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Rechute Émotionnelle : 5 clés pour briser vos schémas répétitifs


Pour approfondir ce sujet, découvrez mon livre : Guide pratique de TCC(PDF 4,99 €)

Dans l'article qui suit, j'aborde la régulation des émotions. Si vous vous reconnaissez dans ce thème, j'ai conçu un test de gestion des émotions qui permet de faire le point sur votre manière de vivre et réguler vos émotions. Il s'accompagne d'un guide pour prolonger la réflexion au-delà des résultats. J'ai également écrit un livre sur ce sujet, Guide pratique de TCC, si vous souhaitez aller plus loin.

Introduction : quand l’histoire se répète malgré vous

Vous quittez une relation toxique après des mois de souffrance. Vous vous jurez que « plus jamais ». Et pourtant, six mois plus tard, vous voilà dans une situation étrangement similaire, avec une personne différente mais des dynamiques identiques. Ou bien : vous décidez fermement d’arrêter de vous sacrifier pour les autres, vous tenez bon pendant quelques semaines, puis vous vous retrouvez à nouveau submergé(e) par les demandes de votre entourage, incapable de dire non.

Ce phénomène, que j’appelle la rechute émotionnelle, n’est pas un signe de faiblesse ou d’incompétence. C’est le résultat de mécanismes psychologiques profonds, bien documentés par la recherche scientifique, qui opèrent largement en dehors de notre conscience. Comprendre ces mécanismes est la première étape pour les désamorcer.

En tant que psychopraticien TCC, j’observe quotidiennement ces schémas répétitifs dans mon cabinet. La bonne nouvelle, c’est que la thérapie comportementale et cognitive, enrichie par la schéma-thérapie de Jeffrey Young, offre des outils concrets et valides scientifiquement pour transformer ces automatismes. Cet article vous propose un voyage au coeur de vos patterns émotionnels, avec des exercices pratiques que vous pourrez appliquer des aujourd’hui.

Les schémas précoces de Young : la cartographie de vos vulnérabilités

Qu’est-ce qu’un schéma précoce inadapté ?

Le concept de schéma précoce inadapté, développé par Jeffrey Young dans les années 1990 et formalisé dans son ouvrage Schéma Therapy: A Practitioner’s Guide (Young, Klosko & Weishaar, 2003), désigne un pattern émotionnel et cognitif profond qui se forme durant l’enfance ou l’adolescence, généralement en réponse à des besoins affectifs fondamentaux non satisfaits. Ces schémas constituent des « lunettes émotionnelles » à travers lesquelles nous percevons le monde, les autres et nous-mêmes.

Young a identifié 18 schémas précoces regroupes en cinq domaines fondamentaux. Chacun correspond à un besoin fondamental non comble dans l’enfance :

  • Domaine 1 : Séparation et rejet (abandon, méfiance/abus, carence affective, imperfection/honte, isolement social). Besoin non comble : sécurité et attachement.
  • Domaine 2 : Manque d’autonomie et de performance (dépendance, vulnérabilité, fusion/personnalité atrophiée, échec). Besoin non comble : autonomie et compétence.
  • Domaine 3 : Manque de limites (droits personnels exagères, manque d’autocontrôle). Besoin non comble : limites réalistes.
  • Domaine 4 : Orientation vers les autres (assujettissement, abnégation, recherche d’approbation). Besoin non comble : libre expression des besoins.
  • Domaine 5 : Survigilance et inhibition (négativité/pessimisme, surcontrole émotionnel, exigences élevées, punition). Besoin non comble : spontanéité et jeu.
Si ces termes résonnent en vous, le test des schémas précoces de Young peut vous aider à identifier précisément quels schémas sont actifs dans votre fonctionnement actuel.

