Ghosting, breadcrumbing : quand les apps normalisent la cruauté
Gildas Garrec—Psychopraticien TCC—
This article is available in French only.
Par Gildas Garrec, psychopraticien TCC a Nantes
Il y a vingt ans, disparaitre sans explication après trois rendez-vous n’avait pas de nom. Maintenant, on appelle ca du ghosting. Entretenir l’intérêt de quelqu’un sans intention de s’engager était simplement considère comme de la malhonnetete. Aujourd’hui, c’est du breadcrumbing, et c’est devenu si courant qu’on en parle avec un haussement d’epaules.
Les applications de rencontre n’ont pas invente la cruaute relationnelle. Mais elles l’ont industrialisee, normalisee, et dotee d’un vocabulaire propre. Ce lexique grandissant — ghosting, orbiting, zombieing, benching — n’est pas une mode linguistique. C’est le symptôme d’une transformation profonde dans la manière dont les êtres humains se traitent mutuellement quand un écran s’interpose entre eux.
Voici dix comportements toxiques que les applications ont rendus banals, leur impact psychologique, et les réponses que propose la thérapie cognitive et comportementale.
Ces comportements ont laisse des traces sur votre confiance relationnelle ? Un accompagnement TCC peut vous aider a reconstruire des bases saines. Prendre rendez-vous
Articles lies : – Apps de rencontre et sante mentale : le guide complet (article pilier) – Ghosting et breadcrumbing : comprendre et s’en remettre – Situationship : quand la relation refuse de se définir
1. Ghosting : la disparition sans explication
Définition : Cesser toute communication avec une personne sans avertissement ni explication. Plus de messages, plus de réponses, plus rien. Comme si la personne n’avait jamais existe. Impact psychologique : Le ghosting est particulièrement destructeur parce qu’il prive la personne de cloture. Le cerveau humain a besoin de comprendre pourquoi les choses se terminent. Sans explication, il comble le vide par les pires hypothèses : « Je n’etais pas assez bien », « J’ai dit quelque chose de mal », « Il y a quelque chose qui ne va pas chez moi. » L’absence de réponse est interpretee comme une réponse — la pire possible. Des recherches montrent que le rejet social active les mêmes zones cérébrales que la douleur physique. Le ghosting ajoute a cette douleur l’incertitude, qui est psychologiquement plus difficile a gérer qu’une mauvaise nouvelle claire. Réponse TCC : Comprendre que le ghosting informe sur l’autre, pas sur soi. Travailler sur la tolérance a l’ambiguite. Se donner une règle personnelle : après 48 heures sans réponse, considérer que la page est tournee. Ne pas relancer au-dela d’un message.2. Breadcrumbing : les miettes d’attention
Définition : Envoyer des signaux d’intérêt sporadiques — un message de temps en temps, un like sur une photo, un emoji — juste assez pour maintenir l’espoir, sans jamais concretiser. La personne ne s’engage pas, mais ne disparait pas non plus. Impact psychologique : Le breadcrumbing exploite le même mécanisme que les machines a sous : la récompense intermittente. Chaque miette d’attention reactive l’espoir et la dopamine. La personne reste en attente, suspendue a la prochaine manifestation, incapable d’avancer parce que « peut-être que cette fois… » C’est une forme de manipulation passive qui maintient l’autre dans un état de disponibilite émotionnelle sans contrepartie. Le cout psychologique est une érosion lente de l’estime de soi et un sentiment croissant de ne pas meriter mieux que des miettes. Réponse TCC : Identifier le pattern. Nommer le comportement (« C’est du breadcrumbing, pas de l’intérêt réel »). Se poser la question : « Est-ce que cette personne fait des actions concretes pour me voir, ou seulement des gestes symboliques ? » Établir un seuil clair : si aucune rencontre n’est proposee après deux semaines d’echanges, mettre fin a la conversation.3. Orbiting : le fantome qui regarde vos stories
