sexuels chute en moyenne de 50 % la première année.
- Seuls 33 % des couples maintiennent ou améliorent leur satisfaction conjugale après l’arrivée d’un enfant, un tiers que Gottman a étudié pour comprendre ce qui les distingue.
Ces statistiques ne sont pas là pour vous décourager. Elles sont là pour normaliser ce que vous traversez. Votre couple n’est pas défaillant. Il traverse une tempête que la majorité des couples traversent, souvent en silence.
Le tsunami identitaire : devenir parent sans cesser d’être un couple
La mort symbolique du « nous d’avant »
L’arrivée d’un bébé provoque ce que les psychologues appellent une transition développementale majeure. Concrètement, chaque partenaire doit intégrer une nouvelle identité (parent) sans abandonner les précédentes (individu, amant, professionnel, ami). C’est un exercice d’une complexité considérable.
La femme qui devient mère vit souvent une fusion initiale avec le bébé qui est biologiquement programmée. L’ocytocine, l’allaitement, le portage créent un lien d’une intensité qui peut littéralement exclure le partenaire. Ce n’est pas un choix. C’est de la biologie.
L’homme qui devient père, lui, peut se sentir relégué au rang de spectateur utile. Il n’a pas porté l’enfant, ne peut pas l’allaiter, et découvre parfois avec stupeur que celle qu’il connaissait intimement est devenue une personne qu’il ne reconnaît plus.
Le mythe du bonheur parental automatique
Notre culture véhicule une injonction toxique : un bébé devrait rendre heureux. Ce mythe empêche des milliers de parents d’exprimer ce qu’ils ressentent réellement, à savoir de l’épuisement, du regret parfois (le « regretting motherhood » n’est plus tabou dans la recherche), de l’ambivalence souvent.
En TCC, nous identifions cette croyance comme une pensée automatique dysfonctionnelle du type « je devrais ».
« Je devrais être heureuse, j’ai un beau bébé en bonne santé. » « Je devrais mieux gérer. » « On devrait être plus soudés que jamais. » Ces pensées créent un écart entre l’idéal et la réalité, et cet écart génère culpabilité, frustration et conflits conjugaux.
A retenir : L’arrivée d’un bébé est classée parmi les cinq événements de vie les plus stressants, au même niveau qu’un déménagement ou un changement de travail. Ce n’est pas un « heureux événement » simple : c’est un séisme identitaire à deux.
La répartition des rôles : le vrai point de rupture
Le déséquilibre invisible
Les enquêtes de l’INSEE montrent que dans les couples hétérosexuels français, les femmes assument encore 72 % des tâches domestiques et parentales, un chiffre qui a très peu évolué en vingt ans. Mais le plus destructeur n’est pas forcément le volume de tâches. C’est l’invisibilité.
Prendre rendez-vous chez le pédiatre, anticiper qu’il faut racheter des couches, savoir que le body taille 3 mois est devenu trop petit, se souvenir de la date de vaccination : cette charge mentale, ce travail cognitif permanent de gestion du foyer, est rarement reconnu comme un travail.
Le cercle vicieux du ressentiment
Le schéma est presque toujours le même :
- La mère assume de plus en plus par défaut (« c’est plus simple si je le fais moi-même »).
- Le père se désengage progressivement, se sentant incompétent ou non sollicité.
- La mère accumule du ressentiment silencieux.
- Le ressentiment explose sous forme de reproches.
- Le père se sent attaqué et se replie.
- Le couple entre dans ce que Gottman appelle le « pattern demande-retrait », le prédicteur le plus fiable de divorce.
Ce cycle n’est la faute de personne en particulier. Il est le produit de conditionnements sociaux, de modèles parentaux intégrés et d’un manque criant de communication sur les attentes mutuelles.
A retenir : Le problème n’est presque jamais « qui fait quoi » mais « qui pense à quoi ». La charge mentale est le véritable poison du couple après bébé, car elle est invisible et donc impossible à reconnaître tant qu’elle n’est pas nommée.
La sexualité post-partum : le grand malentendu
Ce qui se passe réellement dans le corps et la tête
La reprise de la sexualité après un accouchement est un sujet entouré de silence médical et de pression sociale. Les faits :
- Le corps a besoin de temps. Les suites de couches durent six semaines minimum, davantage en cas de césarienne, d’épisiotomie ou de déchirure.
- L’allaitement modifie la libido. La prolactine, hormone de la lactation, inhibe directement le désir sexuel. C’est un mécanisme biologique, pas un rejet du partenaire.
