Aliénation parentale : quand un parent retourne les enfants

Gildas GarrecPsychopraticien TCC
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Votre enfant vous adorait. Il courait vers vous quand vous rentriez du travail. Il vous chuchotait des secrets à l’oreille. Il vous dessinait des coeurs. Et puis, après la séparation, quelque chose a changé. Progressivement.

Insidieusement. Votre enfant a commencé à vous regarder avec froideur. A répéter des phrases qui ne sont pas les siennes. A vous rejeter avec des mots qu’un enfant de son âge ne devrait même pas connaître.

Ce que vous vivez a un nom : l’aliénation parentale. C’est l’une des formes de maltraitance psychologique les plus sournoises, parce qu’elle utilise l’amour d’un enfant comme arme de destruction.

Qu’est-ce que l’aliénation parentale ?



Définition clinique



L’aliénation parentale désigne un processus par lequel un parent (le parent aliénant) influence systématiquement un enfant pour le retourner contre l’autre parent (le parent ciblé), sans justification légitime. Ce n’est pas un simple conflit de loyauté. C’est une campagne de dénigrement orchestrée qui vise à détruire la relation entre l’enfant et l’un de ses parents.

Le concept a été décrit pour la première fois par le psychiatre Richard Gardner en 1985. Depuis, il a fait l’objet de nombreuses études et de débats, certains professionnels contestant le terme tandis que le phénomène clinique, lui, est universellement reconnu.

Ce que l’aliénation parentale n’est PAS



Il est essentiel de distinguer l’aliénation parentale de situations où le rejet d’un parent par l’enfant est justifié :

  • Un enfant victime de violences ou d’abus qui rejette son agresseur n’est pas aliéné. Il se protège.

  • Un enfant qui souffre d’un conflit de loyauté naturel dans le cadre d’un divorce n’est pas forcément aliéné. Le conflit de loyauté est douloureux mais normal.

  • Un adolescent qui traverse une phase de rébellion n’est pas aliéné. Il traverse une étape développementale.


L’aliénation parentale se caractérise par la disproportion entre les griefs de l’enfant et la réalité du comportement du parent ciblé, et par la présence active d’un parent qui alimente et orchestre ce rejet.

A retenir : L’aliénation parentale est un processus, pas un événement. Elle se construit sur des semaines, des mois, parfois des années. Plus elle est détectée tôt, plus les chances de la contrer sont élevées.


Les 8 signes de l’aliénation parentale



Le psychiatre Richard Gardner a identifié huit critères caractéristiques. Leur présence combinée constitue un signal d’alarme fort.

1. La campagne de dénigrement



L’enfant dénigre le parent ciblé de manière systématique et disproportionnée. Les reproches sont vagues, répétitifs et souvent empruntés au vocabulaire de l’autre parent. « Tu es égoïste », « Tu ne penses qu’à toi », « Tu as détruit la famille. » Des mots d’adulte dans une bouche d’enfant.

2. Les rationalisations absurdes



L’enfant justifie son rejet par des raisons triviales ou incohérentes. « Je ne veux plus te voir parce que tu fais des pâtes le mercredi. » Le caractère dérisoire des motifs invoqués trahit le fait que le rejet ne vient pas de l’enfant mais de l’influence extérieure.

3. L’absence d’ambivalence



Dans un conflit de loyauté normal, l’enfant est tiraillé. Il aime ses deux parents et souffre d’être au milieu. Dans l’aliénation, l’ambivalence disparaît. Le parent aliénant est tout bon, le parent ciblé est tout mauvais. Cette pensée en noir et blanc est caractéristique de l’influence extérieure.

4. Le phénomène du « penseur indépendant »



L’enfant affirme haut et fort que ses opinions sont les siennes et qu’il n’est influencé par personne. « C’est MOI qui ne veux plus te voir, personne ne me l’a dit. » Paradoxalement, cette insistance à nier l’influence est souvent le signe le plus clair qu’elle existe.

5. Le soutien automatique au parent aliénant



L’enfant prend systématiquement le parti du parent aliénant dans tout conflit, même quand il n’en connaît pas les détails. « Maman a raison et toi tu as tort » devient une posture par défaut, indépendante du sujet.

6. L’absence de culpabilité



Un enfant qui rejette naturellement un parent ressent de la culpabilité, même s’il la cache. L’enfant aliéné ne ressent pas de culpabilité. Il est convaincu que son rejet est mérité et justifié. Cette absence de remords est alarmante car elle indique que l’empathie envers le parent ciblé a été court-circuitée.