Comment un schéma précoce provoque la rechute

Le schéma précoce agit comme un aimant émotionnel. Il attire inconsciemment les situations qui le confirment et repousse celles qui pourraient le contredire. Ce mécanisme, appelé maintien du schéma, fonctionne selon trois processus décrits par Young (2003) :

1. La distorsion cognitive : le schéma filtre l’information de manière sélective. Si vous avez un schéma d’abandon, vous remarquerez chaque retard de votre partenaire mais ignorerez ses dix gestes d’affection quotidiens. Les études de Riso et al. (2006) ont démontré que les personnes présentant des schémas précoces actifs traitent l’information sociale de manière biaisée, avec une hypervigilance aux signaux de menace cohérents avec leur schéma. 2. Le pattern comportemental auto-perpétuant : le schéma pousse à adopter des comportements qui, paradoxalement, confirment la croyance. Une personne avec un schéma de carence affective peut devenir si exigeante dans ses demandes d’attention que son partenaire finit par se retirer, confirmant le schéma : « Personne ne peut répondre à mes besoins. » 3. La chimie du schéma : Young utilise cette expression pour décrire l’attraction inconsciente vers des partenaires ou des situations qui activent le schéma. Ce phénomène explique pourquoi tant de personnes reconnaissent un pattern de dépendance affective dans leurs relations successives.

Exemple clinique : Marine et le schéma d’imperfection

Marine, 36 ans, consulte après sa troisième rupture en quatre ans. Le scénario est toujours le même : elle rencontre un homme qui la séduit, la relation commence bien, puis Marine commence à se montrer « trop » : trop présenté, trop anxieuse, trop en demande de validation. « Je sais que je fais fuir les gens, me dit-elle. J’essaie de me contrôler, ça marche quelques semaines, puis je craque. » En explorant son histoire, nous identifions un schéma d’imperfection/honte, forge auprès d’une mère hypercritique qui commentait chacun de ses comportements. Marine a intégré la croyance : « Je suis fondamentalement défectueuse, et si quelqu’un me connaît vraiment, il partira. » Ce schéma la pousse à chercher compulsivement la validation, ce qui finit effectivement par épuiser ses partenaires. La rechute n’est pas un échec de volonté ; c’est le schéma qui reprend le contrôle.

La compulsion de répétition : Freud avait raison, la science le confirme

Du concept psychanalytique à la validation neuroscientifique

En 1920, Sigmund Freud introduisait le concept de compulsion de répétition dans Au-delà du principe de plaisir, décrivant la tendance humaine a se remettre dans des situations douloureuses comme une tentative inconsciente de maîtriser un traumatisme originel. Longtemps considérée comme spéculative, cette notion a été validée par les neurosciences modernes.

Les travaux de Bessel van der Kolk (The Body Keeps the Score, 2014) ont montré que les expériences traumatiques s’encodent non seulement dans la mémoire déclarative (ce que nous pouvons raconter) mais aussi dans la mémoire implicite : le corps, les réflexes, les réactions automatiques. Quand un schéma se réactive, c’est tout le système nerveux qui répond, pas seulement l’esprit rationnel. Voila pourquoi la simple décision de « ne plus recommencer » est rarement suffisante.

Les recherches en neuroimagerie de Rauch et al. (2006) confirment que les patterns de rechute émotionnelle activent les mêmes circuits cérébraux que l’expérience originelle, notamment l’amygdale (centre de la peur) et le cortex préfrontal médial (centre de l’identité). Autrement dit, quand vous retombez dans un vieux schéma, votre cerveau ne fait pas la différence entre le passé et le présent.

Les trois formes de la compulsion de répétition

La recherche contemporaine distingue trois formes de répétition, décrites par Levy (2000) dans le Journal of the American Psychoanalytic Association :

La répétition identique : vous reproduisez exactement la même situation. Vous choisissez systématiquement des partenaires émotionnellement indisponibles, vous acceptez à chaque fois des emplois sous-payes, vous vous retrouvez invariablement dans des amitiés déséquilibrees. La répétition inversée : vous prenez le rôle oppose. L’enfant qui a été domine devient un adulte dominateur. La personne qui a souffert de carence affective devient celle qui étouffé l’autre d’attention. Le schéma est le même ; seule la position dans le scénario change. La répétition par évitement : paradoxalement, en évitant à tout prix une situation redoutée, vous finissez par la créer. La personne terrifiée par l’abandon qui refusé toute intimité se retrouve effectivement seule. Celui qui fuit le conflit accumule du ressentiment jusqu’a l’explosion, recreant ainsi le conflit qu’il voulait éviter.