Définition : Après avoir cesse tout contact direct, continuer a interagir avec le contenu de la personne sur les réseaux sociaux. Regarder ses stories Instagram, liker ses publications, sans jamais répondre aux messages. Impact psychologique : L’orbiting entretient une présence ambigue. La personne n’est ni partie ni présenté. Elle observe depuis la peripherie, ce qui empêche l’autre de faire son deuil relationnel. « S’il regarde mes stories, c’est qu’il s’interesse encore, non ? » Non, pas necessairement. Mais le cerveau, avide de sens, interprete chaque interaction passive comme un signal. Réponse TCC : Restreindre l’accès. Bloquer ou limiter la visibilite de ses contenus pour la personne en question. Ce n’est pas de la mesquinerie, c’est de l’hygiene psychologique. Si quelqu’un ne fait pas partie de votre vie, il n’a pas besoin d’en être spectateur.4. Zombieing : le retour des morts
Définition : Reapparaitre après une période de ghosting, comme si de rien n’était. Un message désinvolte — « Hey, ca va ? Ca fait longtemps ! » — après des semaines ou des mois de silence radio. Impact psychologique : Le zombieing est déstabilisant parce qu’il reactive d’un coup tout ce qui avait été peniblement enterre : l’espoir, la confusion, la blessure du ghosting initial. Et souvent la tentation de répondre, parce que le cerveau préféré la familiarite (même douloureuse) a l’inconnu. Réponse TCC : Avant de répondre, se poser la question : « Qu’est-ce qui a change ? » Si la personne ne fournit pas spontanement une explication pour sa disparition et un changement de comportement credible, le schéma se repetera. La règle : le bénéfice du doute ne se donne qu’une fois.5. Benching : la salle d’attente émotionnelle
Définition : Maintenir quelqu’un « au chaud » — suffisamment d’echanges pour ne pas disparaitre, mais aucun engagement concret. La personne est « sur le banc », en reserve, au cas ou une option meilleure ne se presenterait pas. Impact psychologique : Être sur le banc de touche d’une personne, c’est être réduit au statut d’option. Le message implicite est : « Tu me plais assez pour que je ne t’efface pas, mais pas assez pour que je te choisisse. » Ce statut intermediaire génère de l’insecurite chronique et un sentiment de valeur conditionnelle. Réponse TCC : Refuser le statut d’option. Poser des questions directes : « Est-ce qu’on se voit cette semaine ? » Si la réponse est systematiquement evasive, agir en conséquence. Une personne qui veut vous voir trouve du temps. Une personne qui vous bench trouve des excuses.6. Love bombing digital : l’inondation affective
Définition : Bombarder une personne d’attention, de compliments, de messages, de declarations précoces, des les premiers echanges. « Tu es incroyable », « Je n’ai jamais ressenti ca », « Je suis déjà accro a toi » — après trois jours de conversation. Impact psychologique : Le love bombing est seduisant parce qu’il répond a un besoin fondamental de reconnaissance. Mais son intensite est disproportionnee par rapport au temps de connaissance réel. C’est un piège : l’autre n’est pas amoureux de vous (il ne vous connait pas), il est amoureux de l’idée de vous, ou il utilise l’intensite émotionnelle comme outil de contrôle. Quand le love bombing s’arrete — et il s’arrete toujours — le contraste est vécu comme un abandon. La personne qui en a été la cible se retrouve en manque d’une intensite qui n’était pas de l’amour, mais de la stimulation. Réponse TCC : Se mefier de ce qui va trop vite. L’attachement sain se construit progressivement. Un indicateur fiable : la coherence entre les mots et les actions dans la durée. Les compliments excessifs au jour 3 ne valent rien si les efforts disparaissent au jour 30.7. Situationship : la relation sans nom
Définition : Une relation qui a toutes les apparences d’un couple — intimite physique, sorties, messages quotidiens — mais sans aucune définition officielle. « On est quoi exactement ? » « C’est complique. » « On se prend pas la tête. » Impact psychologique : L’ambiguite prolongée est anxiogene. La personne investit emotionnellement dans quelque chose qui n’a pas de cadre, pas de sécurité, pas de réciprocité garantie. Demander une définition est percu comme « mettre la pression ». Ne pas demander, c’est accepter l’inconfort permanent. C’est une impasse. Réponse TCC : L’ambiguite qui dure plus de quelques semaines n’est pas un signe de prudence, c’est un signe de desengagement. Il est sain et nécessaire de poser la question. La réponse — ou l’absence de réponse — est une information precieuse. Mieux vaut une clarte inconfortable qu’un flou confortable qui dure des mois.8. Roster dating : la rotation strategique
