Introduction : la fin de la relation n’est que le début de la reconstruction
Vous avez quitte une relation toxique, ou elle s’est terminée. Peut-être pensez-vous que le plus dur est passe. En réalité, pour beaucoup de survivants de relations toxiques, la période qui suit la séparation est paradoxalement plus difficile que la relation elle-même. L’absence de l’autre révèle l’ampleur des dégâts : identité brouillée, confiance brisée, schémas relationnels déformés, système nerveux conditionne a la peur.
Les recherches de Dutton et Painter (1993) sur le trauma bonding expliquent pourquoi : dans une relation toxique, un lien neurochimique puissant se créé entre la victime et l’agresseur, fonde sur un cycle intermittent de punition et de récompense. Ce lien ne se rompt pas simplement parce que la relation est terminée. Il continue d’exercer son attraction pendant des mois, parfois des années, après la séparation.
En tant que psychopraticien spécialisé en TCC, j’accompagne régulièrement des personnes dans cette phase de reconstruction post-relation toxique. Ce guide complet reunit les techniques avancees de la thérapie comportementale et cognitive qui ont fait leurs preuves dans ce contexte. Il ne s’agit pas de recettes miracles mais d’un processus structure, valide par la recherche, qui respecte votre rythme et votre vécu.
Comprendre les dégâts : ce que la relation toxique a fait a votre cerveau
Le conditionnement operant : comment votre cerveau a ete reprogramme
Une relation toxique fonctionne selon les principes du conditionnement operant, decrits par B.F. Skinner. Le partenaire toxique utilise, consciemment ou non, un schéma de renforcement intermittent : des périodes de cruaute alternent avec des moments de tendresse intense. Ce type de renforcement est le plus puissant pour créer un lien durable, comme l’ont demontre les recherches sur les mécanismes de récompense (Ferster & Skinner, 1957).
Les conséquences neurobiologiques sont mesurables. Les études de Fisher et al. (2010) en IRM fonctionnelle montrent que les personnes en phase de rupture avec un partenaire qui les a traite(e)s de manière intermittente presentent une activation du noyau accumbens et du cortex orbitofrontal, les mêmes zones activees dans les addictions aux substances. Votre cerveau a litteralement ete conditionne a associer la souffrance a la récompense.
L’erosion identitaire : quand vous ne savez plus qui vous etes
L’un des effets les plus devastateurs d’une relation toxique est la perte progressive du sens de soi. Le concept de « meurtre psychique » decrit par Shengold (1989) illustre comment un partenaire manipulateur erode systematiquement l’identité de sa victime par des mécanismes repetes :
- Le gaslighting : la mise en doute systematique de vos perceptions. « Tu imagines », « Ca ne s’est pas passe comme ca », « Tu es trop sensible. » A force, vous finissez par douter de votre propre réalité. Si vous reconnaissez ces mécanismes, notre article sur les 15 exemples concrets de gaslighting peut vous aider a les nommer.
- L’isolement progressif : eloignement de vos amis, de votre famille, de vos centres d’intérêt. Peu a peu, votre monde se réduit au partenaire toxique, qui devient votre seule référence.
- La dévalorisation : critiques répétées sur votre apparence, votre intelligence, vos competences. Ces messages, repetes quotidiennement, finissent par s’intégrer a votre image de vous-même.
- Le contrôle comportemental : decisions prises a votre place, interdictions voilees, surveillance. Vous perdez progressivement votre capacité d’initiative et votre confiance en votre jugement.
Les travaux de Coker et al. (2002) publies dans l’American Journal of Preventive Medicine montrent que les victimes de violence psychologique presentent des niveaux de stress post-traumatique comparables a ceux des victimes de violence physique. L’invisibilite des blessures ne diminue en rien leur gravite.
Le système nerveux en état d’alerte permanent
Vivre dans la peur chronique modifie le fonctionnement de votre système nerveux autonome. Les travaux de Stephen Porges sur la theorie polyvagale (2011) eclairent ce phénomène : dans une relation toxique, le système nerveux est en état d’hyperactivation sympathique permanente (mode combat-fuite) ou bascule dans un état dorsal vagal (figement, dissociation, impression de ne plus rien ressentir).
