La colère refoulée : la reconnaître et la libérer sainement
La colère refoulée : la reconnaître et la libérer sainement
La colère refoulée est comme une cocotte-minute fermée hermétiquement. À chaque coup reçu, chaque parole blessante avalée, chaque injustice subie en silence, la pression monte. Et un jour, elle explose — parfois pour un détail insignifiant, parfois en implosion silencieuse qui se transformé en dépression, en somatisations, en ruptures relationnelles.
Dans l'article qui suit, j'aborde la régulation des émotions. Si vous vous reconnaissez dans ce thème, j'ai conçu un test de gestion des émotions qui permet de faire le point sur votre manière de vivre et réguler vos émotions. Il s'accompagne d'un guide pour prolonger la réflexion au-delà des résultats.
En tant que psychopraticien TCC, je vois régulièrement des personnes qui découvrent, en thérapie, qu'elles ont accumulé des années de colère non exprimée. Souvent, elles ne savaient même pas qu'elles étaient en colère.
Qu'est-ce que la colère refoulée ?
La colère refoulée est une émotion réprimée, non exprimée, qui s'accumule dans le psychisme et le corps. Elle diffère de la colère saine, qui est une réaction normale et légitime face à une frustration, une violation de nos limites, une injustice.
Pourquoi la refoulons-nous ?Plusieurs raisons :
- Éducation : beaucoup d'entre nous ont grandi dans des familles où la colère était interdite, punie ou assimilée à la violence
- Peur du jugement : "Si j'exprime ma colère, on me trouvera agressif, ingrat, égoïste"
- Dépendance affective : refuser de montrer sa colère pour ne pas perdre la relation
- Croyances limitantes : "Une bonne personne ne se met jamais en colère"
- Manque de modèle : nous n'avons pas appris comment exprimer sainement notre frustration
Albert Ellis, fondateur de la thérapie rationnelle-émotive (ancêtre de la TCC), a montré que nous ne sommes pas en colère à cause de ce qui se passe, mais à cause de ce que nous nous en disons. Si nous croyons qu'il est inacceptable d'exprimer notre colère, nous la refoulons — et elle s'accumule.
Les signes de la colère refoulée
La colère refoulée ne disparaît pas : elle se métamorphose. Voici ses masques les plus courants :
Sur le plan émotionnel et relationnel
- Irritabilité chronique : vous explosez pour des broutilles (quelqu'un qui respire trop fort vous agace)
- Passivité-agressivité : vous dites "oui" mais faites "non" (oublis, retards, sarcasmes, silences punis)
- Culpabilité persistante : vous vous en voulez d'avoir "trop réagi" ou, au contraire, de ne pas avoir réagi
- Ressentiment : vous gardez rancune, vous repensez constamment à ce qui s'est passé
- Détachement émotionnel : vous vous sentez vide, indifférent, même envers les gens que vous aimez
Sur le plan physique
La colère refoulée s'imprime dans le corps :- Tensions musculaires : nuque, mâchoires, épaules rigides
- Troubles digestifs : constipation, diarrhée, reflux gastrique
- Fatigue chronique : votre corps consomme de l'énergie à "contenir" l'émotion
- Maux de tête : migraines récurrentes
- Problèmes de sommeil : insomnies, cauchemars
- Hypertension : la pression monte, littéralement
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Analyser →Sur le plan psychologique
- Anxiété généralisée : une inquiétude diffuse, sans objet clair
- Dépression : la colère retournée contre soi-même devient tristesse, apathie
- Perfectionnisme : vous contrôlez tout pour éviter que quelque chose ne vous mette en colère
- Syndrome d'imposteur : vous doutez de vos réalisations, craignant secrètement de "mériter" la colère d'autrui
Les conséquences relationnelles
La colère refoulée détruit les relations de l'intérieur. Voici comment :
Cas clinique : Sophie, 38 ans, était mariée depuis 12 ans. Elle ne se souvient pas d'une seule dispute "honnête" avec son mari. Elle acquiesçait toujours, faisait preuve de compréhension, était la "partenaire idéale". Mais elle ressentait une fatigue écrasante, une absence totale de désir, une irritabilité qui explosait sur leurs enfants. En thérapie, elle a découvert qu'elle était furieuse depuis des années : son mari ne l'écoutait pas vraiment, ne partageait pas les tâches ménagères, prenait ses décisions sans la consulter. Mais elle avait grandi dans une famille où "une bonne épouse accepte et pardonne". En refoulant sa colère, elle avait aussi refoulé son amour. Le couple a dû entreprendre un travail relationnel profond — et elle a dû réapprendre à s'affirmer.Comment libérer sainement sa colère refoulée ?