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7. L’utilisation de scénarios empruntés



L’enfant décrit des événements ou des situations qu’il n’a pas vécus personnellement, ou des souvenirs manifestement déformés. « Tu m’as crié dessus quand j’avais 2 ans. » L’enfant rapporte en réalité le récit du parent aliénant.

8. L’extension du rejet à la famille élargie



Le rejet ne se limite pas au parent ciblé. Il s’étend aux grands-parents, aux oncles, aux tantes, aux cousins du côté du parent rejeté. L’enfant refuse tout contact avec la branche familiale entière, comme si le « camp ennemi » incluait tout le clan.

Comment l’aliénation se met en place : les stratégies du parent aliénant



Le dénigrement systématique en présence de l’enfant



Le parent aliénant multiplie les commentaires négatifs sur l’autre parent en présence de l’enfant. Parfois de manière directe (« Ton père est un menteur »), parfois de manière plus subtile (soupirs, yeux levés au ciel, silences éloquents quand l’enfant mentionne l’autre parent).

La création d’un conflit de loyauté artificiel



L’enfant est mis dans des situations où il doit « choisir ». « Tu préfères passer Noël avec moi ou aller chez ta mère ? » Cette question, qui semble anodine, force l’enfant à exprimer une préférence qui sera ensuite utilisée comme preuve : « C’est lui qui a voulu rester. »

La parentification de l’enfant



Le parent aliénant traite l’enfant comme un confident, un allié, un partenaire émotionnel. Il lui raconte les détails du divorce, les griefs financiers, les blessures intimes. L’enfant est promu au rang de « co-parent » ou de « meilleur ami », une position qui le flatte mais le détruit.

Le contrôle de la communication



Appels interceptés, messages non transmis, cadeaux cachés. Le parent aliénant crée un mur entre l’enfant et le parent ciblé, puis dit à l’enfant : « Tu vois, il/elle ne t’appelle même pas. »

La réécriture de l’histoire



Le parent aliénant reconstruit le passé familial en présentant l’autre parent sous un jour systématiquement négatif. Des souvenirs heureux sont recontextualisés, minimisés ou tout simplement niés. L’enfant finit par douter de ses propres souvenirs positifs avec le parent ciblé.

A retenir : Le parent aliénant n’est pas toujours conscient de ce qu’il fait. Certains parents aliénants agissent par malveillance calculée, mais d’autres sont prisonniers de leur propre blessure narcissique et sincèrement convaincus de protéger l’enfant. Le résultat sur l’enfant est le même.


L’impact de l’aliénation parentale sur l’enfant



Les recherches sur les conséquences de l’aliénation parentale sont unanimes : les dégâts sont profonds et durables.

à court terme



  • Anxiété et troubles du sommeil. L’enfant vit dans un état de tension permanent lié au conflit de loyauté.

  • Troubles du comportement. Agressivité, repli sur soi, chute des résultats scolaires.

  • Perte de confiance. L’enfant qui est amené à rejeter un parent qu’il aimait perd confiance en sa propre capacité à juger les gens et les situations.


à long terme



  • Difficultés relationnelles à l’âge adulte. L’enfant aliéné développe des schémas d’attachement dysfonctionnels. Il peut reproduire des dynamiques de contrôle ou de soumission dans ses propres relations.

  • Culpabilité tardive. De nombreux adultes qui ont été des enfants aliénés traversent une phase de culpabilité intense quand ils prennent conscience de ce qui s’est passé. Le regret de ne pas avoir vu leur parent ciblé pendant des années est dévastateur.

  • Faible estime de soi. L’enfant qui a intériorisé que l’un de ses parents était « mauvais » intériorise aussi, inconsciemment, qu’il est à moitié mauvais. « Si mon père est nul, et que je suis le fils de mon père, alors… »

  • Risque accru de troubles psychologiques. Dépression, anxiété, troubles de la personnalité : les études longitudinales montrent une prévalence significativement plus élevée chez les adultes ayant vécu l’aliénation parentale enfants.


Que faire si vous êtes le parent ciblé



Ne coupez pas le lien



Même si votre enfant vous rejette, continuez d’être présent. Envoyez des messages, des lettres, des cadeaux. Même si vous n’obtenez pas de réponse. Ces preuves d’amour inconditionnel constituent un fil que l’enfant pourra suivre pour revenir vers vous un jour.