Après la séparation, ce système d’alarme ne se desactive pas automatiquement. C’est pourquoi vous pouvez sursauter au bruit d’une porte, ressentir une poussée d’anxiété en voyant un numero inconnu sur votre téléphone, ou vous figer quand quelqu’un élevé la voix. Ces réactions ne sont pas « dans votre tête » ; elles sont dans votre système nerveux, et elles necessitent un travail spécifique pour être regulees.
Phase 1 : La stabilisation (semaines 1 a 6)
Instaurer le no-contact et gérer le manque
La première étape de la reconstruction post-relation toxique est l’etablissement d’une frontière claire avec l’ex-partenaire. En TCC, nous utilisons le concept d’exposition avec prévention de la réponse : vous ressentez le manque (l’exposition), mais vous ne cedez pas a l’envie de contacter (prévention de la réponse). Chaque jour de no-contact affaiblit le circuit addictif.
Technique TCC : le tableau de prévention de la rechute
Creez un tableau a deux colonnes que vous consulterez chaque fois que l’envie de contacter votre ex surgit :
- Colonne gauche : « Ce que mon cerveau conditionne me dit » (« Il/elle me manque », « C’etait bien parfois », « Personne d’autre ne m’aimera », « Peut-être que cette fois ce sera different »).
- Colonne droite : « Ce que je sais être vrai » (faits concrets, épisodes de maltraitance, promesses non tenues, impact sur votre sante). Soyez precis : dates, mots exacts, conséquences concretes.
Les recherches de Glass (2005) montrent que l’idealisation de la relation passee est l’un des principaux facteurs de retour vers un partenaire toxique. Ce tableau fonctionne comme un ancrage dans la réalité quand le manque déformé les souvenirs.
Reguler le système nerveux : les techniques de bas en haut
Les approches « top-down » (par la pensée) sont souvent insuffisantes dans les premières semaines, car le système nerveux est trop active pour que le cortex prefrontal fonctionne efficacement. Les techniques « bottom-up » (par le corps) sont plus adaptees a cette phase :
1. La respiration 4-7-8 : inspirez sur 4 temps, retenez sur 7 temps, expirez sur 8 temps. Cette technique, validée par les travaux de Brown et Gerbarg (2005), active le nerf vague et favorise le retour au calme du système nerveux parasympathique. Pratiquez 3 cycles, 3 fois par jour.
2. L’ancrage sensoriel 5-4-3-2-1 : nommez 5 choses que vous voyez, 4 que vous touchez, 3 que vous entendez, 2 que vous sentez, 1 que vous goutez. Cette technique de grounding, utilisée dans le traitement du TSPT (Najavits, 2002), ramene l’attention au present quand les flashbacks ou l’anxiété prennent le dessus.
3. Le mouvement bilateral : marche rapide, natation, course a pied. Les mouvements lateraux alternants stimulent les deux hemispheres cerebraux et favorisent le traitement des souvenirs traumatiques, un principe utilise egalement dans l’EMDR (Shapiro, 2001).
Créer un environnement de sécurité
Votre système nerveux a besoin de signaux de sécurité pour commencer a se reguler. Herman (1992) dans Trauma and Recovery insiste sur le fait que la sécurité est le prealable absolu a tout travail de reconstruction :
- Sécurité physique : si nécessaire, changez vos serrures, bloquez les numeros, ajustez vos parametres de réseaux sociaux.
- Sécurité sociale : ractivez au moins un lien social de confiance. Une personne a qui vous pouvez dire la vérité sans être juge(e).
- Sécurité structurelle : etablissez une routine quotidienne previsible. Après des mois de chaos émotionnel, la predictibilite est thérapeutique en soi.
Phase 2 : La reconquete identitaire (semaines 6 a 16)
Qui etiez-vous avant cette relation ?
L’erosion identitaire provoquée par une relation toxique nécessite un travail actif de reconstruction. En TCC, nous utilisons la technique de la ligne de vie narrative :
Exercice : la ligne de vie
Tracez une ligne horizontale representant votre vie. Placez-y trois périodes distinctes :
- Avant la relation : quels etaient vos centres d’intérêt, vos amis, vos valeurs, vos rêves ? Quelles activités vous procuraient de la joie ? Comment vos proches vous decrivaient-ils ?
- Pendant la relation : qu’avez-vous abandonne ? Quelles croyances sur vous-même avez-vous adoptées ? Comment votre quotidien s’est-il transforme ?
- Maintenant : quels éléments de la personne « d’avant » souhaitez-vous retrouver ? Quels nouveaux aspects de vous-même souhaitez-vous développer ?