Définition : Frequenter délibérément plusieurs personnes en parallele, comme une « rotation » de rendez-vous, souvent présentée comme une stratégie d’auto-protection : « Je ne mets pas tous mes oeufs dans le même panier. » Impact psychologique : Pour la personne qui pratique le roster dating, la stratégie empêche l’attachement profond et maintient une distance émotionnelle de sécurité. Pour les personnes qui en sont l’objet sans le savoir, elle génère un sentiment d’interchangeabilite et de commodification. Réponse TCC : La question centrale est celle de l’intention. Explorer activement plusieurs options avant de s’engager est raisonnable. Maintenir un roster comme stratégie permanente pour éviter la vulnérabilité est un mécanisme d’évitement. Le travail thérapeutique porte sur ce qui rend l’engagement si menaçant.9. Cushioning : le filet de sécurité
Définition : Entretenir des contacts flirtatifs avec d’autres personnes pendant une relation etablie, « au cas ou » la relation actuelle ne fonctionnerait pas. Avoir un plan B prêt a être active. Impact psychologique : Le cushioning révèle une incapacite a investir pleinement dans une relation. La personne qui en est victime ressent souvent intuitivement que quelque chose ne va pas, sans pouvoir le nommer. Quand le cushioning est découvert, la confiance est devastee — non pas par une infidélité physique, mais par la révélation que l’autre avait un pied dehors depuis le début. Réponse TCC : Pour la personne qui pratique le cushioning, explorer les croyances sous-jacentes : « Les relations finissent toujours mal », « Je ne peux compter que sur moi-même », « Si je m’investis complètement, je souffrirai. » Pour la personne qui le subit : faire confiance a son intuition quand quelque chose semble déséquilibre.10. Haunting : la présence silencieuse après la fin
Définition : Après une rupture ou un ghosting, maintenir une présence silencieuse sur tous les réseaux de l’autre personne. Regarder ses stories, visiter son profil, parfois liker un ancien post — sans jamais reprendre contact directement. Impact psychologique : Le haunting empêche la guerison. Savoir que l’autre est la, quelque part dans l’ombre numérique, empêche la cloture. C’est comme sentir qu’on est observe sans voir par qui. L’anxiété générée est diffuse mais persistante. Réponse TCC : Le blocage n’est pas un acte d’hostilite. C’est un acte de sante mentale. Si la présence d’une personne sur les réseaux empêche d’avancer, la couper de son espace numérique est un geste thérapeutique légitime.Pourquoi ces comportements n’existaient (presque) pas avant les apps
Ces dix comportements partagent un denomateur commun : ils sont rendus possibles — et faciles — par la distance qu’un écran créé entre deux êtres humains. Avant les applications de rencontre, disparaitre sans explication (ghosting) impliquait d’éviter physiquement une personne, de ne plus répondre au téléphone fixe, de changer d’itineraire. C’était possible, mais cela demandait un effort. Aujourd’hui, il suffit de ne plus taper de message. L’écran deshumanise. Il transforme une personne en profil, un echange en notification, une relation en conversation archivee. Quand l’autre est réduit a une image sur un écran, les inhibitions sociales qui regulaient les comportements en face-a-face — l’empathie, la gene, la responsabilite — s’affaiblissent considerablement. Les applications ajoutent un élément supplementaire : l’abondance. Quand le « remplacement » est a un swipe de distance, l’investissement dans une relation donnée diminue mecaniquement. Pourquoi résoudre un conflit quand on peut simplement passer au profil suivant ?L’impact cumulatif : quand les micro-traumatismes s’additionnent
