Parallel parenting : la méthode quand la co-parentalité est impossible - Psychologie et Serenite

Parallel parenting : la méthode quand la co-parentalité échoue

Parallel parenting : la méthode quand la co-parentalité est impossible

On vous a répété que vous deviez « co-parenter dans le respect de l’enfant ». On vous a dit de « mettre vos différends de côté ». On vous a conseillé de « communiquer pour le bien des petits ».

Et vous avez essayé. Vous avez vraiment essayé. Sauf que chaque conversation tourne au conflit. Chaque message est détourné. Chaque tentative de coopération est exploitée par l’autre parent pour vous contrôler, vous culpabiliser ou vous déstabiliser.

Si cette description correspond à votre réalité, la co-parentalité classique n’est pas seulement difficile. Elle est impossible. Et continuer à la forcer fait plus de mal que de bien, à vous comme à vos enfants.

Il existe une alternative. Elle s’appelle le parallel parenting — la parentalité parallèle. Et pour de nombreux parents pris dans une co-parentalité narcissique, c’est la méthode qui change tout.

Co-parentalité vs parallel parenting : deux modèles, deux réalités

La co-parentalité classique : le modèle idéal

La co-parentalité repose sur la coopération active entre les deux parents. Ils communiquent régulièrement, prennent les décisions ensemble, assistent aux mêmes événements, font front commun sur les règles éducatives. C’est le modèle que recommandent les médiateurs, les juges et les psys.

Ce modèle fonctionne quand les deux parents sont des adultes de bonne volonté qui placent le bien-être de l’enfant au-dessus de leurs conflits personnels. Dans ce cas, la co-parentalité est effectivement le meilleur arrangement pour l’enfant.

Le parallel parenting : le modèle réaliste

Le parallel parenting part d’un constat inverse : quand l’un des parents n’est pas un partenaire de coopération fiable — parce qu’il est narcissique, manipulateur, violent ou simplement incapable de séparer le conflit conjugal du rôle parental — la co-parentalité classique est non seulement inefficace mais nuisible.

Le parallel parenting consiste à réduire au strict minimum les interactions entre les parents tout en maintenant la relation de chaque parent avec l’enfant. Chaque parent gère son domaine de manière autonome. Les zones de friction sont éliminées par la structure, pas par la discussion.

A retenir : Le parallel parenting n’est pas un aveu d’échec. C’est une reconnaissance lucide que la coopération n’est possible que si les deux parties jouent le jeu. Quand l’une des parties sabote systématiquement, le désengagement relationnel protège tout le monde — les enfants inclus.

Les 6 piliers du parallel parenting

Pilier 1 : La communication strictement écrite

Toute communication entre les parents passe par l’écrit. Email, application de co-parentalité (OurFamilyWizard, Talking Parents, AppClose) ou carnet de liaison physique. Jamais par téléphone. Jamais en face à face, sauf urgence médicale.

Pourquoi c’est essentiel :
– L’écrit laisse des traces. Les paroles s’envolent — et sont réinterprétées.
– L’écrit impose un délai de réponse qui empêche les réactions émotionnelles.
– L’écrit peut être relu par un avocat, un juge ou un médiateur.

Règle pratique : Ne répondez jamais à un message dans les 30 minutes suivant sa réception. Relisez-le à froid. Appliquez le protocole BIFF (Bref, Informatif, Cordial, Ferme) détaillé dans l’article sur la co-parentalité narcissique.

Pilier 2 : Le contenu limité aux faits

Les messages ne portent que sur quatre sujets :
1. La santé de l’enfant (rendez-vous médicaux, maladies, traitements).
2. La scolarité (bulletins, réunions parents-profs, difficultés).
3. La logistique des échanges (horaires, lieux, modifications).
4. Les décisions majeures (choix d’école, interventions chirurgicales, voyages à l’étranger).

Tout le reste — les remarques sur votre vie personnelle, les critiques éducatives, les tentatives de discussion sur « ce qui s’est passé » — est ignoré. Pas débattu, pas réfuté, pas commenté. Ignoré.

Pilier 3 : L’autonomie dans chaque foyer

Chaque parent est souverain dans son foyer. Les règles de coucher, l’alimentation, le temps d’écran, les activités : chaque parent gère comme il l’entend chez lui. Vous ne pouvez pas contrôler ce qui se passe chez l’autre, et tenter de le faire est épuisant et contre-productif.

La limite : Les questions de sécurité et de santé transcendent l’autonomie. Si l’enfant est en danger physique ou psychologique chez l’autre parent, ce n’est plus du parallel parenting, c’est une affaire de protection de l’enfance.