Cet exercice, inspire des travaux de White et Epston (1990) en thérapie narrative, permet de se reapproprier une histoire qui a ete confisquee par le partenaire toxique. Vous n’etes pas seulement « la victime de cette relation » ; vous etes une personne complete avec un passe, des forces et un avenir.
Demanteler les croyances installées par le partenaire toxique
Après une relation toxique, votre système de croyances est souvent contamine par les messages du partenaire. Ces croyances fonctionnent comme des introjects : des messages exterieurs que vous avez fini par intégrer comme vos propres pensées. La restructuration cognitive TCC est particulièrement efficace pour ce travail.
Exercice : le tri des croyances
Listez les croyances négatives que vous entretenez sur vous-même depuis cette relation. Pour chacune, posez trois questions :
- « A qui appartient cette voix ? » Est-ce votre propre evaluation ou le message de votre ex-partenaire ? (« Tu es nulle », « Personne ne voudra de toi », « Tu es folle/fou ».)
- « Quelles sont les preuves factuelles pour et contre ? » Pas les émotions, pas les impressions : les faits verificables.
- « Une personne bienveillante qui me connait bien serait-elle d’accord avec cette croyance ? » Contactez cette personne et verifiez.
Les recherches de Ehlers et Clark (2000) sur le TSPT montrent que les evaluations négatives post-traumatiques (« C’est de ma faute », « Je suis brisée ») sont l’un des principaux facteurs de maintien des symptômes. Les corriger par la restructuration cognitive est un levier thérapeutique majeur.
Reconstruire l’estime de soi avec la méthode des preuves cumulees
Padesky (1994) a développé la méthode du journal de données positives, particulièrement adaptee a la reconstruction de l’estime de soi après un traumatisme relationnel. Le principe est simple mais puissant :
Chaque soir, notez trois éléments qui contredisent la croyance négative principale installée par la relation toxique.
Si la croyance est « Je suis incompetent(e) », notez trois situations de la journée ou vous avez fait preuve de competence (même minimes : préparer un repas, résoudre un problème au travail, aider un collegue). Les premières semaines, cet exercice semblera artificiel. C’est normal : votre filtre attentionnel est encore calibre par le schéma toxique. Au fil des semaines, le filtre se recalibre, et les preuves de competence deviennent plus visibles naturellement.
Des études controlees (McManus et al., 2009) montrent que cette pratique produit des changements significatifs dans les croyances fondamentales en 8 a 12 semaines, même chez des patients presentant des schémas très ancres.
Phase 3 : Le traitement des blessures profondes (semaines 12 a 30)
Identifier et traiter les schémas précoces reactives
Une question essentielle se pose souvent en thérapie : pourquoi avez-vous ete vulnerable a cette relation toxique ? La réponse se trouve généralement dans des schémas précoces preexistants (Young et al., 2003) que le partenaire toxique a exploites, consciemment ou non.
Les schémas les plus fréquemment impliques dans les relations toxiques sont :
- Abandon/instabilite : la peur d’être quitte(e) pousse a tolérer l’intolerable pour « garder » l’autre.
- Carence affective : le besoin désespéré d’amour rend vulnerable aux miettes d’affection offertes de manière intermittente.
- Imperfection/honte : la croyance de ne pas meriter mieux fait accepter la maltraitance comme « normale ».
- Assujettissement : le réflexe de se soumettre aux désirs de l’autre empeche de poser des limites.
- Abnegation : le besoin de sauver l’autre justifie tous les sacrifices, même au detriment de sa propre sante.
Identifier ces schémas est crucial pour éviter de retomber dans les mêmes schémas répétitifs. Le test des schémas précoces offre un premier eclairage sur vos vulnérabilités spécifiques.
La technique de la chaise vide adaptee a la TCC
Empruntee a la Gestalt-thérapie et intégrée a la schéma-thérapie par Young, la technique de la chaise vide est un outil thérapeutique puissant pour traiter les émotions non résolues liées a la relation toxique. Arntz et Jacob (2013) ont formalise son utilisation en contexte TCC :
Exercice adapte (a pratiquer idealement avec un thérapeute) :
- Placez une chaise vide devant vous. Imaginez que votre ex-partenaire y est assis(e).
- Exprimez a voix haute tout ce que vous n’avez jamais pu dire : la colère, la douleur, l’incomprehension, la deception. Ne censurez rien.
