Gaslighting : 15 exemples concrets du quotidien

Gaslighting : au-dela de la theorie, les mots qui font mal

Si vous avez lu notre article sur les 7 techniques de gaslighting et comment s’en libérer, vous connaissez les mécanismes generaux de cette forme de manipulation. Mais en pratique, le gaslighting ne se présenté pas avec une etiquette. Il se cache dans des phrases du quotidien, des réactions apparemment anodines, des situations que vous finissez par considérer comme « normales ».

Le terme gaslighting vient du film Gaslight (1944), dans lequel un mari manipule sa femme en faisant varier l’intensite des lampes a gaz de leur maison, tout en niant que quoi que ce soit ait change. Aujourd’hui, la recherche en psychologie definit le gaslighting comme une forme de manipulation émotionnelle visant a faire douter la victime de sa propre perception de la réalité (Stern, 2007).

Ce qui rend le gaslighting particulièrement pernicieux, c’est qu’il exploite un mécanisme cognitif universel : le besoin de coherence. Quand quelqu’un que vous aimez ou respectez vous dit avec assurance que ce que vous avez vu, entendu ou ressenti n’a pas eu lieu, votre cerveau prefere souvent douter de lui-même plutot que de remettre en question la relation. C’est une forme de dissonance cognitive (Festinger, 1957) résolue au detriment de votre propre jugement.

Dans le couple : 6 exemples de gaslighting quotidien

Exemple 1 : Le deni d’engagement

Situation : Votre partenaire avait promis de vous accompagner a un diner important. Le jour J, il/elle n’est pas disponible. Quand vous exprimez votre deception, la réponse est : « Je n’ai jamais dit que je viendrais. Tu as du mal comprendre. Tu entends ce que tu veux entendre. »

Mécanisme : La personne reecrit l’historique des événements pour se dedouaner. Le message sous-jacent est : votre mémoire n’est pas fiable. Avec le temps, vous commencerez a douter de tous vos souvenirs relationnels. En TCC, on identifie ici une invalidation systematique de votre expérience vecue.

Exemple 2 : L’inversion de culpabilite

Situation : Vous découvrez que votre partenaire a menti sur ses activités de la veille. Quand vous abordez le sujet, la réponse est : « Tu fouilles dans mes affaires maintenant ? C’est toi qui as un problème de confiance. Si tu etais moins paranoiaque, je n’aurais pas besoin de te cacher des choses. »

Mécanisme : La stratégie est double : detourner l’attention du mensonge initial et vous rendre responsable du comportement de l’autre. C’est une inversion accusatoire classique. Si vous avez tendance a la dépendance affective, vous etes particulièrement vulnerable a cette technique car la peur de perdre l’autre vous pousse a accepter la faute.

Exemple 3 : La minimisation des émotions

Situation : Votre partenaire fait une remarque blessante devant des amis. En rentrant, vous lui dites que cela vous a blesse(e). La réponse : « Tu es beaucoup trop susceptible. C’etait de l’humour. Tout le monde a ri sauf toi. Tu ne sais pas prendre une blague. »

Mécanisme : Votre émotion est declaree illegitime. Le message implicite : le problème n’est pas ce qu’il/elle a dit, c’est votre réaction. Avec le temps, vous apprenez a censurer vos émotions pour éviter d’être etiquete(e) comme « trop sensible ». En TCC, cette invalidation émotionnelle répétée est un facteur reconnu de dépression et d’anxiété (Linehan, 1993).

Exemple 4 : Le recadrage de la réalité

Situation : Vous avez eu une discussion difficile pendant laquelle votre partenaire a crie et vous a insulte(e). Le lendemain, quand vous en reparlez : « Je n’ai pas crie. J’ai juste hausse le ton parce que tu ne m’ecoutais pas. Et je ne t’ai pas insulte(e), j’ai juste dit la vérité. Tu déformés tout. »

Mécanisme : La personne reconstruit la scene en adoucissant son propre comportement et en aggravant le votre. C’est un recadrage narratif : en modifiant les details, elle modifie la conclusion. Si cela arrive régulièrement, vous perdez progressivement la capacité de distinguer ce qui s’est réellement passe.

Exemple 5 : L’utilisation de l’entourage

Situation : Après un conflit, votre partenaire declare : « J’en ai parle a ma mere / mon meilleur ami / ma soeur, et tout le monde pense que tu exageres. Tu es la seule personne a réagir comme ca. »

Mécanisme : En invoquant des temoins (reels ou imaginaires), la personne créé un effet de masse. Le message est : non seulement votre perception est fausse, mais le monde entier le confirme. En psychologie sociale, c’est un usage detourne du biais de conformite (Asch, 1951). Ce mécanisme est d’autant plus efficace si vous etes déjà isole(e) de votre propre réseau.

