Pourquoi on trompe : les 6 raisons psychologiques de l’infidélité
« Comment a-t-il pu faire ca ? » « Pourquoi elle est allee voir ailleurs alors que tout allait bien ? » « Est-ce que je n’etais pas assez ? »
Ces questions, je les entends chaque semaine en consultation. Elles sont naturelles, légitimes, et souvent les premières a émerger après la découverte d’une infidélité. Mais elles partent d’une premisse qui merite d’être examinee : l’idée que l’infidélité serait un verdict sur la qualite de la relation ou sur la valeur de la personne trompee.
La réalité est plus complexe. L’infidélité n’est presque jamais un accident, mais elle n’est pas non plus une simple question de désir physique ou de manque d’amour. Derriere chaque passage a l’acte se cache une motivation psychologique profonde — une motivation que la personne infidele elle-même ne comprend pas toujours.
Je suis Gildas Garrec, psychopraticien spécialisé en TCC a Nantes, et j’accompagne des individus et des couples confrontes a l’infidélité. Cet article n’a pas pour vocation de justifier la tromperie ni de dedouaner quiconque.
Il vise a éclairer les mécanismes psychologiques en jeu — parce que comprendre le « pourquoi » est souvent la première étape pour avancer, que l’on soit la personne trompee ou la personne qui a trompe.
Ce que la science nous dit sur l’infidélité
Avant d’entrer dans les 6 raisons, posons quelques repères. Selon l’enquête IFOP 2025 sur la sexualite des Francais, 46 % des hommes et 32 % des femmes declarent avoir déjà été infideles au cours de leur vie.
Ces chiffres, stables depuis plusieurs années, rappellent que l’infidélité n’est pas un phénomène marginal — c’est un fait humain recurrent, present dans toutes les cultures et toutes les époques.
La neuroscientifique Helen Fisher, dont les travaux sur la biologie de l’amour font référence, a identifie trois systèmes cerebraux distincts lies a la vie amoureuse : le désir sexuel (testosterone/oestrogene), l’amour romantique (dopamine) et l’attachement (ocytocine/vasopressine).
Ces trois systèmes ne sont pas toujours alignes. On peut être profondement attache a son ou sa partenaire tout en eprouvant un désir intense pour une autre personne. Ce n’est pas une excuse — c’est un fait neurobiologique.
Esther Perel, psychotherapeute de couple et auteure de The State of Affairs, le résumé ainsi : « L’infidélité ne signifie pas toujours que quelque chose ne va pas dans le couple. Parfois, elle révèle que quelque chose ne va pas dans la personne. »
C’est cette dimension individuelle que nous allons explorer.
Les 6 raisons psychologiques de l’infidélité
1. Le besoin de validation narcissique
C’est probablement la motivation la plus frequente, et la plus difficile a admettre. La personne ne cherche pas necessairement une meilleure relation ou un meilleur partenaire. Ce qu’elle cherche, c’est la confirmation qu’elle est encore désirable, seduisante, importante.
Au sein d’un couple installe, les compliments se rarefient. La routine s’installe. Le regard de l’autre, autrefois admiratif et enthousiaste, devient familier. Pour certaines personnes dont l’estime de soi repose en grande partie sur la validation externe, cette normalisation est vecue comme un rejet implicite.
La rencontre extraconjugale offre alors un miroir flatteur : « Tu es fascinant(e) », « Je n’ai jamais rencontre quelqu’un comme toi. » En TCC, on identifie ici un schéma de dépendance a l’approbation : la valeur personnelle est conditionnee au regard des autres, et un seul regard ne suffit plus.
Ce que cela révèle : une fragilite narcissique qui existait avant la relation et que la relation n’a pas créée.
2. L’évitement de l’intimite véritable
Cela peut sembler paradoxal : comment une relation intime avec une tierce personne pourrait-elle être un moyen d’éviter l’intimite ? Parce que l’intimite véritable — celle qui implique de se montrer vulnerable, imparfait, dépendant — est terrifiante pour certaines personnes.
La relation extraconjugale, par nature, est compartimentee. On ne partage pas les factures, les disputes sur l’éducation des enfants, les angoisses a 3h du matin. On partage la version la plus légère, la plus seduisante de soi-même. C’est une intimite sans les risques de l’intimite.
Les personnes qui presentent un style d’attachement evitant sont particulièrement vulnerables a ce mécanisme. L’infidélité leur permet de maintenir une distance émotionnelle avec leur partenaire principal tout en satisfaisant leur besoin de connexion humaine — mais a dose contrôlée.