- Changez de chaise. Prenez la place de votre « adulte sain » et repondez a votre propre souffrance avec compassion et validite : « Tu avais raison de souffrir. Ce n’etait pas normal. Tu merites mieux. »
- Revenez a votre chaise initiale et formulez ce dont vous avez besoin maintenant pour avancer.
Les études de Greenberg et Foerster (1996) montrent que ce type d’exercice émotionnel réduit significativement les émotions non résolues et favorise le processus de deuil de la relation.
Le retraitement cognitif des souvenirs traumatiques
Certains souvenirs de la relation toxique peuvent rester « bloques » dans le système nerveux, generant des flashbacks, des cauchemars ou des réactions émotionnelles intenses quand un élément de l’environnement les evoque. La technique de retraitement cognitif (Resick et al., 2002) est specialement concue pour ce type de blessure :
Étape 1 : Identification des stuck points. Ce sont les croyances rigides formees autour du trauma : « C’est de ma faute », « J’aurais du voir les signes », « Je ne peux faire confiance a personne ».
Étape 2 : Questionnement socratique. Pour chaque stuck point, posez les questions classiques de la TCC : quelles sont les preuves pour et contre ? Y a-t-il une interpretation alternative ? Est-ce que je confonds un sentiment avec un fait ?
Étape 3 : Reformulation équilibrée. Remplacez le stuck point par une croyance plus nuancee. « C’est de ma faute » devient « J’ai fait les meilleurs choix possibles avec les informations que j’avais a l’époque. La responsabilite de la maltraitance appartient a celui qui maltraite. »
Le Cognitive Processing Therapy (CPT), valide par de nombreux essais contrôles randomises (Resick et al., 2017), est l’un des traitements de première ligne pour le TSPT. Son efficacité a ete demontree spécifiquement chez les victimes de violence conjugale par Iverson et al. (2011).
Phase 4 : La reconstruction relationnelle (mois 6 a 12)
Recalibrer le detecteur de toxicité
Après une relation toxique, votre système de detection des dangers relationnels est souvent mal calibre : soit il sonne en permanence (hypervigilance qui vous empeche de faire confiance a quiconque), soit il est desactive (vous ne detectez plus les signaux d’alerte car vous avez ete conditionne(e) a les normaliser).
Exercice : la grille des signaux relationnels
Construisez une grille a trois colonnes que vous utiliserez comme référence dans vos interactions :
- Colonne verte (signaux sains) : respect de vos limites, coherence entre paroles et actes, gestion saine des conflits, absence de pression, encouragement de votre autonomie.
- Colonne orange (signaux d’alerte) : critiques deguisees en humour, minimisation de vos émotions, isolement progressif de vos proches, pression pour accélérer l’engagement, jalousie présentée comme de l’amour.
- Colonne rouge (signaux de danger) : gaslighting, contrôle financier ou social, menaces voilees, violence verbale, cycles de rupture/réconciliation intenses. Pour une liste exhaustive, notre article sur les signes d’emprise relationnelle constitue une référence utile.
Les travaux de Bancroft (Why Does He Do That?, 2002) soulignent que la detection précoce des signaux toxiques est la meilleure protection contre une nouvelle relation destructrice.
L’exposition graduee a la confiance
Refaire confiance après une trahison profonde est un processus qui demande du temps et de la méthode. En TCC, nous utilisons l’exposition graduee : vous ne passez pas de « je ne fais confiance a personne » a « je fais confiance aveuglement ». Vous construisez la confiance par paliers, en observant les comportements de l’autre :
- Niveau 1 : confiance sociale minimale (partager un avis sur un sujet léger, accepter une invitation sans enjeu émotionnel).
- Niveau 2 : confiance moderee (partager une difficulté personnelle non critique, demander un petit service).
- Niveau 3 : confiance émotionnelle (exprimer une vulnérabilité, partager une peur ou une blessure).
- Niveau 4 : confiance profonde (s’engager dans une relation sentimentale, compter sur l’autre pour des besoins importants).
A chaque niveau, evaluez la réponse de l’autre. La confiance n’est pas un acte de foi ; c’est une decision informee par des preuves comportementales accumulees. Les recherches de Lewicki et Bunker (1996) montrent que la confiance reconstruite de manière incrementale est plus solide et plus resiliente que la confiance naive initiale.
