Pourquoi les nice guys finissent derniers (et comment arrêter) - Psychologie et Serenite

Pourquoi les ‘nice guys’ finissent derniers (et comment arrêter)

Pourquoi les « nice guys » finissent derniers (et comment arreter)

« Je suis toujours la pour elle. Je l’ecoute pendant des heures. Je lui rends service des qu’elle demande. Et a la fin, c’est le mec qui ne fait aucun effort qu’elle choisit. Les femmes disent vouloir un homme gentil, mais elles ne le choisissent jamais. »

J’entends cette plainte regulierement en consultation. Elle est formulee avec une amertume sincere, parfois avec de la colere, souvent avec de l’incomprehension. Et elle merite d’etre prise au serieux — non pas pour la valider telle quelle, mais pour deconstruire ce qui se joue vraiment derriere.

Car le probleme n’est pas la gentillesse. Le probleme, c’est ce que le « nice guy » attend en retour de sa gentillesse, sans jamais le formuler clairement.

Ce qu’est reellement le syndrome du nice guy

Le terme « nice guy syndrome » a ete popularise par le psychotherapeute americain Robert Glover dans son ouvrage No More Mr. Nice Guy (2003).

Son constat clinique est precis : le « nice guy » n’est pas simplement un homme gentil. C’est un homme qui a construit tout son rapport aux autres — et particulierement aux femmes — sur un contrat implicite.

Ce contrat fonctionne ainsi :

« Si je suis suffisamment gentil, serviable, disponible et accommodant, alors l’autre m’aimera, me desirera, et repondra a mes besoins. »

Le probleme fondamental de ce contrat : l’autre ne l’a jamais signe. Il n’en connait meme pas l’existence. La femme en face voit un ami agreable, un homme disponible, quelqu’un de « sympa ». Elle ne voit pas — parce qu’il ne l’a jamais exprime — qu’il attend une relation amoureuse en echange de sa presence.

Quand la reciprocite ne vient pas, le nice guy ne ressent pas simplement de la tristesse. Il ressent de l’injustice. « J’ai tout donne et je n’ai rien recu. » Cette injustice peut se transformer en ressentiment, en colere passive-aggressive, et parfois en misogynie : « Les femmes sont superficielles. Elles ne veulent que des bad boys. »

Gentillesse authentique versus gentillesse strategique

C’est la distinction cle que la plupart des articles sur ce sujet passent sous silence.

La gentillesse authentique

Elle n’attend rien en retour. Un homme authentiquement gentil aide parce qu’il en a envie, ecoute parce qu’il se soucie reellement de l’autre, et offre sa presence sans comptabilite. Si l’autre ne developpe pas de sentiments amoureux, il est decu — c’est humain — mais il ne se sent pas vole.

La gentillesse authentique est une qualite. Elle est attractive. Elle est la fondation de toute relation saine.

La gentillesse strategique

Elle est deployee comme un investissement, avec une attente de rendement. Chaque service rendu est un jeton depose dans une machine a sous emotionnelle. Le nice guy ne donne pas : il prete, en esperant que le remboursement prendra la forme de l’amour ou du desir.

Cette gentillesse-la n’est pas de la gentillesse. C’est une strategie d’evitement. Le nice guy utilise la serviabilite pour contourner ce qui lui fait vraiment peur : exprimer son desir de maniere directe, risquer le rejet, et assumer sa masculinite sans s’excuser d’exister.

Le contrat implicite : une manipulation inconsciente

Le mot « manipulation » peut choquer. La plupart des nice guys sont des hommes profondement sinceres qui ne se vivent absolument pas comme manipulateurs. Et c’est precisement le probleme : la manipulation est inconsciente.