Documentez tout



Chaque message intercepté, chaque annulation de visite, chaque propos rapporté par l’enfant doit être consigné dans un journal daté. Les captures d’écran, les attestations de témoins et les courriers recommandés constituent un dossier que le juge pourra examiner.

Ne tombez pas dans le piège du miroir



La tentation est immense de répondre à l’aliénation par l’aliénation, de dénigrer l’autre parent en retour, de « donner votre version » à l’enfant. Résistez. Deux parents aliénants ne font pas un enfant protégé. Ils font un enfant déchiré.

Demandez une expertise judiciaire



Si vous suspectez une aliénation parentale, vous pouvez demander au juge aux affaires familiales d’ordonner une expertise psychologique. L’expert évaluera les dynamiques familiales et pourra identifier les processus d’aliénation. Son rapport pèse lourd dans les décisions judiciaires.

Consultez un psychologue spécialisé



Pour vous, d’abord. Vivre le rejet de son enfant est une blessure d’une violence inouïe. Vous avez besoin d’un espace pour exprimer cette douleur sans que cela ne déborde sur l’enfant. Pour l’enfant, ensuite. Un suivi psychologique peut aider l’enfant à se dégager progressivement de l’emprise et à reconstruire une pensée autonome.

Informez les acteurs de la vie de l’enfant



École, activités extrascolaires, médecin traitant : ces professionnels sont des observateurs précieux. Informez-les de la situation sans les prendre à partie. Ils pourront signaler des comportements inhabituels et témoigner si nécessaire.

Le cadre juridique en France



La reconnaissance progressive



L’aliénation parentale n’est pas encore inscrite dans la loi française en tant que telle. Cependant, les tribunaux reconnaissent de plus en plus les comportements constitutifs d’aliénation :

  • Le non-respect du droit de visite est un délit (non-représentation d’enfant, article 227-5 du Code pénal).

  • Le dénigrement systématique de l’autre parent est pris en compte par les JAF dans la détermination de la résidence.

  • L’article 373-2-11 du Code civil prévoit que le juge évalue « l’aptitude de chacun des parents à assumer ses devoirs et respecter les droits de l’autre. »


Les mesures que le juge peut prendre



  • Modification de la résidence habituelle de l’enfant.

  • Mise en place de visites médiatisées.

  • Injonction de suivre une thérapie familiale.

  • Dans les cas graves, transfert de la résidence chez le parent ciblé.

  • Signalement aux services sociaux.


Les limites du système judiciaire



Soyons lucides : le système judiciaire est lent, et la lenteur profite au parent aliénant. Chaque mois qui passe renforce l’aliénation. De plus, les expertises psychologiques sont coûteuses et les délais d’audience sont longs. La persévérance et la constitution d’un dossier solide sont vos meilleurs atouts.

A retenir : L’aliénation parentale est une forme de maltraitance psychologique qui détruit la relation parent-enfant et laisse des séquelles durables. Si vous êtes le parent ciblé, ne lâchez pas : maintenez le lien, documentez, et faites-vous accompagner juridiquement et psychologiquement. Votre enfant a besoin de savoir, aujourd’hui ou plus tard, que vous n’avez jamais renoncé.


Reconstruire la relation : c’est possible



La reconstruction après une aliénation parentale est un processus long, mais possible. De nombreux enfants, en grandissant, prennent conscience de la manipulation qu’ils ont subie. L’adolescence et le début de l’âge adulte sont souvent des moments de remise en question. Si le parent ciblé a maintenu un fil de lien, aussi ténu soit-il, l’enfant peut s’en saisir pour revenir.

Le rôle du psychologue est alors crucial pour accompagner cette reconnexion. L’enfant porte de la culpabilité, le parent porte de la blessure. La reconstruction ne se fait pas dans la confrontation du passé mais dans la création de nouveaux moments présents.




Vous vivez une situation d’aliénation parentale ? En tant que psychopraticien TCC à Nantes, j’accompagne les parents ciblés dans la gestion du stress, la reconstruction de l’estime de soi et la préparation à la reconnexion avec l’enfant. Parce que renoncer n’est pas une option.

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Article rédigé par Gildas Garrec, psychopraticien TCC à Nantes. Pour une approche complète de la co-parentalité difficile, lisez l’article pilier : Co-parentalité avec un narcissique : 8 stratégies pour protéger vos enfants.

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