Les biais cognitifs qui verrouillent le cycle

Le biais de confirmation : voir ce qu’on croit

Le biais de confirmation, étudié extensivement par Nickerson (1998), est le mécanisme cognitif par lequel nous cherchons, interprétons et mémorisons préférentiellement les informations qui confirment nos croyances existantes. Quand un schéma précoce est actif, le biais de confirmation fonctionne à plein régime :

  • Schéma d’échec actif : vous remarquez chaque erreur que vous commettez et ignorez vos réussites.
  • Schéma de méfiance actif : vous interprétez chaque comportement ambigu comme une trahison potentielle.
  • Schéma d’abandon actif : un message sans réponse pendant deux heures déclenché une certitude : « Il/elle m’a oublie(e). »

Le biais de familiarité : confondre connu et normal

Robert Zajonc (1968) a démontré que la simple exposition répétée à un stimulus augmente notre préférence pour ce stimulus, indépendamment de sa qualité objective. Appliqué aux relations, ce biais explique pourquoi une dynamique toxique mais familière peut sembler plus « naturelle » qu’une relation saine mais inconnue. Une personne ayant grandi dans le chaos émotionnel peut percevoir le calme comme de l’ennui et l’intensité dramatique comme de la passion. Ce biais est particulièrement actif dans les situations d’emprise relationnelle.

La dissonance cognitive : justifier la rechute

Quand nos comportements contredisent nos croyances (« je sais que cette relation est mauvaise pour moi, mais j’y retourne »), le cerveau réduit l’inconfort en modifiant les croyances : « Cette fois, c’est différent », « Il/elle a changé », « Je suis plus fort(e) maintenant ». Leon Festinger (1957) a montré que cette dissonance cognitive est l’un des moteurs les plus puissants de la rationalisation post-rechute.

Les cinq phases de la rechute émotionnelle

D’après les travaux de Marlatt et Gordon (1985), initialement développés pour les addictions puis adaptés par Padesky et Mooney (2012) aux schémas émotionnels, la rechute suit un processus prévisible en cinq phases :

Faire le test : Schémas Précoces (Young) → — Pour repérer quels schémas se réactivent quand l'histoire se répète, le test identifie ceux qui sont actifs dans votre fonctionnement actuel.

Phase 1 : La vulnérabilité accrue

Fatigue, stress, isolement social, changement de vie majeur… Ces facteurs abaissent les défenses psychologiques et rendent le terrain propice à la réactivation des schémas. Les recherches de Segal, Williams et Teasdale (2002) sur la rechute dépressive montrent que c’est dans ces moments de vulnérabilité que les anciens patterns cognitifs se réactivent le plus facilement.

Phase 2 : Le déclencheur

Un événement, souvent anodin en apparence, active le schéma : un ton de voix particulier, une situation d’injustice, un sentiment de rejet perçu. Le déclencheur agit comme une « clef » qui ouvre la porte du schéma.

Phase 3 : La tempête émotionnelle

Le schéma active déclenché une cascade émotionnelle intense : anxiété, tristesse, colère, honte. Ces émotions sont disproportionnees par rapport à la situation actuelle car elles portent le poids de toutes les expériences passées associées au schéma. C’est à ce stade que la rumination mentale s’installe souvent.

Phase 4 : Le comportement de coping dysfonctionnel

Pour soulager la douleur émotionnelle, la personne recourt à ses stratégies habituelles : soumission, évitement, surcompensation, recherche compulsive de réassurance. Ces comportements apportent un soulagement immédiat mais renforcent le schéma à long terme.