En TCC, on parlerait de schema cognitif dysfonctionnel. Le nice guy a integre, souvent des l’enfance, une croyance fondamentale :

« Pour etre aime, je dois etre indispensable. Mes besoins passent apres ceux des autres. Si j’exprime mes desirs, je serai rejete. »

Cette croyance produit un comportement coherent mais toxique :
– Il dit oui quand il pense non
– Il accepte des situations qui le frustrent sans rien dire
– Il anticipe les besoins de l’autre au detriment des siens
– Il evite le conflit a tout prix
– Il ne demande jamais directement ce qu’il veut

Et quand la frustration accumulee finit par deborder, elle se manifeste de maniere indirecte : sarcasme, bouderie, retrait affectif, ou explosion disproportionnee. L’entourage est souvent pris au depourvu : « Mais je croyais que tout allait bien ! »

Non. Rien n’allait bien. Mais le nice guy ne l’avait jamais dit.

Les origines du syndrome : pourquoi certains hommes deviennent des nice guys

Robert Glover identifie plusieurs trajectoires, que je retrouve regulierement en pratique clinique :

Le pere absent ou emotionnellement distant

L’enfant qui grandit sans modele masculin present apprend a naviguer le monde en s’adaptant a l’autorite feminine (generalement la mere). Il developpe une hypersensibilite aux besoins des femmes et une difficulte a affirmer ses propres besoins, percu comme potentiellement dangereux pour la relation.

Cet article fait echo a une problematique plus large que j’aborde dans le cadre de l’accompagnement des hommes qui ont grandi sans figure paternelle stable — un sujet qui merite un traitement approfondi.

La mere surprotectrice ou emotionnellement envahissante

Quand l’enfant devient le confident, le soutien emotionnel, voire le « petit mari » de sa mere, il apprend que son role est de prendre soin des femmes. Ses besoins propres sont secondaires. Ce schema se rejoue ensuite dans chaque relation amoureuse.

Le harcelement ou le rejet social a l’adolescence

L’adolescent rejete par ses pairs apprend que la seule facon d’etre accepte est de se rendre inoffensif, agreable, invisible. La gentillesse devient une armure, pas une expression de soi.

Les messages culturels

« Un vrai homme ne pleure pas » coexiste avec « Sois gentil avec les femmes ». Le nice guy tente de resoudre cette contradiction en etant gentil a l’exterieur tout en reprimant ses emotions, ses frustrations et ses desirs a l’interieur. Le resultat est un homme coupe de lui-meme qui projette une image de douceur tout en bouillonnant silencieusement.

Ce que les femmes percoivent reellement

Il est important de comprendre ce que la plupart des femmes detectent chez le nice guy — meme inconsciemment :

Le manque d’authenticite. Quelqu’un qui est toujours d’accord, qui n’a jamais d’avis contraire, qui ne dit jamais non, ne semble pas reel. L’absence de friction n’est pas de l’harmonie. C’est de la dissimulation. Et la dissimulation, meme bien intentionnee, genere de la mefiance.

L’absence de desir assume. Le nice guy tourne autour sans jamais se positionner clairement. Il reste dans la « zone amicale » non pas parce qu’il y est confine, mais parce qu’il n’en sort jamais volontairement. Il attend que l’autre fasse le premier pas — ce qui, dans la dynamique de seduction, envoie un signal d’ambiguite.

La pression implicite. Meme sans mots, l’accumulation de services, d’attentions et de disponibilite cree une pression. La femme en face sent confusement qu’elle « doit » quelque chose, sans pouvoir identifier quoi. Cette sensation est inconfortable, et elle eloigne au lieu de rapprocher.

L’alternative : assertif, bienveillant ET clair

La sortie du syndrome du nice guy ne consiste pas a devenir un « bad boy », un homme froid ou un manipulateur cynique. C’est une fausse dichotomie entretenue par les forums masculinistes qui reduisent les hommes a deux categories : le gentil qui perd ou le salaud qui gagne.

L’alternative est plus nuancee et plus exigeante. Elle s’appelle l’assertivite.

Qu’est-ce que l’assertivite ?