Reconnaître et cultiver les relations saines
Après une relation toxique, les relations saines peuvent sembler « ennuyeuses » ou « trop faciles ». Ce ressenti est un vestige du conditionnement : votre cerveau associe l’intensite émotionnelle (y compris la souffrance) a l’amour. Le travail consiste a reapprendre ce qu’est une relation saine :
- Une relation saine est previsible, pas ennuyeuse.
- Une relation saine est calme, pas insipide.
- Une relation saine implique du respect mutuel, pas du drame.
- Une relation saine permet le desaccord sans menace d’abandon.
- Une relation saine encourage votre autonomie, elle ne la restreint pas.
Gottman et Silver (2015) ont identifie que les couples satisfaits presentent un ratio de 5 interactions positives pour 1 négative. Si votre précédente relation inversait ce ratio, il est normal que l’équilibre sain vous semble étranger au début. Donnez-vous le temps de vous y habituer.
Techniques TCC avancees pour la reconstruction
La defusion cognitive (ACT)
La defusion cognitive, issue de la thérapie d’acceptation et d’engagement (ACT, Hayes et al., 1999), est particulièrement utile quand les pensées toxiques introjetes persistent malgre la restructuration cognitive classique. Le principe : au lieu de combattre la pensée (« Je suis nulle » → « Non, je suis competente »), vous changez votre relation a la pensée.
Exercice : la technique « J’ai la pensée que… »
Quand une croyance toxique surgit, reformulez-la en ajoutant le prefixe :
- « Je suis incapable » → « J’ai la pensée que je suis incapable. »
- « Personne ne m’aimera » → « Mon esprit me raconte l’histoire que personne ne m’aimera. »
Cette simple reformulation créé une distance psychologique entre vous et la pensée. Les études de Masuda et al. (2004) montrent que la defusion réduit significativement la credibilite et l’impact émotionnel des pensées négatives.
L’activation comportementale ciblant les valeurs
L’activation comportementale (Jacobson et al., 2001), initialement développée pour la dépression, est un outil precieux dans la reconstruction post-relation toxique. Le principe : plutot que d’attendre de « se sentir mieux » pour agir, vous agissez en accord avec vos valeurs et les émotions positives suivent.
Exercice : la semaine des valeurs retrouvees
Identifiez trois valeurs fondamentales que la relation toxique vous a empeche(e) de vivre (créativité, amitie, aventure, apprentissage, sante…). Pour chaque valeur, planifiez une action concrete dans la semaine :
- Valeur « créativité » : inscription a un atelier de peinture, reprise d’un instrument de musique.
- Valeur « amitie » : appel a un(e) ami(e) perdu(e) de vue, proposition de dejeuner.
- Valeur « aventure » : randonnee dans un lieu nouveau, découverte d’un quartier inconnu.
Chaque action accomplie est une reconquete de votre identité. Dimidjian et al. (2006) ont demontre que l’activation comportementale est aussi efficace que les antidepresseurs pour les cas de dépression moderee a sévère, ce qui en fait un outil de premier plan dans la reconstruction.
L’imagerie de rescripting
L’imagerie de rescripting (Arntz & Weertman, 1999) est une technique avancee qui permet de modifier la charge émotionnelle associée aux souvenirs traumatiques de la relation :
Protocole (a pratiquer avec un thérapeute forme) :
- Revisitez un souvenir douloureux de la relation en imagination, en le revivant du point de vue de l’époque.
- Introduisez dans la scene votre « vous actuel » (l’adulte sain, fort des apprentissages de la thérapie).
- Imaginez que votre vous actuel intervient dans la scene : protege le vous vulnerable, confronte le partenaire toxique, dit les mots que vous n’avez pas pu dire.
- Laissez la scene se transformer jusqu’a une conclusion ou vos besoins sont satisfaits.
Les études de Wild et Clark (2011) et de Morina et al. (2017) confirment que l’imagerie de rescripting réduit significativement les symptômes post-traumatiques, la honte et la culpabilite associées aux souvenirs douloureux.
Le calendrier de reconstruction : a quoi s’attendre
La reconstruction n’est pas lineaire. Les études longitudinales de Anderson et al. (2003) montrent que le rétablissement après une relation abusive suit une courbe avec des plateaux et des reculs temporaires. Voici un calendrier indicatif :
- Mois 1-2 : le manque est intense, le doute omnipresent. C’est la phase la plus difficile. Priorite : stabilisation et no-contact.
