Le ghosting professionnel : quand un recruteur, un client ou un collègue disparaît
L’entretien s’était bien passé. Le recruteur avait dit : « On revient vers vous très vite. » Trois semaines plus tard, rien. Vous relancez. Silence. Encore une relance. Le vide. Vous finissez par comprendre : vous venez de vous faire ghoster. Pas par un match Tinder. Par un professionnel.
Le ghosting ne vit pas exclusivement dans la sphère amoureuse. Il s’est infiltré dans le monde du travail avec une brutalité qui prend beaucoup de personnes au dépourvu. Parce qu’on s’attend à de l’immaturité émotionnelle dans le dating. Mais dans un cadre professionnel, le silence semble encore plus inexplicable.
Et pourtant, les mécanismes psychologiques sont rigoureusement les mêmes.
Le ghosting après un entretien d’embauche
Un phénomène massif
Selon diverses enquêtes RH, entre 50 et 75 % des candidats rapportent avoir été ghostés après un entretien d’embauche au moins une fois. Le phénomène n’épargne ni les débutants ni les profils seniors. Il touche toutes les industries.
Le scénario est presque toujours le même :
1. Un entretien (parfois plusieurs) qui semble bien se passer
2. Une promesse de retour rapide
3. Un silence total
4. Des relances sans réponse
5. Parfois, des mois plus tard, un email générique de refus — ou rien, jamais
Pourquoi les recruteurs ghostent
- Surcharge de travail : un recruteur gère souvent des dizaines de postes simultanément. Les candidats non retenus passent en bas de la pile des priorités.
- Évitement du conflit : annoncer un refus est inconfortable. Certains préfèrent le silence au risque d’une réaction négative.
- Processus internes lents : le poste est gelé, la décision remonte à un N+2 qui ne répond pas, le budget est réévalué. Le recruteur est parfois ghosté lui-même par sa propre hiérarchie.
- Culture d’entreprise : dans certaines organisations, ne pas répondre aux candidats non retenus est une norme implicite. Personne n’a jamais instauré de processus de retour.
Ce que ça vous fait
Le ghosting professionnel active les mêmes circuits neuronaux que le ghosting amoureux. Les recherches en IRMf montrent que le cerveau traite le rejet social — quel que soit le contexte —
comme une douleur physique. Quand un recruteur disparaît après vous avoir laissé espérer, votre cerveau ne fait pas la différence entre « ce recruteur m’a rejeté » et « cette personne m’a abandonné ».
L’étude Baylor (2025) sur l’impact du ghosting sur le sommeil ne se limitait pas aux relations amoureuses. L’incertitude professionnelle — « Ai-je le poste ou non ? » — produit le même type de ruminations nocturnes, alimentées par l’effet Zeigarnik : le cerveau déteste les situations sans clôture.
Le client qui disparaît
Le scénario
Vous êtes freelance, consultant(e), prestataire. Un client vous contacte, enthousiaste. Vous échangez, vous proposez un devis, peut-être même vous commencez à travailler. Et puis… plus rien. Le client cesse de répondre. Aux emails, aux appels, aux messages.
Les variantes
- Le ghosting pré-projet : après le devis, le silence. Pas de oui, pas de non, pas de négociation. Juste le vide.
- Le ghosting en cours de projet : le client arrête de valider les étapes, de répondre aux questions, de payer les jalons. Vous êtes suspendu(e) dans un entre-deux professionnel et financier.
- Le ghosting post-livraison : le travail est fait, mais le client ne valide pas, ne paie pas, et ne répond plus.
Pourquoi c’est particulièrement toxique
Le ghosting client ajoute une dimension financière à la blessure émotionnelle. Ce n’est plus seulement votre estime qui est touchée, c’est votre gagne-pain. L’incertitude se double d’une angoisse matérielle qui rend le phénomène encore plus déstabilisant.
De plus, le freelance qui se fait ghoster se retrouve souvent à douter de sa compétence plutôt que de la fiabilité du client. La pensée automatique « Mon devis était trop cher » ou « Mon travail n’est pas assez bon » s’installe, alors que la cause est souvent totalement indépendante de la qualité de votre prestation.
Le collègue ou le manager qui ne répond plus
Le ghosting interne
Il existe une forme de ghosting rarement nommée mais courante : le collègue, le manager ou le partenaire interne qui cesse de répondre à vos emails, vos messages, vos sollicitations. Pas une confrontation, pas un désaccord explicite. Juste un mur de silence.