- La fatigue est un contraceptif puissant. Quand on se lève quatre fois par nuit, le lit redevient un lieu de sommeil, pas de désir.
- Le rapport au corps change. Ventre mou, vergetures, seins qui ne sont plus érotisés mais nourriciers : la femme doit se réapproprier un corps transformé.
Le désir asymétrique
Le malentendu le plus fréquent : l’un des partenaires (souvent l’homme, mais pas toujours) interprète l’absence de sexualité comme un rejet personnel. « Elle ne me désire plus. » « Il ne me trouve plus attirante. » Ces interprétations, en TCC, sont des distorsions cognitives de type lecture de pensée et personnalisation.
La réalité est généralement beaucoup plus simple : il n’y a pas de rejet, il y a de l’épuisement. Il n’y a pas de désamour, il y a une réorganisation temporaire des priorités biologiques.
La dépression post-partum du père : le grand tabou
10 % des pères sont concernés
On parle abondamment de la dépression post-partum maternelle, et c’est légitime. Mais 10 % des pères développent également une dépression post-partum, un chiffre qui monte à 25 % quand la mère est elle-même déprimée.
Ce sujet reste largement tabou pour plusieurs raisons :
- L’injonction masculine à la force. Un homme qui souffre psychologiquement après la naissance de son enfant va à l’encontre du stéréotype du père protecteur et solide.
- La culpabilité comparée. « C’est elle qui a accouché, c’est elle qui allaite, de quel droit je me plaindrais ? »
- L’absence de dépistage. Aucun protocole systématique n’existe pour détecter la dépression post-partum paternelle.
Les signes spécifiques chez l’homme
La dépression du père ne se manifeste pas toujours comme celle de la mère. Les signes à surveiller :
- Irritabilité et colère plutôt que tristesse.
- Surinvestissement au travail (fuite du domicile).
- Augmentation de la consommation d’alcool ou de substances.
- Retrait émotionnel vis-à-vis du bébé et de la partenaire.
- Troubles du sommeil disproportionnés par rapport aux réveils du bébé.
- Comportements à risque inhabituels.
Si vous reconnaissez votre partenaire ou vous-même dans cette description, il est essentiel de consulter. La dépression post-partum paternelle, non traitée, augmente le risque de troubles du développement chez l’enfant et de séparation du couple.
Pour approfondir ce sujet, consultez notre article dédié : Dépression post-partum du père : le tabou qui détruit les couples.
A retenir : La dépression post-partum n’est pas réservée aux mères. Un père sur dix est touché. Les signes sont souvent différents (irritabilité, fuite dans le travail, alcool) et presque jamais dépistés. En parler, c’est déjà commencer à guérir.
La charge mentale : derrière le mot, une réalité mesurable
Le terme « charge mentale » est devenu courant depuis la BD d’Emma en 2017, mais il recouvre un concept psychologique précis : la charge cognitive liée à la planification, l’anticipation et la coordination des tâches domestiques et parentales.
En termes cognitifs, c’est l’équivalent d’un manager qui gèrerait un projet 24h/24 sans week-end, sans congés et sans reconnaissance salariale. Les conséquences mesurées sont :
- Surcharge cognitive entraînant des troubles de la concentration et de la mémoire.
- Fatigue décisionnelle menant à de l’irritabilité disproportionnée.
- Sentiment d’injustice chronique alimentant le ressentiment conjugal.
- Risque accru de burnout parental, reconnu par l’OMS depuis 2019.
Pour une analyse approfondie et des outils concrets, lisez notre article complet : Charge mentale dans le couple : comprendre et agir.
7 stratégies de survie pour votre couple
1. Instaurez le « rendez-vous d’État »
Chaque semaine, bloquez 20 minutes minimum pour parler du fonctionnement du foyer. Pas pendant une dispute. Pas à 23h quand vous tombez de sommeil. Un créneau dédié, sacré, non négociable. L’objectif : transformer les reproches en demandes et les plaintes en ajustements concrets.
2. Pratiquez le « partage explicite » des tâches
Listez ensemble toutes les tâches visibles et invisibles liées au foyer et au bébé. Toutes. Y compris « penser à acheter le cadeau d’anniversaire de la belle-mère ». Puis répartissez-les explicitement. L’implicite est l’ennemi du couple après bébé.
3. Protégez des micro-moments de connexion
Vous n’avez pas besoin de week-ends en amoureux pour maintenir le lien. Les recherches de Gottman montrent que ce sont les micro-moments qui comptent : un regard, un texto dans la journée, une main sur l’épaule, un « comment tu vas vraiment ? ». Visez 5 interactions positives pour chaque interaction négative.