Ce que cela révèle : une peur de la vulnérabilité et de la dépendance affective, souvent enracinée dans l’enfance.
3. L’addiction a là nouveaute et au rush de dopamine
Helen Fisher l’a démontré dans ses travaux d’imagerie cérébrale : les debuts d’une relation amoureuse activent le circuit de la récompense du cerveau de manière quasi identique a la cocaine. Dopamine, norepinephrine, serotonine : le cocktail neurochimique de la passion naissante est puissant, enivrant, et — c’est la le problème — temporaire.
Au bout de 18 a 36 mois en moyenne, ce cocktail s’attenue. L’amour romantique evolue vers l’attachement, plus calme, plus stable, mais aussi moins electrisant. Pour certaines personnes, cette transition est vecue comme une perte. Le quotidien conjugal, même heureux, ne produit plus le même rush.
L’infidélité offre alors un reset neurochimique : la clandestinite, là nouveaute, l’interdit amplifient encore la decharge de dopamine. Certaines personnes developpent une véritable dépendance a cette intensite, enchainant les aventures non pas par manque d’amour, mais par incapacite a tolérer le calme.
En TCC, on parle de recherche de sensations et de faible tolérance a l’ennui. Ces schémas sont souvent correles a des traits d’impulsivité et, dans certains cas, a des troubles de la personnalite narcissique ou borderline.
Ce que cela révèle : une difficulté a differencier l’excitation de l’amour, et a investir la profondeur plutot que l’intensite.
4. La vengeance inconsciente
« Tu m’as fait du mal, alors je te fais du mal. » Cette motivation est rarement formulée aussi clairement, mais elle est bien présenté dans un nombre significatif de cas d’infidélité.
Il peut s’agir d’une vengeance après une infidélité antérieure du ou de la partenaire, mais aussi d’une vengeance plus diffuse : envers un manque d’attention chronique, une humiliation répétée, un déséquilibre de pouvoir dans le couple.
La personne ne cherche pas tant le plaisir que la réparation symbolique d’une blessure. « Si je ne compte pas pour toi, je vais compter pour quelqu’un d’autre. » C’est un acte de communication — maladroit, destructeur, mais un acte de communication tout de même.
En TCC, on repère ici des schémas d’injustice et de frustration accumulee. La personne n’a pas les outils pour exprimer sa souffrance directement (assertivite) et recourt a un comportement indirect dont les conséquences depassent largement l’intention initiale.
Ce que cela révèle : des conflits non resolus dans le couple, un déficit de communication, et parfois un historique de blessures non traitees. Si vous reconnaissez cette dynamique, un travail en thérapie de couple peut permettre de demonter ce mécanisme avant qu’il ne cause des dégâts irreparables.
5. La crise identitaire
La quarantaine arrive. Les enfants grandissent. La carrière stagne ou, au contraire, culmine. Et soudain, une question surgit : « Est-ce que cette vie est vraiment la mienne ? Est-ce que j’ai choisi tout ca, ou est-ce que je me suis laisse porter ? »
La crise de milieu de vie — ou toute crise identitaire majeure — est un terreau fertile pour l’infidélité. Non pas parce que la personne n’aime plus son ou sa partenaire, mais parce qu’elle ne se reconnait plus elle-même.
L’aventure extraconjugale devient alors un acte de reinvention : « Avec cette personne, je suis quelqu’un d’autre. Quelqu’un de plus libre, de plus jeune, de plus vivant. »
Esther Perel observe que dans ces cas, « la personne ne cherche pas un autre partenaire. Elle cherche une autre version d’elle-même. »
Cette dynamique est particulièrement douloureuse pour la personne trompee, parce qu’elle donne l’impression que toute la vie construite ensemble est remise en question. Or ce n’est souvent pas le couple qui est en cause — c’est la relation de la personne avec elle-même.
Ce que cela révèle : un besoin d’exploration identitaire qui aurait pu, dans l’ideal, être exprime et accompagne au sein du couple plutot que dans la clandestinite.
6. La compensation d’un manque affectif
C’est la raison la plus « comprehensible » aux yeux de beaucoup, mais elle merite d’être examinee avec nuance. Oui, certaines personnes trompent parce qu’elles souffrent d’un déficit affectif, sexuel ou émotionnel dans leur couple. L’absence de tendresse, de desire, de conversations profondes, de complicité — ces manques sont réels et douloureux.