Pilier 4 : Les échanges de garde neutres

Les moments d’échange de garde sont les moments les plus tendus. En parallel parenting, on les désactive :

  • Lieu neutre. L’école, l’activité extrascolaire, le domicile d’un tiers de confiance. Pas le seuil de la porte de l’un des parents.
  • Temps réduit. Pas de conversation. L’enfant passe d’un parent à l’autre sans que les adultes n’interagissent. Un « bonjour » suffit.
  • Pas de debriefing. L’enfant ne doit pas être interrogé sur ce qui s’est passé chez l’autre parent. « Tu as passé un bon moment ? » est la seule question acceptable.

Pilier 5 : Le recours aux tiers pour les désaccords

Quand un désaccord surgit sur une décision majeure (changement d’école, opération médicale, voyage à l’étranger), les parents ne le résolvent pas entre eux. Ils font appel à un tiers :

  • Le médiateur (si le parent narcissique est capable d’un minimum de coopération en présence d’un tiers).
  • Le coordinateur parental (professionnel encore rare en France mais en développement, qui dispose d’un pouvoir de décision délégué par le juge).
  • Le juge aux affaires familiales en dernier recours.

Pilier 6 : La documentation systématique

Tout est documenté. Pas par paranoïa, mais par prudence. Chaque échange, chaque retard de ramène, chaque non-respect d’accord, chaque propos rapporté par l’enfant. Un journal chronologique, mis à jour au fil de l’eau, est votre meilleur allié si la situation dégénère judiciairement.

A retenir : Le parallel parenting est un système, pas une attitude. Il repose sur des règles précises, appliquées de manière constante. C’est sa rigidité qui fait sa force : plus le cadre est clair, moins il y a de place pour la manipulation.

Mettre en place le parallel parenting : protocole concret

Etape 1 : Définir le plan parental écrit

Un plan parental détaillé est le document fondateur du parallel parenting. Il doit couvrir :

  • Le calendrier de garde (week-ends, vacances, jours fériés, anniversaires, fête des mères/pères). Détaillez chaque situation. L’ambiguïté est l’ennemi.
  • Les modalités d’échange (lieu, heure, qui dépose, qui récupère).
  • Le protocole de communication (quel canal, quels sujets, quel délai de réponse attendu).
  • La répartition des décisions (quotidiennes : autonomie de chaque parent. Majeures : accord des deux ou recours au juge).
  • La gestion des urgences (qui contacter, dans quel ordre).

Ce plan peut être intégré au jugement de divorce ou établi comme accord séparé homologué par le juge.

Etape 2 : Choisir l’outil de communication

Les applications de co-parentalité offrent des avantages majeurs :

ApplicationFonctionnalitésCoût
OurFamilyWizardMessages horodatés, calendrier partagé, journal de dépenses, exportable pour avocatPayant
Talking ParentsMessages non modifiables, enregistrement permanent, version gratuiteGratuit / Premium
AppCloseCalendrier, chat, partage de photosGratuit

Le choix de l’application importe moins que son utilisation systématique. L’important est que chaque échange soit tracé et non modifiable.

Etape 3 : Informer les professionnels

Prévenez les acteurs de la vie de l’enfant :

  • L’école. Fournissez une copie du jugement. Demandez à ce que les deux parents reçoivent les informations scolaires séparément.
  • Le médecin. Assurez-vous que les deux parents ont accès au carnet de santé ou aux comptes-rendus médicaux.
  • Les activités extrascolaires. Indiquez les deux parents comme contacts et les modalités de récupération.

Etape 4 : Préparer l’enfant

Adaptez le discours à l’âge, mais le message est simple : « Maman et papa ont décidé de s’organiser d’une nouvelle façon pour que tout se passe bien pour toi. Tu vas continuer à voir papa ET maman. On s’occupe de tout, tu n’as rien à gérer. »

Ne dénigrez pas l’autre parent en expliquant le changement. Ne dites pas « c’est parce que papa ne sait pas communiquer ». Dites « c’est une nouvelle organisation qui fonctionne mieux pour tout le monde. »

Gérer les situations difficiles

Quand l’autre parent refuse le parallel parenting

Le parallel parenting ne nécessite pas l’accord de l’autre parent pour la plupart de ses principes. Vous pouvez unilatéralement :

  • Passer à la communication strictement écrite.
  • Cesser de répondre aux messages hors sujet.
  • Appliquer le protocole BIFF.
  • Documenter les échanges.

Pour les aspects qui nécessitent un cadre légal (calendrier de garde, lieu d’échange), vous pouvez saisir le juge.