Les manifestations
- Le manager qui « oublie » systématiquement vos demandes
- Le collègue qui ne répond plus à vos messages Teams/Slack
- Le partenaire interne qui annule les réunions sans replanifier
- L’absence de retour sur un travail que vous avez livré
Le problème spécifique
Le ghosting interne est d’autant plus nocif qu’il est impossible à nommer. Vous ne pouvez pas dire à votre DRH : « Mon manager me ghoste. » Le vocabulaire du ghosting appartient à la sphère intime.
Dans le contexte professionnel, le silence est souvent recouvert d’excuses de surface : « J’étais débordé », « C’est passé dans mes spams », « On en reparle la semaine prochaine » (sans que cette semaine n’arrive jamais).
Pourquoi le ghosting fait mal au travail
L’identité professionnelle est une identité
L’étude Unobravo (2025) — qui révèle que 46 % des Français ont été ghostés — ne distingue pas les contextes. Et pour cause : le mécanisme de blessure est transversal.
Votre identité professionnelle n’est pas séparée de votre identité personnelle. Quand un recruteur vous ghoste, ce n’est pas « juste un process RH ». C’est un être humain qui a évalué votre valeur et a décidé que vous ne méritiez même pas une réponse. Le cerveau enregistre cette information au même endroit que tous les autres rejets.
La spirale du doute
Le ghosting professionnel déclenche une cascade de doutes spécifiques :
- « Suis-je compétent(e) ? »
- « Mon profil est-il adéquat ? »
- « Ai-je dit quelque chose de travers ? »
- « Suis-je trop cher/chère ? Pas assez ? »
- « Mon travail a-t-il de la valeur ? »
Ces questions sont des distorsions cognitives. La TCC les identifie comme de la personnalisation (attribuer à soi la cause d’un événement qui dépend de multiples facteurs) et de la lecture de pensée (supposer connaître les motivations de l’autre sans information).
Navarro et al. (2020) montrent que le ghosting est lié à l’attachement évitant du ghosteur. Ce constat vaut aussi en milieu professionnel : un recruteur ou un client qui ghoste révèle son propre mode de fonctionnement — pas votre valeur.
L’impact cumulatif
Contrairement au ghosting amoureux qui est généralement ponctuel, le ghosting professionnel peut être répétitif. Un freelance peut être ghosté par plusieurs clients en quelques mois. Un chercheur d’emploi peut vivre des dizaines de ghostings de recruteurs. L’effet cumulatif est dévastateur sur la confiance professionnelle.
Stratégies concrètes par situation
Face au ghosting d’un recruteur
Étape 1 — La relance factuelle (J+7)
« Bonjour [Prénom], je me permets de revenir vers vous suite à notre entretien du [date]. Avez-vous pu avancer dans votre processus de recrutement ? »
Étape 2 — La relance de clôture (J+14)
« Bonjour [Prénom], sans nouvelles de votre part, je comprends que ma candidature n’a pas été retenue. Je reste disponible si la situation évolue. Merci pour le temps accordé. »
Étape 3 — Le détachement (J+21)
Aucune relance supplémentaire. Reclassez mentalement cette opportunité comme fermée. Pas « en attente », fermée. Cette distinction est essentielle pour votre cerveau.
Face au ghosting d’un client
Pour le ghosting pré-projet :
Une relance, maximum deux. Au-delà, vous investissez de l’énergie dans quelqu’un qui ne la mérite pas. Envoyez un message de clôture :
« Bonjour, sans retour de votre part, je considère que le projet n’est plus d’actualité. N’hésitez pas à me recontacter si votre besoin évolue. »
Pour le ghosting en cours de projet :
C’est plus délicat car il y a des enjeux financiers. Envoyez un email formel rappelant les engagements mutuels, les livrables en attente, et les conditions de paiement. Fixez une deadline claire. Au-delà, c’est du recouvrement, pas de la relance.
Face au ghosting interne
Documentez. Chaque email sans réponse, chaque réunion annulée, chaque demande ignorée. Non pas pour un dossier juridique (sauf cas extrême), mais pour votre propre clarté cognitive. Quand vous avez des preuves factuelles du comportement, il est beaucoup plus difficile pour votre cerveau de vous faire porter la responsabilité.
Quand le ghosting professionnel révèle un burn-out
Le vôtre
Si les ghostings professionnels répétés vous affectent de façon disproportionnée — pleurs, perte de sommeil, incapacité à postuler à nouveau, paralysie face à l’envoi d’un devis — ce n’est peut-être pas « juste » la sensibilité au rejet. C’est peut-être le signe d’un épuisement professionnel plus profond.
Le ghosting est alors la goutte d’eau. La blessure qui expose une fatigue accumulée, une perte de sens, un sentiment d’imposture qui existait avant le silence du recruteur ou du client.