1. La reconnaître d'abord
Avant de la libérer, il faut la nommer. Beaucoup de gens confondent colère et tristesse, colère et culpabilité.
Exercice TCC simple :- Fermez les yeux quelques minutes
- Demandez-vous : "Si je me permettais d'être en colère en ce moment, contre qui le serais-je ? Pour quoi ?"
- Notez la première réponse, sans filtre
- Relisez-la sans jugement
2. L'exprimer sans violence
La colère saine n'est pas la violence. Elle s'exprime de manière assertive — c'est-à-dire claire, directe, respectueuse.
Formule TCC pour exprimer sa colère :"Quand tu [décris le comportement spécifique], je me sens [émotion], car [besoin non satisfait]. Je voudrais que [demande claire]."
Exemple :- ❌ Mauvais : "Tu es toujours égoïste et tu ne m'écoutes jamais !"
- ✅ Bon : "Quand tu regardes ton téléphone pendant que je te parle, je me sens ignorée, car j'ai besoin de me sentir entendue. Je voudrais que nous ayons une conversation sans écrans."
3. Exprimer sa colère au corps
Quand la parole ne suffit pas, le corps doit parler. Voici des exercices pratiques :
L'exercice de la chaise vide (Gestalt + TCC) :- Placez une chaise vide face à vous
- Imaginez la personne (ou la situation) qui vous met en colère
- Exprimez votre colère à haute voix : "Je suis en colère parce que... Tu m'as fait du mal quand..."
- Changez de chaise et répondez, du point de vue de l'autre
- Revenez à votre chaise et poursuivez le dialogue
- Boxe, sport intensif, danse énergique, marche rapide
- La colère est une énergie — elle doit se transformer en mouvement
- 20 minutes d'activité physique intense libèrent souvent des années de tension
4. Écrire sans filtrer
Exercice du "lettrage colérique" :- Écrivez une lettre à la personne qui vous a blessé
- Sans censure : tous les mots sont autorisés
- Vous n'enverrez JAMAIS cette lettre
- Relisez-la, puis brûlez-là où déchirez-la
5. Identifier les schémas précoces
Souvent, notre incapacité à exprimer la colère remonte à l'enfance. Les 18 schémas de Young incluent notamment :
- Subordonné : vous avez appris à sacrifier vos besoins pour ne pas déranger
- Carence affective : vous n'aviez pas le droit d'avoir des besoins
- Défectif : vous croyez que votre colère est une preuve que vous êtes "mauvais"
6. Apprendre à dire "non"
La colère refoulée commence souvent par des "oui" qu'on n'avait pas envie de dire.
Exercice d'affirmation de soi :- Cette semaine, dites "non" à une seule demande
- Vous n'avez pas besoin de vous justifier
- Observez simplement votre anxiété (elle diminuera avec la pratique)
Quand consulter un professionnel ?
La colère refoulée devient pathologique quand elle :
- Crée des symptômes physiques chroniques (hypertension, ulcères)
- Vous isolé socialement
- Génère une dépression
- Détruit vos relations
- S'exprime par des crises violentes (même rares)
Le test de gestion du stress peut vous aider à évaluer si votre colère refoulée a atteint un niveau critique.
Un dernier mot
La colère n'est pas votre ennemie. C'est un message. Elle vous dit : "Tes limites ont été franchies. Tes besoins ne sont pas respectés. Il est temps d'agir."
Apprendre à l'écouter, à la nommer et à l'exprimer sainement est un acte de courage et d'auto-respect. Ce n'est pas être "difficile", "compliqué" ou "trop sensible". C'est être humain.
Pour un accompagnement personnalisé dans la libération de votre colère refoulée et la reconstruction de relations plus authentiques, consultez psychologieetserenite.com. Gildas Garrec, psychopraticien TCC à Nantes

A propos de l'auteur
Gildas Garrec · Psychopraticien TCC
Psychopraticien certifie en therapies cognitivo-comportementales (TCC), auteur de 16 ouvrages sur la psychologie appliquee et les relations. Plus de 1000 articles cliniques publies sur Psychologie et Serenite.
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