Exemple 6 : Le « c’est pour ton bien »

Situation : Votre partenaire commente régulièrement votre alimentation, votre tenue ou vos habitudes. Quand vous protestez : « Je dis ca parce que je tiens a toi. Si je ne t’aimais pas, je ne ferais même pas la remarque. Tu devrais me remercier d’être honnete. »

Mécanisme : La critique est requalifiee en acte d’amour. Vous vous retrouvez dans l’impossibilite de vous defendre sans paraitre ingrat(e). C’est une forme de double contrainte (Bateson, 1956) : si vous acceptez la critique, vous validez le droit de l’autre a vous juger ; si vous la refusez, vous etes « incapable de recevoir de l’aide ».

En famille : 4 exemples de gaslighting parental ou familial

Exemple 7 : La reecriture de l’enfance

Situation : Vous evoquez un souvenir douloureux de votre enfance avec un parent. La réponse : « Ca ne s’est jamais passe comme ca. Tu as toujours eu une imagination debordante. On t’a offert une enfance en or, et tu le sais très bien. »

Mécanisme : Le deni de votre vécu d’enfant est une forme de gaslighting particulièrement devastatrice car elle touche a la construction de votre identité. Si votre propre parent nie ce que vous avez vécu, qui pouvez-vous croire ? Ce mécanisme est central dans de nombreuses problematiques explorees en thérapie des schémas.

Exemple 8 : La fragilite comme arme

Situation : Vous posez une limite a un parent. Sa réaction : « Après tout ce que j’ai fait pour toi, tu me traites comme ca ? Tu vas me rendre malade. Je ne dors plus depuis que tu m’as dit ca. »

Mécanisme : En se positionnant comme victime, le parent vous oblige a endosser le rôle du bourreau. C’est une inversion des rôles qui rend impossible l’expression de vos besoins sans culpabilite. L’étude de ce mécanisme par Susan Forward (2002) dans Parents toxiques a mis en lumière comment la culpabilisation parentale créé des schémas durables de dépendance.

Exemple 9 : Le favoritisme nie

Situation : Vous remarquez que votre frere ou soeur recoit un traitement de faveur systematique. Quand vous l’exprimez : « On vous a toujours traites exactement de la même facon. C’est dans ta tête. Tu as toujours ete jaloux(se). »

Mécanisme : Votre perception est non seulement niee, mais retournee contre vous : si vous voyez du favoritisme, c’est que vous avez un problème (la jalousie). La double peine est subtile et efficace.

Exemple 10 : L’etiquette pathologisante

Situation : Vous exprimez une opinion ou un desaccord au sein de la famille. La réaction : « Tu devrais vraiment consulter quelqu’un. Ce n’est pas normal de réagir comme ca. Tu as toujours eu un temperament instable. »

Mécanisme : Vos réactions normales sont requalifiees en symptômes psychiatriques. C’est une forme de gaslighting particulièrement insidieuse car elle attaque directement votre sante mentale : si vous finissez par douter de votre équilibre psychologique, toute opposition future sera elle aussi disqualifiee.

Au travail : 5 exemples de gaslighting professionnel

Exemple 11 : La consigne mouvante

Situation : Votre manager vous donne une consigne orale. Vous executez le travail. A la livraison : « Ce n’est pas du tout ce que j’ai demande. Vous n’ecoutez jamais. Je commence a me demander si ce poste est fait pour vous. »

Mécanisme : Les consignes changeantes creent un environnement d’incertitude permanent. Vous ne pouvez jamais réussir puisque la cible se deplace. L’objectif, conscient ou non, est de maintenir un rapport de domination en vous placant toujours en position d’erreur.

Exemple 12 : L’invisibilisation

Situation : Vous proposez une idée en réunion. Silence. Dix minutes plus tard, un collegue reprend la même idée avec d’autres mots et recoit des felicitations. Quand vous faites remarquer la coincidence : « Vous n’avez jamais dit ca. Vous confondez peut-être avec un email que vous aviez en tête mais que vous n’avez jamais envoye. »

Mécanisme : L’invisibilisation est un gaslighting d’équipe. Votre contribution est niee, et quand vous la revendiquez, votre mémoire est mise en doute. Ce mécanisme est particulièrement frequent dans les dynamiques de harcelement moral au travail decrites par Hirigoyen (1998).

Exemple 13 : La surcharge decontextualisee

Situation : On vous confie une charge de travail deraisonnable avec des delais impossibles. Quand vous alertez : « Tout le monde gere des projets comme celui-ci. Si vous n’y arrivez pas, c’est peut-être un problème d’organisation personnelle. Votre predecesseur y arrivait très bien. »

Mécanisme : La situation objective (charge excessive) est requalifiee en defaillance individuelle. Le gaslighting professionnel est souvent plus difficile a identifier car le contexte hierarchique legitime une certaine autorite.