4. Abandonnez le mythe du parent parfait
En TCC, nous travaillons sur les schémas de perfectionnisme parental. Le parent suffisamment bon de Winnicott n’est pas un parent parfait. C’est un parent qui fait de son mieux avec ses ressources du moment. Autorisez-vous à être imparfaits, ensemble.
5. Maintenez votre identité individuelle
Continuez à faire une activité chacun, même modeste. Le parent qui renonce à tout pour son enfant ne fait pas un sacrifice noble, il crée les conditions de sa propre dépression et du ressentiment conjugal.
6. Parlez de sexualité sans pression
Remplacez « on ne fait plus l’amour » par « qu’est-ce qui te ferait du bien en ce moment ? ». La tendresse, le contact physique non sexuel, le plaisir partagé sous toutes ses formes maintiennent le lien intime sans la pression de la performance.
7. Acceptez l’aide extérieure
Famille, amis, professionnels : accepter de l’aide n’est pas un aveu de faiblesse, c’est un acte d’intelligence. Les couples qui s’en sortent le mieux sont ceux qui ont un réseau de soutien, pas ceux qui font tout seuls.
A retenir : Le couple après bébé ne se sauve pas avec de grands gestes romantiques mais avec de petits ajustements quotidiens : communication explicite, partage équitable, micro-moments de connexion et abandon du perfectionnisme.
Quand consulter un professionnel
Certains signaux indiquent que le couple a besoin d’un accompagnement extérieur :
- Les disputes tournent en boucle sur les mêmes sujets sans résolution.
- Le mépris s’installe. Soupirs, yeux levés au ciel, sarcasme : Gottman identifie le mépris comme le prédicteur numéro un du divorce.
- L’un des partenaires se mure dans le silence (stonewalling).
- Vous ne vous touchez plus du tout depuis plusieurs mois.
- Vous commencez à imaginer votre vie sans l’autre non comme une fantaisie passagère mais comme un projet.
- L’un de vous présente des signes de dépression : troubles du sommeil, perte d’intérêt, irritabilité constante.
La thérapie de couple basée sur les TCC permet de :
- Identifier et modifier les schémas de communication dysfonctionnels.
- Déconstruire les croyances rigides sur les rôles parentaux.
- Restaurer l’intimité émotionnelle et physique progressivement.
- Développer des compétences concrètes de résolution de conflits.
- Traiter les éventuelles dépressions post-partum de l’un ou des deux partenaires.
La démarche n’est pas un signe d’échec. C’est le signe que vous prenez votre couple suffisamment au sérieux pour investir dans sa survie.
Votre couple traverse une crise depuis l’arrivée de votre bébé ? En tant que psychopraticien TCC à Nantes, j’accompagne les couples dans cette transition avec des outils concrets et validés scientifiquement. La première étape est souvent la plus difficile : oser demander de l’aide.
Prendre rendez-vous pour une thérapie de couple
Article rédigé par Gildas Garrec, psychopraticien TCC à Nantes, spécialisé dans l’accompagnement des couples et des transitions de vie.
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Personne ne vous previent que le couple va exploser apres l’arrivee du bebe. Cet article devrait etre distribue a la maternite.
Merci Aurelie. Votre commentaire me motive a continuer. Si un sujet vous interesse particulierement, dites-le moi, j’en ferai peut-etre un prochain article. A bientot sur le blog.
Chaleureusement,
Gildas
J’ai decouvert votre blog par hasard et je suis en train de lire tous les articles. Un vrai tresor de ressources.
Merci Nicolas, vos mots comptent. Mon ambition est de democratiser les outils de la TCC pour qu’ils ne restent pas confines aux cabinets de psy. Heureux que ca vous soit utile.
Chaleureusement,
Gildas
On a frole la separation 6 mois apres la naissance. Votre article nous a fait realiser qu’on etait dans un schema classique et qu’il y avait des solutions.
Merci pour votre message Chloe. Prendre le temps de commenter, c’est deja une forme d’engagement envers soi-meme. N’hesitez pas si vous avez des questions ou si vous souhaitez approfondir certains points.
Chaleureusement,
Gildas
Les conseils sont concrets et applicables immediatement. Pas juste de la theorie. C’est ce dont on a besoin quand on ne dort plus depuis 3 mois.
Merci pour votre message Stephanie. Prendre le temps de commenter, c’est deja une forme d’engagement envers soi-meme. N’hesitez pas si vous avez des questions ou si vous souhaitez approfondir certains points.
Chaleureusement,
Gildas