- Mois 3-4 : les premières fenetres de clarte apparaissent. Vous commencez a voir la relation avec plus de lucidite. La colère emerge souvent a cette étape : c’est un signe sain.
- Mois 5-8 : le travail identitaire porte ses fruits. Vous redecouvrez des parts de vous que vous pensiez perdues. Les rechutes émotionnelles sont encore possibles mais moins intenses et plus courtes.
- Mois 9-12 : une nouvelle équilibre se construit. Vous etes capable de relations plus saines. Les souvenirs de la relation toxique perdent progressivement leur charge émotionnelle.
- Au-dela : la croissance post-traumatique. Tedeschi et Calhoun (2004) ont demontre que de nombreuses personnes rapportent un développement personnel significatif après avoir traverse et integre un traumatisme : plus grande appreciaton de la vie, relations plus authentiques, sentiment de force personnelle.
FAQ : vos questions sur la reconstruction post-relation toxique
Combien de temps faut-il pour se reconstruire après une relation toxique ?
Il n’existe pas de durée universelle. Les facteurs qui influencent la vitesse de reconstruction incluent la durée de la relation, l’intensite de la toxicité, la présence de schémas précoces prealables, le soutien social disponible et l’engagement dans un processus thérapeutique. En moyenne, les études suggerent que les symptômes les plus aigus s’attenuent en 6 a 12 mois avec un accompagnement adapte (Johnson et al., 2014). Certaines blessures plus profondes peuvent necessiter un travail plus long.
Est-il normal de vouloir retourner avec son ex toxique ?
Non seulement c’est normal, mais c’est neurobiologiquement previsible. Le trauma bonding créé un lien comparable a une addiction (Fisher et al., 2010). Le manque que vous ressentez n’est pas de l’amour ; c’est un sevrage neurochimique. Comme toute forme de sevrage, il est temporaire. Chaque jour de no-contact affaiblit le circuit addictif.
La TCC est-elle suffisante pour se reconstruire après une relation toxique ?
La TCC est l’un des traitements les plus valides scientifiquement pour les sequelles de relations toxiques, notamment grâce àu Cognitive Processing Therapy (Resick et al., 2017). Cependant, selon la gravite des traumatismes, une approche integrative combinant TCC, schéma-thérapie et, si nécessaire, EMDR peut être recommandée. L’essentiel est de travailler avec un professionnel forme a la prise en charge des traumatismes relationnels.
Comment savoir si je suis prêt(e) pour une nouvelle relation ?
Quelques indicateurs : vous pouvez penser a votre ex sans détresse émotionnelle intense ; vous avez retrouve un sentiment d’identité stable ; vous etes capable de poser des limites ; vous reconnaissez les signaux d’alerte relationnels ; votre désir de relation vient d’un souhait de partage et non d’un besoin de combler un vide. Si le doute persiste, un test d’evaluation de relation toxique peut vous aider a faire le point.
Passez a l’action : commencez votre reconstruction aujourd’hui
La reconstruction post-relation toxique est un processus exigeant mais profondement transformateur. Vous n’etes pas condamne(e) a revivre les mêmes schémas. Avec les bons outils, un accompagnement adapte et votre propre courage, vous pouvez non seulement guerir mais construire une vie relationnelle plus riche et plus authentique que ce que vous imaginiez possible.
Pour commencer votre parcours de reconstruction, je vous invite a realiser notre test de detection de relation toxique pour prendre là mesure de l’impact de votre expérience. Vous pouvez egalement explorer le test de stress post-traumatique pour évaluer les sequelles eventuelles, ainsi que le test des schémas précoces pour identifier les vulnérabilités a travailler en profondeur.
Si vous ressentez le besoin d’un accompagnement professionnel structure, n’hesitez pas a prendre rendez-vous pour un premier entretien. Chaque pas vers la reconstruction est un pas vers vous-même.
Avertissement : Cet article est publie a titre informatif et ne remplace en aucun cas une consultation avec un professionnel de sante mentale. Si vous etes actuellement dans une relation violente ou si vous traversez une crise, contactez le 3919 (Violences Femmes Info) ou le 3114 (numero national de prévention du suicide). Ces services sont gratuits et confidentiels. Si vous etes en danger immédiat, appelez le 15 ou le 112.
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