Un ghosting isole est désagréable. Deux ghostings sont decourageants. Cinq ghostings, deux breadcrumbings, un zombieing et une situationship qui n’aboutit pas — et c’est l’ensemble de la confiance relationnelle qui est erodee. Les cliniciens observent de plus en plus de patients presentant ce qu’on pourrait appeler un traumatisme relationnel cumulatif : non pas un événement unique et dévastateur, mais l’accumulation de micro-blessures répétées qui finissent par produire les mêmes effets — hypervigilance, anxiété d’abandon, difficulté a faire confiance, évitement de l’intimite. La personne ne peut pas désigner un événement précis comme cause de sa souffrance. C’est la répétition qui use. C’est l’accumulation de ces comportements toxiques, vécus comme « normaux », qui installe progressivement une vision du monde ou les autres sont imprevisibles, peu fiables, et potentiellement cruels.Se protéger : 5 stratégies TCC
1. Nommer le comportement
Le simple fait de poser un mot sur ce qu’on subit — « C’est du breadcrumbing » — réduit son pouvoir. On passe de « Qu’est-ce que j’ai fait de mal ? » a « C’est un comportement identifie, qui ne parle pas de ma valeur. »2. Externaliser l’attribution
Quand quelqu’un ghoste, la réaction naturelle est de chercher là cause en soi. La TCC apprend a redistribuer l’attribution : « Cette personne a choisi un comportement immature. Ce n’est pas une information sur moi, c’est une information sur elle. »3. Définir ses non-negociables
Avant même d’ouvrir une application, établir une liste claire de ce qui est inacceptable. Pas comme punition, mais comme protection. « Si quelqu’un ne propose pas de rencontre après une semaine, je passe a autre chose. » « Si quelqu’un disparait puis revient sans explication, je ne reponds pas. »4. Limiter l’exposition
Reduire le temps passe sur les applications réduit mecaniquement l’exposition a ces comportements. Ce n’est pas de la fuite, c’est de la gestion des risques.5. Investir dans les relations hors écran
Chaque heure passee dans des relations réelles — amicales, familiales, communautaires — est une heure qui nourrit la confiance relationnelle que les applications erosent. Le contrepoids aux micro-traumatismes du dating digital, ce sont les micro-connexions authentiques du quotidien.Ce que ces comportements révèlent de notre époque
Derriere le vocabulaire — ghosting, breadcrumbing, situationship — il y a une question plus large : qu’arrive-t-il aux relations humaines quand la technologie rend l’évitement plus facile que la confrontation, le remplacement plus simple que la réparation, et l’ambiguite plus confortable que l’engagement ? La réponse n’est pas de renoncer a la technologie. C’est de développer les competences psychologiques qui permettent de l’utiliser sans qu’elle nous utilise. Et quand les dégâts sont déjà la, de les réparer.Ces comportements ont laisse des traces sur votre confiance relationnelle ? Un accompagnement TCC peut vous aider a reconstruire des bases saines. Prendre rendez-vous
Articles lies : – Apps de rencontre et sante mentale : le guide complet (article pilier) – Ghosting et breadcrumbing : comprendre et s’en remettre – Situationship : quand la relation refuse de se définir
A lire aussi
Vous vous reconnaissez dans cet article ? Passez notre test : Detection Relation Toxique en 30 questions. 100% anonyme – Rapport PDF personnalisé a 9.90 €. Passer le test → A découvrir aussi : Addiction aux Réseaux Sociaux (30 questions) – Rapport personnalisé a 9.90 €.Related articles
Haunting et orbiting : quand votre ex vous surveille en silence sur les réseaux
Le haunting (ou orbiting) est une forme de présence passive après une rupture : likes, vues de stories, interactions silencieuses. Pourquoi votre ex fait-il cela et comment réagir.
Le No Contact : guérison ou stratégie ? Ce que la psychologie en dit vraiment
Le no contact est-il une stratégie de reconquête ou un outil de guérison ? Neuroscience de la rupture, attachement et mode d'emploi concret.
Le silence radio : ce que vos messages (ou leur absence) révèlent vraiment
Le silence radio est l'un des comportements relationnels les plus douloureux. Découvrez ce qu'il révèle sur votre relation et comment y répondre.
Pourquoi se faire larguer par SMS ? Psychologie du ghosting et de la rupture numérique
Découvrez les mécanismes psychologiques derriere la rupture par SMS et le ghosting : évitement, immaturite émotionnelle, narcissisme, culture numérique.