C’est la capacite a exprimer ses besoins, ses opinions et ses limites de maniere directe, honnete et respectueuse — sans agressivite ni soumission. L’homme assertif :

  • Dit ce qu’il pense, meme si cela deplait. Pas pour provoquer, mais parce qu’il se respecte suffisamment pour ne pas se censurer.
  • Exprime ses desirs, y compris amoureux et sexuels, sans s’excuser d’en avoir. « Tu me plais et j’aimerais t’inviter a diner » est une phrase assertive. « Tu es ma meilleure amie, je ne voudrais pas gacher ca » quand on meurt d’envie de l’embrasser, c’est de l’evitement.
  • Pose des limites : il ne repond pas a 2h du matin aux messages d’une femme qui le considere comme un ami mais ignore ses sentiments. Il ne fait pas semblant que « ca va » quand ca ne va pas.
  • Accepte le conflit comme une composante normale des relations humaines, pas comme une catastrophe a eviter a tout prix.
  • Accepte le rejet sans le transformer en preuve de son insuffisance ou en acte d’accusation contre l’autre.

L’assertivite en pratique : exemples concrets

SituationReponse nice guyReponse assertive
Elle parle de ses problemes amoureux avec un autre« C’est dur… Je suis la pour toi » (en rongeant son frein)« Je dois etre honnete : entendre parler de tes histoires avec d’autres hommes, c’est difficile pour moi, parce que tu me plais »
Elle annule un plan a la derniere minute« Pas de souci, une prochaine fois ! » (frustration refoulee)« Je suis decu. Mon temps a de la valeur aussi. On peut replanifier si tu es reellement disponible »
Il veut inviter quelqu’unAttendre des mois en multipliant les « signaux »« J’aimerais t’inviter a diner vendredi. Pas en tant qu’ami »
Elle demande un service excessifAccepter en esperant une reconnaissance« Je ne suis pas disponible pour ca. Mais on peut se voir pour un cafe si tu veux »

L’assertivite n’est pas de la brutalite. C’est de la clarte. Et la clarte est un cadeau que vous offrez a l’autre : elle sait exactement ou elle en est avec vous, et elle peut prendre des decisions informees.

Le lien avec la manipulation emotionnelle

Il existe un lien cliniquement observe entre le syndrome du nice guy et la vulnerabilite a la manipulation. L’homme qui ne sait pas poser de limites, qui place systematiquement les besoins des autres avant les siens, et qui mesure sa valeur a travers l’approbation feminine, est une cible ideale pour les personnalites manipulatrices.

Le nice guy qui quitte une relation toxique retrouve souvent le meme schema dans la suivante — non pas par malchance, mais parce que ses croyances fondamentales n’ont pas change. Il continue d’attirer (et d’etre attire par) des personnes qui exploitent sa disponibilite.

C’est pourquoi le travail therapeutique sur le syndrome du nice guy ne se limite pas a la seduction. Il touche a la structure meme de la personnalite : l’estime de soi, les schemas relationnels, et la capacite a exister en tant qu’individu autonome dans une relation.

Le plan d’action : sortir du syndrome

1. Identifier le contrat implicite

Exercice : dans chaque relation importante de votre vie (amicale, amoureuse, familiale), demandez-vous : « Qu’est-ce que j’attends en retour de ce que je donne ? Est-ce que l’autre le sait ? » Si la reponse a la deuxieme question est non, vous operez avec un contrat implicite.

2. Pratiquer le « non »

Commencez petit. Refusez un service que vous n’avez pas envie de rendre. Exprimez un desaccord sur un sujet mineur. Observez ce qui se passe : le monde ne s’ecroule pas. La relation ne se termine pas. Et vous vous sentez etrangement plus vivant.

3. Exprimer vos desirs directement

Si quelqu’un vous plait, dites-le. Pas apres six mois d’amitie strategique. Pas par allusions. Directement, avec respect, et avec la capacite d’entendre un non. « Tu me plais » est une phrase de trois mots qui change radicalement la dynamique.