Phase 5 : La confirmation du schéma

Le comportement dysfonctionnel produit exactement le résultat redoute, confirmant la croyance du schéma : « Je savais bien que personne ne pouvait m’aimer », « J’ai encore échoué », « Les gens finissent toujours par me trahir ». Et le cycle recommence, plus ancre qu’avant.

Stratégies TCC pour briser le cycle des schémas répétitifs

Stratégie 1 : La carte des schémas personnels

La première étape est l’identification précise de vos schémas actifs. Prenez une feuille et répondez à ces questions pour chaque domaine de votre vie (couple, travail, amitiés, famille) :

  • Quel est le thème émotionnel récurrent ? (abandon, échec, injustice, imperfection…)
  • Quelle est la croyance associée ? (« Je ne suis pas assez bien », « Les gens finissent par partir »…)
  • Quel comportement automatique cette croyance déclenché-t-elle ?
  • Quel résultat ce comportement produit-il ?
  • Comment ce résultat confirme-t-il la croyance de départ ?
Cette cartographie, inspirée de la méthode de Young et adaptée à la TCC classique, vous permet de voir le cycle complet, noir sur blanc. C’est souvent un moment de révélation pour les patients : « Je ne suis pas fou/folle. Il y à un système. »

Stratégie 2 : Le journal des modes de schémas

Young a identifié des modes de schémas : des états émotionnels transitoires qui prennent le contrôle dans certaines situations. Les plus courants sont :

  • L’enfant vulnérable : la partie de vous qui ressent la peur, la tristesse, la solitude liées au schéma originel.
  • Le parent critique : la voix intérieure qui vous juge, vous critique, vous punit.
  • Le protecteur détaché : le mode qui « coupe » les émotions pour ne plus souffrir (évitement, insensibilité apparente).
  • L’adulte sain : la partie capable de prendre du recul, d’évaluer la réalité objectivement et de répondre de manière adaptée.
Exercice pratique : pendant deux semaines, tenez un journal quotidien où vous notez chaque moment où un schéma s’active. Identifiez quel mode a pris le contrôle, quelle émotion l’a déclenché, et quelle réponse l’adulte sain aurait pu apporter. Lobbestael et al. (2010) ont démontré que cette pratique d’auto-observation réduit significativement l’intensité des réactions schémas en quatre a six semaines.

Stratégie 3 : La technique de la flache descendante

Cette technique TCC classique, attribuée a Burns (1980), permet de remonter des pensées automatiques de surface aux croyances profondes qui alimentent le schéma :

Pensée de surface : « Mon partenaire n’a pas répondu à mon message. »

« Et si c’était vrai, qu’est-ce que ca signifierait pour vous ? »

« Ca voudrait dire qu’il s’éloigné. »

« Et si c’était vrai ? »

« Ca voudrait dire qu’il va me quitter. »

« Et si c’était vrai, qu’est-ce que ca dirait de vous ? »

« Ca dirait que je ne suis pas assez intéressant(e) pour retenir quelqu’un. »

Vous voilà au coeur du schéma. C’est cette croyance profonde qui alimente le cycle. Une fois identifiée, elle peut être travaillée systématiquement en restructuration cognitive.

Stratégie 4 : La restructuration des croyances profondes

La restructuration ne consiste pas a remplacer une croyance négative par une croyance positive artificielle (« Je suis formidable ! »). Elle consiste à développer une croyance plus nuancée, plus flexible et plus conforme à la réalité. Padesky (1994) a proposé la méthode du « continuum » pour ce travail :

Exercice : prenez votre croyance schéma (« Je ne suis pas assez bien ») et placez-la sur un continuum de 0 a 100. Ou vous situez-vous vraiment ? Quelles preuves soutiennent un score de 0 ? Quelles preuves soutiennent un score de 100 ? La plupart des patients arrivent à un score entre 30 et 60, loin du 95-100 que le schéma leur faisait croire. Cette relativisation n’est pas de la pensée positive ; c’est du réalisme cognitif.

