Micro-tromperie numérique : où commence linfidélité en ligne ? - Psychologie et Serenite

Micro-tromperie numérique : où commence l’infidélité en ligne ?

Micro-tromperie numérique : likes, DMs, ex sur Instagram… Où commence l’infidélité ?

Votre partenaire like systématiquement les photos d’une même personne. Un message privé un peu trop enthousiaste. Une conversation avec un ex qui « n’est qu’amicale ». Un profil de rencontre jamais supprimé, « par oubli ». Aucun de ces comportements n’est une tromperie au sens classique du terme. Mais aucun ne vous laisse indifférent non plus.

Bienvenue dans la zone grise de la micro-tromperie numérique — un phénomène qui n’a pas de définition universelle, pas de règle absolue, et qui génère pourtant un volume considérable de souffrance dans les couples contemporains.

Le sujet est l’un des plus débattus sur les réseaux sociaux eux-mêmes. Les avis sont tranchés, souvent à l’emporte-pièce. L’objectif de cet article est différent : poser un cadre de compréhension nuancé, ancré dans ce que la psychologie clinique observe réellement.

Je suis Gildas Garrec, psychopraticien spécialisé en TCC à Nantes, et la micro-tromperie est un sujet que je retrouve fréquemment en consultation — rarement sous ce nom, mais toujours sous la même forme : « Ce n’est pas une tromperie, mais ça me fait mal quand même. »

Qu’est-ce que la micro-tromperie ?

Le terme micro-cheating (micro-tromperie) a été popularisé par la psychologue australienne Melanie Schilling. Il désigne un ensemble de comportements qui, sans constituer une infidélité physique ou une relation extraconjugale, franchissent les limites implicites du couple en matière de proximité émotionnelle ou sexuelle avec une tierce personne.

Le mot-clé ici est implicite. La plupart des couples n’ont jamais explicitement discuté de ce qui est acceptable ou non en ligne. Résultat : chaque personne applique ses propres règles intérieures — et suppose que l’autre les partage.

La micro-tromperie se situe dans l’espace entre :
– Ce que vous feriez devant votre partenaire
– Ce que vous faites quand votre partenaire ne regarde pas

Si un comportement numérique ne serait pas assumé en présence de l’autre, il y a de fortes chances qu’il relève de cette zone grise.

Les 10 comportements qui posent question

Cette liste n’est pas un tribunal. Aucun de ces comportements ne constitue automatiquement une « tromperie ». Mais chacun mérite d’être examiné honnêtement dans le contexte de votre relation.

1. Liker systématiquement les photos d’une personne précise. Surtout si ces photos sont intimes ou mettent en valeur le physique. Le like, dans ce contexte, fonctionne comme un signal d’intérêt — et tout le monde le sait.

2. Envoyer ou recevoir des messages privés que l’on ne montrerait pas à son ou sa partenaire. Ce n’est pas le contenu qui pose problème, c’est le secret. Si la conversation est anodine, pourquoi ressentir le besoin de la cacher ?

3. Maintenir un contact régulier avec un ex sans en parler. Rester en bons termes avec un ex n’est pas un problème en soi. Le faire dans l’ombre, en revanche, soulève la question de l’intention.

4. Avoir un profil de rencontre encore actif. Même si « on ne l’utilise plus », le simple fait de le laisser visible envoie un signal de disponibilité — à soi-même autant qu’aux autres.

5. Flirter « pour rigoler » en ligne. Les emojis suggestifs, les compliments appuyés, les sous-entendus : dans un échange écrit, l’ambiguïté est rarement involontaire.

6. Partager des confidences intimes avec une personne extérieure au couple. On parle ici d’intimité émotionnelle : confier ses doutes sur la relation, ses frustrations, ses fantasmes à quelqu’un d’autre peut constituer une forme de tromperie émotionnelle.

7. Cacher des interactions numériques. Supprimer des messages, utiliser un second compte, effacer l’historique de navigation : ces comportements traduisent une conscience que quelque chose dépasse les limites.

8. Commenter de manière appuyée les publications d’une personne spécifique. Des compliments publics répétés envers la même personne créent une dynamique relationnelle visible par tous — y compris par votre partenaire.

9. Envoyer ou recevoir des selfies qui ne sont pas destinés « au groupe ». La photo envoyée en privé a une charge différente de celle partagée publiquement. Le contexte d’envoi change la nature du geste.

10. Entretenir une relation en ligne « au cas où ». Garder le contact avec quelqu’un qui vous plaît, sans rien concrétiser, en se disant que « si un jour ça ne marche plus »… Cette stratégie de repli fragilise l’engagement émotionnel dans la relation actuelle.

La perspective masculine vs féminine

Les recherches en psychologie évolutive et en psychologie sociale mettent en évidence des sensibilités différentes face à la micro-tromperie.