Quand l’enfant pose des questions

« Pourquoi tu ne parles plus à papa ? » Réponse honnête et apaisante : « Papa et moi, on a trouvé une façon de s’organiser qui fait moins de disputes. On communique par messages pour tout ce qui te concerne. Ce qui compte, c’est que tu continues à voir papa et maman comme avant. »

Quand vous craquiez et rompez le protocole

Cela arrivera. Un message de trop, une réponse émotionnelle, un coup de téléphone sous le coup de la colère. Ne vous flagellez pas. Notez ce qui s’est passé, identifiez le déclencheur, et reprenez le protocole dès le message suivant. La perfection n’est pas l’objectif. La constance, si.

Quand la situation s’améliore

Certains parents narcissiques, privés de leur source de conflit, finissent par se désengager partiellement. D’autres trouvent une nouvelle cible. Dans certains cas, avec le temps, une forme de co-parentalité plus classique redevient possible. Mais ne forcez pas cette évolution. Laissez-la venir si elle vient. Le parallel parenting peut durer des années, et c’est acceptable.

L’impact positif sur les enfants

Les recherches en psychologie familiale montrent que les enfants souffrent davantage du conflit entre les parents que de la séparation elle-même. En réduisant drastiquement les occasions de conflit, le parallel parenting produit des bénéfices mesurables :

  • Réduction de l’anxiété. L’enfant n’assiste plus aux tensions lors des échanges de garde.
  • Fin du conflit de loyauté. L’enfant n’est plus pris à témoin des disputes parentales.
  • Stabilité accrue. Chaque foyer fonctionne selon ses propres règles, prévisibles et constantes.
  • Modèle de gestion du conflit. L’enfant apprend qu’on peut gérer un désaccord sans violence ni chaos — en posant des limites et en structurant la communication.

A retenir : Le parallel parenting n’est pas une solution parfaite. C’est la meilleure solution imparfaite pour une situation impossible. Vos enfants n’ont pas besoin de parents qui s’entendent. Ils ont besoin de parents qui ne se déchirent pas devant eux.

Le rôle de l’accompagnement thérapeutique

Le parallel parenting est un cadre extérieur. Mais le travail intérieur est tout aussi important. Vivre une co-parentalité conflictuelle laisse des traces profondes sur l’estime de soi, la confiance en ses capacités parentales et la santé mentale globale.

La TCC offre des outils concrets pour :

  • Gérer les émotions déclenchées par les messages toxiques. La restructuration cognitive permet de désamorcer l’impact émotionnel des provocations.
  • Résister à l’impulsion de répondre. Les techniques de régulation émotionnelle (respiration, mise à distance, delay) renforcent votre capacité à rester dans le protocole.
  • Reconstruire l’estime de soi parentale. Le parent narcissique vous a probablement convaincu que vous étiez un mauvais parent. La TCC déconstruit cette croyance méthodiquement.
  • Protéger votre identité au-delà du conflit. Vous n’êtes pas que le parent qui lutte. Vous êtes une personne entière qui mérite aussi de vivre, de rire, de construire.

Le conflit avec votre ex épuise votre énergie et votre confiance ? En tant que psychopraticien TCC à Nantes, j’accompagne les parents dans la mise en place du parallel parenting et dans la reconstruction personnelle après une relation toxique. Le cadre protège vos enfants. La thérapie vous protège vous.

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Article rédigé par Gildas Garrec, psychopraticien TCC à Nantes. Pour aller plus loin : Co-parentalité avec un narcissique et Aliénation parentale.

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10 réflexions sur “Parallel parenting : la méthode quand la co-parentalité échoue”

    1. Merci d’avoir partage Julien. C’est comme ca que l’information circule et aide ceux qui en ont besoin. J’espere que ca aidera votre proche a y voir plus clair.

      Chaleureusement,
      Gildas

  1. La co-parentalite avec un narcissique, c’est un combat quotidien. Les 8 strategies sont super utiles, surtout le « grey rock ». Ca change tout.

    1. Ca me touche beaucoup Alexandre. Si le contenu vous aide, n’hesitez pas a le partager autour de vous. Plus on comprend nos mecanismes psychologiques, mieux on vit ensemble. Merci pour votre confiance.

      Chaleureusement,
      Gildas

    1. Sophie, merci pour ce message. C’est precisement mon objectif : offrir des outils concrets, bases sur la science, pour que chacun puisse avancer a son rythme. Ravi que ca vous parle.

      Chaleureusement,
      Gildas

  2. Merci pour les ressources concretes. J’ai commence a appliquer la methode et la communication avec mon ex est moins explosive.

    1. Merci a vous Marine pour ce retour. Savoir que mes articles aident concretement les gens est ma plus grande motivation. Continuez a prendre soin de vous, vous etes sur la bonne voie.

      Chaleureusement,
      Gildas

    1. Merci pour votre message Nathalie. Prendre le temps de commenter, c’est deja une forme d’engagement envers soi-meme. N’hesitez pas si vous avez des questions ou si vous souhaitez approfondir certains points.

      Chaleureusement,
      Gildas

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