Stratégie 5 : L’exposition comportementale graduée

Le schéma se maintient en grande partie parce que les comportements d’évitement empêchent de vivre des expériences correctives. Si vous évitez l’intimité par peur de l’abandon, vous ne découvrirez jamais que certaines personnes restent. La TCC propose une exposition graduée :

  • Identifiez un comportement d’évitement lie au schéma.
  • Construisez une hiérarchie de situations d’exposition (de la moins anxiogène à la plus anxiogène).
  • Exposez-vous progressivement, en commençant par les situations les plus faciles.
  • Evaluez après chaque exposition : ce que vous redoutiez s’est-il produit ? Complètement, partiellement, pas du tout ?
  • Chaque exposition réussie est une expérience corrective qui affaiblit le schéma. Les méta-analyses de Hofmann et al. (2012) confirment que l’exposition comportementale est l’un des ingrédients les plus puissants de la TCC, avec des tailles d’effet importantes pour les troubles liés aux schémas répétitifs.

    Prévenir la rechute : le plan d’action personnalisé

    Les signaux d’alerte précoces

    Chaque personne possède des signaux spécifiques qui annoncent la réactivation d’un schéma. Apprendre à les identifier est crucial pour intervenir avant que le cycle ne s’emballe. Les signaux les plus courants incluent :

    • Signaux corporels : tension dans la mâchoire, noeuds a l’estomac, oppression thoracique, insomnie soudaine.
    • Signaux cognitifs : retour des pensées en « toujours » et « jamais », autocritique intense, anticipation catastrophique.
    • Signaux comportementaux : envie soudaine de vérifier le téléphone de votre partenaire, besoin de réassurance accru, isolement, consommation d’alcool ou de nourriture en excès.
    • Signaux émotionnels : irritabilité disproportionnée, tristesse sans cause apparente, sentiment de vide.

    Le protocole STOP de prévention

    Quand vous détectéz un signal d’alerte, appliquez le protocole STOP, adapté des travaux de Linehan (1993) sur la régulation émotionnelle :

    S – Stop : arrêtez-vous physiquement. Ne faites rien. Pas de message, pas de décision, pas de confrontation. Juste une pause. T – Temperature émotionnelle : évaluez l’intensité de votre émotion sur une échelle de 0 a 10. Si vous êtes au-dessus de 7, votre cortex préfrontal (centre de la décision rationnelle) est probablement « hors ligne ». Ce n’est pas le moment d’agir. O – Observer : nommez ce qui se passe intérieurement sans jugement. « Mon schéma d’abandon vient de s’activer. Je ressens de l’anxiété a 8/10. La pensée automatique est : il va me quitter. » P – Plan : consultez votre plan de coping pre-établi. Que devez-vous faire quand ce schéma s’active ? Respiration, appel à un ami de confiance, relecture de votre carte de schéma, exercice physique ?

    La carte de coping : votre outil anti-rechute

    Exercice pratique : rédigez une carte format portefeuille (ou une note dans votre téléphone) contenant :
    • Face A : « Quand mon schéma de [nom du schéma] s’active, je crois que [croyance schéma]. Cette croyance a été formée quand j’étais enfant et [origine]. Elle n’est pas la réalité d’aujourd’hui. »
    • Face B : « La réalité est que [croyance alternative nuancée]. Les preuves sont : [3 preuves concrètes récentes]. Les actions que je peux entreprendre maintenant sont : [3 comportements sains alternatifs]. »
    Beck (2011) a démontré que la consultation régulière de ce type de carte de coping réduit significativement les rechutes dans les troubles dépressifs et anxieux. Le principe s’applique directement aux rechutes de schémas.

    Quand la rechute a lieu : transformer l’échec en apprentissage

    Abandonner la perfection, viser le progrès

    La recherche sur la prévention de la rechute (Witkiewitz & Marlatt, 2004) distingue deux concepts essentiels : le faux pas (lapse) et la rechute complète (relapse). Un faux pas est un retour temporaire a l’ancien comportement. Une rechute complète est un retour durable au pattern dysfonctionnel. La différence entre les deux dépend largement de la réaction au faux pas.