Ce qui tend à déclencher davantage de réaction chez les hommes :
– Les interactions à connotation physique ou sexuelle (likes sur des photos suggestives, échanges de selfies)
– La perception qu’une autre personne « drague » leur partenaire ouvertement en ligne
– La découverte de conversations cachées avec un caractère de séduction

Ce qui tend à déclencher davantage de réaction chez les femmes :
– L’investissement émotionnel perçu (longues conversations privées, confidences partagées)
– Le sentiment d’être remplacée dans le rôle de confidente
– Le maintien d’un lien privilégié avec une ex-partenaire

Une étude publiée dans Evolutionary Psychological Science (2017) confirme que les hommes réagissent plus fortement à l’infidélité sexuelle (même virtuelle), tandis que les femmes sont davantage affectées par l’infidélité émotionnelle.

Mais il est essentiel de souligner que ces tendances ne sont pas des règles absolues : chaque individu réagit en fonction de son histoire, de son style d’attachement et de ses expériences passées.

Ce que dit la psychologie : limites du couple et contrat implicite

En thérapie de couple, on travaille souvent avec la notion de contrat implicite. Chaque relation repose sur un ensemble d’accords tacites : ce qui est acceptable, ce qui ne l’est pas, ce qui relève de la liberté individuelle, ce qui touche à l’espace du couple.

Le problème de la micro-tromperie, c’est qu’elle opère précisément dans les zones que le contrat implicite n’a jamais couvertes. Il y a trente ans, la question « est-ce que liker la photo d’un collègue en maillot de bain constitue une micro-tromperie ? » n’avait pas lieu d’être. Aujourd’hui, elle est au cœur de nombreux conflits.

La recherche du Dr Shirley Glass (Not « Just Friends », 2003) a mis en évidence un concept éclairant : les murs et les fenêtres de la relation.

Dans un couple sain, il y a une « fenêtre » ouverte entre les deux partenaires (transparence, intimité partagée) et des « murs » entre le couple et l’extérieur (limites claires avec les tiers). La micro-tromperie inverse cette architecture : elle ouvre des fenêtres vers l’extérieur tout en construisant des murs au sein du couple.

La question n’est donc pas « est-ce que c’est de la tromperie ? » mais plutôt :
– Est-ce que ce comportement ouvre une fenêtre vers quelqu’un d’autre ?
– Est-ce que ce comportement construit un mur entre vous et votre partenaire ?

Si la réponse est oui aux deux, le comportement mérite une conversation, quelle que soit l’étiquette qu’on lui donne.

Comment en parler sans accuser

Aborder le sujet de la micro-tromperie dans le couple est un exercice délicat. La tentation est forte de tomber dans l’accusation (« Tu likes toujours ses photos ! ») ou dans l’interrogatoire (« C’est qui cette personne qui t’envoie des messages ? »).

En TCC et en communication assertive, on recommande une approche différente :

1. Partir de votre ressenti, pas du comportement de l’autre.
Au lieu de : « Tu passes ton temps à discuter avec X »
Essayez : « Quand je vois que vous échangez beaucoup, je ressens de l’insécurité. J’aimerais qu’on en parle. »

2. Poser des questions ouvertes plutôt que des ultimatums.
Au lieu de : « Arrête de liker ses photos ou c’est fini »
Essayez : « Comment tu verrais les limites de ce qui est ok pour nous en ligne ? »

3. Expliciter votre contrat implicite.
C’est l’occasion de transformer l’implicite en explicite. Qu’est-ce qui vous met mal à l’aise ? Qu’est-ce qui est acceptable pour chacun ? Il n’y a pas de bonne réponse universelle — il y a votre réponse, construite ensemble.

4. Accepter que les limites puissent être différentes.
Ce qui vous semble évident ne l’est pas forcément pour votre partenaire. Cette asymétrie ne traduit pas un manque de respect — elle traduit des cadres de référence différents qui ont besoin d’être harmonisés.

5. Éviter l’enquête rétrospective.
Fouiller dans les archives de likes et de messages pour construire un « dossier » est contre-productif. Si le sujet vous préoccupe, parlez de ce que vous observez maintenant, pas de ce qui s’est passé il y a six mois.

Le test des « trois portes » : un outil pour y voir clair

Si vous hésitez sur la nature d’un comportement — le vôtre ou celui de votre partenaire — voici un exercice simple que j’utilise en consultation. Passez le comportement au crible de trois questions :

Porte 1 : La transparence. Feriez-vous exactement la même chose si votre partenaire regardait par-dessus votre épaule ? Si la réponse est non, demandez-vous pourquoi. L’inconfort face à la transparence est souvent le premier indicateur que le comportement dépasse les limites du couple.