Cependant, la TCC nous apprend a distinguer le manque réel du manque percu. Certaines personnes ont des attentes affectives si élevées qu’aucun partenaire ne peut les combler.
D’autres interpretent la moindre baisse de demonstration affective comme un abandon. Et d’autres encore n’ont jamais communique leurs besoins a leur partenaire, partant du principe que « si il/elle m’aimait vraiment, il/elle saurait. »
L’infidélité motivée par un manque affectif est souvent un signal d’alarme — non pas que le couple est condamne, mais qu’une conversation essentielle n’a jamais eu lieu.
Ce que cela révèle : un déséquilibre dans les besoins affectifs du couple qui meritait d’être nomme et travaille, idéalement avant le passage a l’acte.
Infidélité physique, émotionnelle, numérique : les frontières bougent
Il est important de noter que ces 6 motivations ne concernent pas uniquement l’infidélité physique. La tromperie émotionnelle — partager une intimite profonde avec une personne exterieure au couple — et l’infidélité numérique — sexting, echanges sur les applications, flirt en ligne — repondent souvent aux mêmes mécanismes psychologiques.
Les enquêtes IFOP 2025 montrent d’ailleurs que 28 % des personnes en couple considerent le sexting comme une forme d’infidélité, tandis que 34 % jugent les conversations émotionnelles intimes avec une tierce personne plus graves qu’une aventure purement physique.
Ce que l’infidélité ne dit PAS
Comprendre les motivations de l’infidélité, c’est aussi savoir ce qu’elle ne signifie pas :
- Elle ne signifie pas que la personne trompee est insuffisante. L’infidélité parle davantage de la personne qui trompe que de celle qui est trompee.
- Elle ne signifie pas que l’amour a disparu. Beaucoup de personnes infideles aiment sincèrement leur partenaire. C’est deroutant, mais c’est un fait clinique.
- Elle ne signifie pas que le couple est condamne. 63 % des couples restent ensemble après une infidélité, et une partie significative en sort renforcée — a condition de faire un travail en profondeur.
- Elle ne signifie pas que la personne infidele est « mauvaise ». Elle est humaine, faillible, et souvent en souffrance elle aussi. Ce constat n’annule pas la responsabilite, mais il permet de sortir du schéma simpliste victime/bourreau.
Comment avancer : l’approche TCC
Que vous soyez la personne trompee ou la personne qui a trompe, la TCC offre un cadre structure pour travailler sur les racines de l’infidélité :
Si vous avez été trompe(e) :**
– Comprendre que le trauma de la trahison est un véritable choc psychologique qui merite un accompagnement
– Apprendre a reconstruire la confiance si vous choisissez de rester, ou à traverser le deuil amoureux si vous choisissez de partir
– Travailler sur les pensées intrusives et les ruminations qui suivent la découverte
Si vous avez trompe :
– Identifier la motivation réelle parmi les 6 decrites dans cet article
– Comprendre les schémas cognitifs sous-jacents (besoin de validation, évitement, impulsivité)
– Développer des stratégies comportementales alternatives pour répondre au besoin initial sans recourir a l’infidélité
Dans les deux cas :
– Un travail individuel est souvent nécessaire avant ou en parallele du travail de couple
– La communication honnete — aussi douloureuse soit-elle — est la seule voie de reconstruction
Quand consulter ?
Si vous traversez une situation d’infidélité, que vous soyez dans le doute, la douleur, ou la culpabilite, un accompagnement professionnel peut vous aider a y voir plus clair. Non pas pour juger, mais pour comprendre. Non pas pour choisir a votre place, mais pour vous donner les outils de votre propre décision.
Je recois en cabinet a Nantes et en visio pour des seances individuelles et des seances de couple. La première étape est souvent la plus difficile : oser en parler.
A lire aussi :
– Infidélité : le guide complet pour comprendre et agir — L’article pilier sur l’infidélité
– Surmonter une infidélité en couple : les 5 étapes — Le protocole concret de reconstruction
– Le trauma de la trahison — Quand l’infidélité déclenché un SSPT
–**
Infidélité numérique : quand le téléphone detruit le couple — La tromperie a l’ere digitale
– Peut-on pardonner une infidélité ? — Les conditions du pardon véritable
– Les réseaux sociaux et le couple — Comment protéger sa relation du numérique
– Se libérer d’une relation toxique — Quand l’infidélité répétitive est un signe de toxicité
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