    Si vous interprétez un faux pas comme la preuve que « rien n’a changé » ou que « vous êtes incurable », vous activez ce que Marlatt appelle l’effet de violation de l’abstinence : la culpabilité et le désespoir qui suivent un écart augmentent paradoxalement la probabilité de rechute complète. En revanche, si vous traitez le faux pas comme une source d’information (« Qu’est-ce qui a déclenché cette réactivation ? Quel signal ai-je manque ? »), vous renforcez votre résilience.

    L’exercice d’auto-compassion après un faux pas

    Kristin Neff (2011) a démontré que l’auto-compassion, loin d’être de la complaisance, est un facteur protecteur majeur contre la rechute. Après un faux pas, pratiquez cet exercice en trois étapes :

    1. Pleine conscience de la souffrance : « Ce moment est douloureux. Je souffre de retomber dans ce pattern. » (Nommer, pas fuir.) 2. Humanite partagée : « Des millions de personnes luttent avec les mêmes schémas. Je ne suis pas seul(e) dans cette expérience. » (Sortir de l’isolement honteux.) 3. Bienveillance envers soi : « Que dirais-je a un(e) ami(e) dans cette situation ? Je me dis la même chose. » (Traiter sa propre souffrance avec la même compassion qu’on offrirait a autrui.)

    Les études de Breines et Chen (2012) montrent que les personnes qui pratiquent l’auto-compassion après un échec sont plus motivées a changer que celles qui se critiquent sévèrement. L’autocritique paralyse ; la compassion mobilise.

    Comment sortir d'un cycle de relations toxiques répétitives ?

    Sortir d'un cycle de relations toxiques répétitives exige de comprendre que le problème n'est pas la malchance — c'est un schéma précoce inadapté qui fonctionne comme un aimant émotionnel, attirant inconsciemment les situations et les partenaires qui le confirment. Tant que ce schéma n'est pas identifié et travaille, la volonté seule ne suffit pas a briser le cycle.

    La première étape est de cartographier votre pattern. Listez vos trois dernières relations significatives et identifiez les points communs : quel type de partenaire choisissez-vous ? A quel moment la dynamique bascule-t-elle ? Quel rôle tenez-vous (sauveur, soumis, fusionnel) ? Les schémas les plus fréquemment impliques dans la répétition toxique sont ceux du domaine "séparation et rejet" de Young : abandon, méfiance/abus, carence affective, imperfection. Le test des schémas précoces de Young permet d'identifier précisément lesquels sont actifs chez vous.

    La deuxième étape est de travailler sur la "chimie du schéma" — cette attirance inconsciente vers ce qui est familier plutôt que vers ce qui est sain. En TCC, on utilise la technique de la "fiche de schéma" : à chaque nouvelle rencontre, noter objectivement les comportements du partenaire et les comparer à une grille de signaux d'alerte (intermittence émotionnelle, love bombing, dévalorisation subtile). Cette pratique créé un filtre conscient là où le schéma operait automatiquement.

    La troisième étape est de réparer la blessure d'origine par un travail de reparentage en schéma-thérapie, qui permet de combler les besoins affectifs non satisfaits dans l'enfance sans les projeter sur le partenaire. Les études de Bamelis et al. (2014) montrent que cette approche produit des changements durables en 6 a 12 mois de thérapie hebdomadaire.

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    FAQ : vos questions sur la rechute émotionnelle et les schémas répétitifs

    Peut-on guérir définitivement d’un schéma précoce ?

    Un schéma précoce ne « disparait » pas totalement, car il est enraciné dans des expériences fondatrices de votre développement. En revanche, il peut être significativement affaibli au point de ne plus diriger vos comportements. Young parle de « guérison du schéma » quand l’activation est rare, l’intensité émotionnelle faible et la capacité de réponse adaptée élevée. Les études longitudinales de Nordahl et al. (2021) montrent que la schéma-thérapie produit des changements durables sur 2 a 5 ans de suivi.