Porte 2 : L’inversion. Comment réagiriez-vous si votre partenaire faisait exactement la même chose ? Si la réponse est « ça me blesserait » ou « ça me rendrait mal à l’aise », c’est un signal à prendre au sérieux.

L’empathie par inversion est un outil puissant pour sortir de la rationalisation (« ce n’est rien, c’est juste un like »).

Porte 3 : L’intention. Quelle est l’intention réelle derrière le comportement ? Un like par politesse sociale n’a pas la même charge qu’un like destiné à maintenir un signal de disponibilité. L’intention ne justifie pas tout, mais elle aide à situer le comportement sur un spectre qui va du geste anodin au franchissement délibéré de limites.

Ce test n’a pas valeur de jugement. Son objectif est de créer un moment de recul entre le comportement automatique et la prise de conscience. En TCC, on appelle cela la défusion cognitive : prendre de la distance avec ses propres pensées et ses propres actes pour les observer avec plus de lucidité.

Quand la jalousie est justifiée vs excessive

C’est probablement la question la plus difficile : comment distinguer une inquiétude légitime d’une jalousie disproportionnée ?

La jalousie est un signal pertinent quand :
– Le comportement de votre partenaire a objectivement changé (secret, distance, irritabilité quand vous approchez de son téléphone).

Vous avez exprimé votre inconfort et la réponse a été le mépris, la minimisation ou le gaslighting (« Tu te fais des films »).
– Le comportement persiste malgré une discussion claire.
– D’autres signaux s’ajoutent (désintérêt sexuel, comparaisons, critique).

La jalousie est probablement excessive quand :
– Vous ressentez de l’anxiété même sans comportement problématique identifiable.
– Vous vérifiez compulsivement les réseaux de votre partenaire.

Vous interprétez systématiquement les situations de manière négative (un like = une attirance, un message = une trahison).
– Votre jalousie reproduit un schéma récurrent présent dans vos relations précédentes.
– Votre partenaire a répondu à vos questions de manière transparente et rassurante, mais l’anxiété persiste.

Si vous vous reconnaissez dans le second cas, il ne s’agit pas de minimiser votre souffrance — elle est réelle. Mais elle a probablement des racines plus profondes que le like sur Instagram. Un travail sur l’estime de soi, le style d’attachement ou les croyances relationnelles peut faire une différence considérable.

À retenir

  • La micro-tromperie désigne des comportements numériques qui franchissent les limites implicites du couple sans constituer une infidélité classique.
  • La clé n’est pas dans le comportement isolé mais dans l’architecture murs/fenêtres de votre relation : est-ce que le numérique ouvre des fenêtres vers l’extérieur et ferme celles du couple ?
  • Les réactions diffèrent selon les personnes : sensibilité à la rivalité physique vs émotionnelle, histoire personnelle, style d’attachement.
  • La solution passe par l’explicitation du contrat implicite du couple : discuter ensemble de ce qui est acceptable, sans jugement ni ultimatum.
  • Si la jalousie est présente indépendamment de tout comportement identifiable, un travail individuel peut être nécessaire pour en comprendre les racines.

La micro-tromperie numérique est un sujet complexe qui touche à l’intime. Si ce thème résonne pour vous — que ce soit du côté de la jalousie ou du côté du comportement — un accompagnement professionnel peut vous aider à y voir plus clair. Découvrez le Programme Liberté ou prenez contact pour un premier échange.

Vous vous reconnaissez dans cet article ?

Passez notre test de jalousie relationnelle en 30 questions. 100% anonyme – Rapport PDF personnalise a 9.90 €.

Passer le test gratuitement →

A decouvrir aussi : Test de addiction numerique (30 questions) – Rapport personnalise a 9.90 €.

6 réflexions sur “Micro-tromperie numérique : où commence l’infidélité en ligne ?”

  1. Votre approche TCC rend les choses tellement plus concretes que les articles classiques de psychologie. On sait quoi faire, pas juste quoi penser.

    1. Merci de me lire Mathieu. Chaque commentaire me rappelle pourquoi j’ai cree ce blog : aider les gens a mieux se comprendre et a vivre des relations plus sereines. Au plaisir de vous relire.

      Chaleureusement,
      Gildas

  2. Depuis que j’ai arrete de checker le profil Instagram de mon ex, je vais 100 fois mieux. L’orbiting, c’est de l’auto-sabotage.

    1. Aurelie, merci de partager votre experience. Ce que vous decrivez est plus courant qu’on ne le pense, et surtout, ca se travaille. La TCC offre des outils concrets pour sortir de ces schemas. N’hesitez pas si vous avez des questions.

      Chaleureusement,
      Gildas

    1. Merci a vous Julie pour ce retour. Savoir que mes articles aident concretement les gens est ma plus grande motivation. Continuez a prendre soin de vous, vous etes sur la bonne voie.

      Chaleureusement,
      Gildas

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Retour en haut