Exemple 14 : Le compliment empoisonne

Situation : Votre superieur declare devant l’équipe : « Bravo pour votre presentation. C’est bien mieux que d’habitude. On voit que vous avez fait des efforts, pour une fois. »

Mécanisme : Le compliment apparent contient une critique implicite (« d’habitude c’est mauvais »). Si vous reagissez, on vous repondra que vous etes ingrat(e) face a un compliment. C’est une forme de communication paradoxale qui vous empeche de réagir de manière adaptee.

Exemple 15 : L’exclusion présentée comme un oubli

Situation : Vous découvrez qu’une réunion strategique a eu lieu sans vous, alors que le sujet vous concernait directement. Quand vous le mentionnez : « Oh, on pensait que vous etiez en conge ce jour-la. On vous a cherche partout mais vous etiez introuvable. Bizarre que vous n’ayez pas vu le message. »

Mécanisme : L’exclusion délibérée est deguisee en malentendu logistique. Vous ne pouvez pas accuser sans paraitre paranoiaque, et vous vous retrouvez a douter de votre propre agenda.

Comment reprendre le contrôle : les outils TCC anti-gaslighting

Face au gaslighting, la TCC propose des outils concrets et immédiats pour ancrer votre perception dans la réalité.

  • Le journal factuel : notez les événements importants au moment ou ils se produisent : date, heure, ce qui a ete dit (mots exacts si possible), par qui, en présence de qui. Ce journal devient votre référence externe quand l’autre tente de reeccrire l’historique.
  • La technique du « brouillard » : face a une tentative de gaslighting, ne cherchez pas a convaincre l’autre. Repondez simplement : « Je comprends que c’est ta version. Ce n’est pas la mienne. » Cette technique desactive l’escalade sans renoncer a votre perception.
  • La validation interne : apprenez a vous dire « Mon émotion est valide, même si l’autre la conteste ». C’est un travail central en TCC : restaurer la confiance dans vos propres signaux émotionnels.
  • Les traces ecrites : en contexte professionnel, privilegiez l’ecrit (emails, comptes-rendus de réunion). Resumez les consignes orales par email avec « Suite a notre echange, je comprends que… ». Ces traces vous protegent contre les consignes mouvantes.
  • Le réseau de validation : identifiez une ou deux personnes de confiance a qui vous pouvez decrire les situations pour obtenir un regard exterieur. Si vous etes isole(e), un thérapeute peut jouer ce rôle.

FAQ : vos questions sur le gaslighting au quotidien

Suis-je victime de gaslighting ou est-ce que j’interprete mal ?

C’est justement cette question qui est le signe le plus revelateur. Le gaslighting vous amene a douter de vos propres perceptions. Un bon indicateur : si vous avez régulièrement le sentiment que votre mémoire, vos émotions ou votre jugement sont « defaillants » dans une relation spécifique, alors qu’ils fonctionnent bien dans les autres domaines de votre vie, la probabilite de gaslighting est élevée.

Le gaslighting est-il toujours conscient et volontaire ?

Non. Certaines personnes pratiquent le gaslighting sans en avoir conscience, reproduisant des schémas relationnels appris dans leur propre famille. Cela ne le rend pas moins nocif pour la personne qui le subit, mais cela peut influencer l’approche thérapeutique, notamment en thérapie de couple.

Peut-on guerir des effets du gaslighting ?

Oui. Le travail en TCC se concentre sur la restauration de la confiance en soi et en ses propres perceptions. Cela passe par la restructuration cognitive (identifier et corriger les croyances induites par le gaslighting), des exercices de validation émotionnelle, et souvent un travail sur l’attachement pour comprendre pourquoi vous etiez vulnerable a cette forme de manipulation.

Evaluez votre exposition au gaslighting

Si vous vous etes reconnu(e) dans plusieurs de ces exemples, il est temps de prendre du recul et d’évaluer objectivement votre situation. Notre Detecteur de Manipulation évalué spécifiquement votre exposition au gaslighting (ainsi qu’a la culpabilisation, au chantage affectif et a l’inversion d’accusation). En quelques minutes, vous obtiendrez un profil clair de votre situation.

Si les résultats confirment vos doutes, ou si vous ressentez le besoin d’en parler avec un professionnel, je vous invite a prendre contact. En tant que psychopraticien TCC a Nantes, j’accompagne les personnes victimes de gaslighting dans la reconstruction de leur confiance en elles et en leur propre perception de la réalité.

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