4. Tolerer l’inconfort du rejet

Le rejet fait mal. C’est neurologique — les memes zones cerebrales s’activent que lors d’une douleur physique. Mais le rejet n’est pas dangereux. Il est desagreable. La TCC fait une distinction fondamentale entre l’inconfort et le danger. Le nice guy les confond.

L’exposition progressive au rejet — demander des choses, exprimer des preferences, risquer un « non » — desensibilise progressivement et restaure la confiance dans sa capacite a survivre au refus.

5. Construire une vie qui ne depend pas de la validation feminine

Le nice guy construit souvent toute son identite autour de sa capacite a etre utile aux femmes. Quand cette utilite n’est pas recompensee par de l’amour, il est en crise existentielle.

La solution : developper des sources de satisfaction et d’identite qui ne dependent pas d’une relation amoureuse. Des projets personnels, des amities masculines solides, des passions, des objectifs professionnels.

Un homme qui a une vie riche et autonome n’a pas besoin d’acheter l’amour par la serviabilite. Il peut offrir sa gentillesse librement, sans arriere-pensee, parce qu’il n’en depend pas pour exister.

La gentillesse reste une force

Il est essentiel de terminer sur ce point. Le message de cet article n’est pas « arretez d’etre gentil ». C’est : arretez d’etre gentil a la place d’etre honnete.

La gentillesse authentique — celle qui donne sans compter, qui ecoute sans agenda, qui soutient sans condition — est une qualite profondement attractive. Mais elle ne fonctionne que lorsqu’elle coexiste avec l’honnetete, l’assertivite et le respect de soi.

L’homme qui est a la fois bienveillant ET clair, genereux ET affirme, doux ET solide, n’est pas un paradoxe. C’est un homme complet. Et c’est exactement ce que la plupart des personnes — hommes comme femmes — recherchent dans un partenaire.


Vous vous reconnaissez dans le syndrome du nice guy ? Ce n’est pas une fatalite. C’est un schema appris, et ce qui est appris peut etre desappris.

Le programme Silence accompagne les hommes qui veulent sortir des schemas de soumission relationnelle, construire une assertivite saine, et aborder les relations avec authenticite — sans manipuler, sans se renier, et sans attendre en silence.

Decouvrir le programme Silence | Me contacter

Vous vous reconnaissez dans cet article ?

Passez notre test de confiance en soi en 40 questions. 100% anonyme – Rapport PDF personnalise a 14.90 €.

Passer le test gratuitement →

A decouvrir aussi : Test de syndrome de l’imposteur (35 questions) – Rapport personnalise a 9.90 €.

6 réflexions sur “Pourquoi les ‘nice guys’ finissent derniers (et comment arrêter)”

  1. J’ai applique vos conseils pour le premier rendez-vous et ca s’est tellement mieux passe que d’habitude. Plus detendu, plus authentique.

    1. Stephanie, ravi que le contenu vous soit utile. N’hesitez pas a explorer les autres articles du blog, ils forment un ensemble coherent pour mieux comprendre vos mecanismes relationnels. Prenez soin de vous.

      Chaleureusement,
      Gildas

    1. Laura, merci pour ce message. C’est precisement mon objectif : offrir des outils concrets, bases sur la science, pour que chacun puisse avancer a son rythme. Ravi que ca vous parle.

      Chaleureusement,
      Gildas

  2. Votre approche TCC rend les choses tellement plus concretes que les articles classiques de psychologie. On sait quoi faire, pas juste quoi penser.

    1. Merci Mathieu. Votre commentaire me motive a continuer. Si un sujet vous interesse particulierement, dites-le moi, j’en ferai peut-etre un prochain article. A bientot sur le blog.

      Chaleureusement,
      Gildas

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Retour en haut