    Combien de temps faut-il pour briser un schéma répétitif ?

    La durée dépend de l’ancienneté du schéma, de son intensité et des ressources disponibles. En TCC intégrant la schéma-thérapie, des changements significatifs sont généralement observables en 6 a 12 mois de thérapie hebdomadaire (Bamelis et al., 2014). Certains schémas, particulièrement ceux lies au domaine « séparation et rejet », peuvent nécessiter un travail plus long.

    La rechute émotionnelle est-elle comparable à une rechute addictive ?

    Les mécanismes neurobiologiques présentént des similitudes frappantes. Les recherches de Fisher (2016) montrent que l’attachement amoureux active les mêmes circuits de récompense dopaminergiques que les substances addictives. La « rechute » vers un ex-partenaire toxique, par exemple, implique les mêmes processus de craving, de rationalisation et de perte de contrôle que la rechute vers une substance. Les stratégies de prévention sont également similaires.

    Les schémas répétitifs sont-ils héréditaires ?

    Les schémas eux-mêmes ne sont pas génétiquement transmis, mais le tempérament qui prédispose a certains schémas l’est partiellement. Par ailleurs, la transmission intergenerationnelle des patterns relationnels est bien documentée : un parent porteur d’un schéma de carence affective aura tendance, involontairement, a reproduire les conditions qui forment le même schéma chez son enfant (Lockwood et al., 2020).

    Passez a l’action : identifiez vos schémas pour mieux les transformer

    La rechute émotionnelle n’est pas une fatalité. Derriere chaque pattern répétitif se cache un mécanisme identifiable, compréhensible et transformable. La première étape est toujours la même : comprendre ce qui se joue en vous.

    Si cet article a fait écho a votre vécu, je vous invité à réaliser notre test des schémas précoces de Young pour identifier précisément quels schémas sont actifs dans votre fonctionnement. Vous pouvez également explorer notre catalogue de tests de personnalité pour un portrait plus complet de vos dynamiques internes. Si vous ressentez le besoin d’un accompagnement professionnel pour briser ces cycles, n’hésitez pas a prendre rendez-vous pour un premier entretien.

    Avertissement : Cet article est publié à titre informatif et ne remplace en aucun cas une consultation avec un professionnel de santé mentale. Si vous traversez une période de souffrance psychologique intense, nous vous encourageons a consulter un psychologue ou un psychiatre. En cas d’urgence, contactez le 3114 (numéro national de prévention du suicide).

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    Lectures recommandées :
    • Je réinvente ma vie — Jeffrey Young
    • L'intelligence érotique — Esther Perel
    • S'aimer (Self-Compassion) — Kristin Neff
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    Références

    Les affirmations cliniques de cet article s'appuient sur les sources suivantes, consultables dans la littérature scientifique de référence :

    • Zindel Segal, Mark Williams, John Teasdale (2002). Mindfulness-Based Cognitive Therapy for Dépression. Guilford Press.
    • Jeffrey Young, Janet Klosko, Marjorie Weishaar (2003). Schéma Therapy: A Practitioner's Guide. Guilford Press.
    Bibliographie générée automatiquement à partir des citations explicites du texte.
    En bref : Si vous retombez toujours dans le même type de relation douloureuse malgré votre volonté de changer, c’est à cause de schémas émotionnels précoces (identifiés par Jeffrey Young) qui se sont formés dans l’enfance et fonctionnent comme des automatismes inconscients. Ces schémas répétitifs ne sont pas un signe de faiblesse : ils sont neurobiologiquement ancrés. La TCC et la schéma-thérapie permettent de les identifier, de les désamorcer et de construire de nouveaux patterns relationnels.
    Gildas Garrec, Psychopraticien TCC

    À propos de l’auteur

    Gildas Garrec · Psychopraticien TCC

    Auteur de livres et d’articles sur la psychologie appliquée et les relations.

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