Les signaux d’alerte
- Le ghosting déclenche des crises de doute existentiel sur votre parcours entier
- Vous n’arrivez plus à candidater ou à prospecter (paralysie, procrastination)
- Vous prenez les refus silencieux comme des confirmations de votre inadéquation
- Votre sommeil est chroniquement perturbé (Baylor, 2025)
- Vous avez perdu l’envie de vous investir professionnellement
Ce que la TCC propose
La TCC offre des outils concrets pour le contexte professionnel :
- Restructuration cognitive : transformer « Ce recruteur ne m’a pas répondu parce que je ne suis pas assez qualifié » en « Ce recruteur a un processus dysfonctionnel et ça ne dit rien sur mes compétences. »
- Exposition graduelle : reprendre progressivement les actions professionnelles que vous évitez (candidater, prospecter, relancer).
- Défusion : apprendre à observer vos pensées négatives sans vous identifier à elles.
- Construction de preuves : lister vos réussites, vos compétences validées, vos retours positifs passés pour contrebalancer le biais de négativité installé par les ghostings répétés.
À retenir
- Le ghosting professionnel touche la majorité des candidats et une proportion importante des freelances et prestataires. Ce n’est pas un cas isolé.
- Le cerveau ne fait pas de différence entre rejet amoureux et rejet professionnel. Les circuits neuronaux de la douleur sont les mêmes.
- Deux relances maximum face à un recruteur ou un client silencieux. Au-delà, vous vous faites du mal.
- Le ghosting d’un recruteur ou d’un client parle de leur mode de fonctionnement, pas de votre valeur professionnelle. C’est de la personnalisation — une distorsion cognitive identifiée par la TCC.
- L’effet cumulatif des ghostings professionnels peut masquer ou aggraver un burn-out. Si les réactions sont disproportionnées, le problème est peut-être plus profond.
- Documenter les faits et restructurer les pensées sont vos deux meilleurs outils.
Le ghosting professionnel vous paralyse ?
Si les silences des recruteurs, des clients ou des collègues ont fini par éroder votre confiance professionnelle, ce n’est pas une fatalité. C’est un schéma qui se travaille.
Le Programme Coaching Professionnel est conçu pour reconstruire la confiance, identifier les croyances limitantes installées par les expériences de rejet, et remettre en mouvement votre trajectoire.
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Ou, si vous souhaitez d’abord en parler : prenez rendez-vous pour un premier échange.
Le ghosting dans toutes ses dimensions : Le guide complet du ghosting.
Le ghosting dans les relations personnelles : Pourquoi il/elle m’a ghosté — les 10 vraies raisons.
Quand le ghosteur revient : Le zombieing, ou quand votre ghosteur réapparaît.
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Merci pour la bienveillance de vos articles. On sent que vous ecrivez pour aider, pas pour juger.
Merci a vous Thomas pour ce retour. Savoir que mes articles aident concretement les gens est ma plus grande motivation. Continuez a prendre soin de vous, vous etes sur la bonne voie.
Chaleureusement,
Gildas
Ce qui est dur c’est l’absence de reponse. Le cerveau invente des scenarios en boucle. Votre explication sur les mecanismes psychologiques m’a rassure(e).
Isabelle, merci de votre retour. Je suis content(e) que cet article vous parle. Si vous souhaitez aller plus loin, d’autres articles sur le blog abordent des themes complementaires. Bonne lecture !
Chaleureusement,
Gildas
Merci pour cet article. J’ai arrete de me demander « pourquoi » et j’ai commence a me demander « comment avancer ». Ca change tout.
Merci a vous Lea pour ce retour. Savoir que mes articles aident concretement les gens est ma plus grande motivation. Continuez a prendre soin de vous, vous etes sur la bonne voie.
Chaleureusement,
Gildas
J’avoue, j’ai deja ghoste quelqu’un et apres avoir lu cet article, je mesure l’impact que ca a pu avoir. Je regrette profondement.
Merci Manon. Votre commentaire me motive a continuer. Si un sujet vous interesse particulierement, dites-le moi, j’en ferai peut-etre un prochain article. A bientot sur le blog.
Chaleureusement,
Gildas
La partie sur le no contact m’a sauvee. J’etais sur le point d’envoyer un 15eme message. J’ai ferme mon telephone a la place.
Merci d’avoir partage Nathalie. C’est comme ca que l’information circule et aide ceux qui en ont besoin. J’espere que ca aidera votre proche a y voir plus clair.
Chaleureusement,
Gildas
Votre approche TCC rend les choses tellement plus concretes que les articles classiques de psychologie. On sait quoi faire, pas juste quoi penser.
Merci Romain. Votre commentaire me motive a continuer. Si un sujet vous interesse particulierement, dites-le moi, j’en ferai peut-etre un prochain article. A bientot sur le blog.
Chaleureusement,
Gildas