Les questions à poser à son manager en entretien annuel : douze questions, et celles qu'il vaut mieux éviter
Trois choses se jouent dans cette séquence, et aucune n'est évidente.
Ce que vous demandez indique ce qui compte pour vous, et cette information est retenue bien plus longtemps que le reste de l'entretien. Une question précise oblige à une réponse précise, qui devient un repère. Et surtout : c'est le seul moment de l'heure où le cadrage vous appartient.
Préparez-en quatre, posez-en deux ou trois. Au-delà, l'échange devient un interrogatoire, et la dernière question annule l'effet des précédentes.Groupe 1 — Les critères
1. « Sur quoi serai-je évalué l'année prochaine, concrètement ? »
Ce qu'elle produit : elle oblige à énoncer des critères. Une évaluation qui s'appuie sur des critères annoncés à l'avance est discutable et corrigeable ; une évaluation qui repose sur une appréciation générale ne l'est pas. C'est ce que la recherche sur la justice procédurale identifie comme déterminant — non pas la sévérité d'un jugement, mais son caractère fondé et contestable. Ce qu'il faut en faire : l'écrire, et le renvoyer dans le message de suivi. Un critère énoncé oralement et non consigné n'existera plus dans onze mois.2. « À quoi ressemblerait, pour vous, un très bon niveau sur ce poste ? »
Ce qu'elle produit : la description d'une cible, plutôt qu'un jugement sur l'écart. C'est la version constructive de la question précédente, et elle passe mieux quand l'entretien a été tendu. Ce qu'elle révèle souvent : que la cible n'a jamais été formulée. Ce n'est pas rare, et le savoir vaut mieux que de continuer à viser au jugé.3. « Sur l'année écoulée, qu'est-ce qui a compté le plus à vos yeux ? »
Ce qu'elle produit : la hiérarchie réelle, qui ne coïncide presque jamais avec celle des objectifs écrits. Beaucoup de gens découvrent à ce moment-là que le dossier sur lequel ils ont passé six mois pesait moins qu'une disponibilité en période de crise.Groupe 2 — Le retour utilisable
4. « S'il y avait une seule chose à changer dans ma façon de travailler, ce serait laquelle ? »
Ce qu'elle produit : la question la plus efficace de la liste. La contrainte du « une seule » force à trancher et empêche la réponse d'ambiance. Elle obtient presque toujours quelque chose de précis, y compris de la part d'interlocuteurs peu enclins au retour. Comment la recevoir : sans se défendre. Notez, remerciez, et demandez un exemple si la réponse est trop générale. Toute justification à cet instant garantit qu'on ne vous dira plus rien l'an prochain.5. « Qu'est-ce qui me manque pour passer un cap ? »
Ce qu'elle produit : elle déplace le retour du bilan vers le développement — deux registres que l'entretien mélange en permanence. Elle est particulièrement utile quand l'année a été correcte sans être remarquable, c'est-à-dire dans la majorité des cas. Le piège : elle appelle parfois une réponse en termes de traits de personnalité (« plus d'assurance », « plus de leadership »). Ramenez-la au comportement observable : « ça se traduirait par quoi, concrètement, dans une réunion ou sur un dossier ? »6. « Comment mon travail est-il perçu au-delà de vous ? »
Ce qu'elle produit : une information que vous n'avez pas et qu'aucune autre question ne donne. Ce qui circule sur quelqu'un dans une organisation est rarement ce qu'il croit — et il l'apprend, en général, trop tard. Précaution : elle suppose une relation de travail correcte. Posée dans un climat dégradé, elle sera lue comme une inquiétude, et elle ne rapportera rien.Groupe 3 — Le périmètre et la suite
7. « Qu'est-ce qui change dans l'équipe ou dans le service cette année ? »
Ce qu'elle produit : le contexte dans lequel s'inscrivent vos objectifs — un départ, un recrutement, une réorganisation, un changement d'outil. Ces éléments décident souvent davantage de votre année que les objectifs eux-mêmes, et ils ne sont presque jamais évoqués spontanément.8. « Qu'est-ce qui est décidé au-dessus, et sur quoi n'avez-vous pas la main ? »
Ce qu'elle produit : elle situe le pouvoir réel de votre interlocuteur, ce qui évite deux erreurs coûteuses — demander ce qu'il ne peut pas donner, et lui reprocher ce qu'il n'a pas décidé. Un effet secondaire utile : elle est souvent reçue comme une marque de compréhension du rôle. Beaucoup de managers de proximité portent des décisions qu'ils n'ont pas prises, et le fait qu'on le reconnaisse change la conversation.9. « Y a-t-il un sujet que vous aimeriez me voir prendre ? »
Ce qu'elle produit : c'est la meilleure question à poser quand on souhaite évoluer sans avoir encore de projet précis. Elle inverse la demande : au lieu de réclamer un périmètre, elle offre une disponibilité — et elle obtient très souvent une réponse concrète, parce que tout manager a une liste de sujets sans propriétaire.Groupe 4 — Les engagements
10. « Où en est ce qui avait été convenu l'an dernier ? »
Ce qu'elle produit : elle rappelle qu'un entretien engage les deux parties. Les travaux sur le contrat psychologique — l'ensemble des attentes non écrites entre un salarié et son employeur — montrent que ce sont les engagements non tenus, davantage que les objectifs non atteints, qui produisent le désengagement. Comment la poser : sans reproche, avec la date. « Nous avions parlé en janvier d'une formation sur X. Où en est-on ? » Le fait est incontestable, et la question n'accuse personne.Encore faut-il se souvenir de ce qui avait été convenu — et c'est précisément ce qui se perd. Les engagements pris se retrouvent dans les échanges de l'année, datés : c'est ce que ScanMyJob remet en série, sans y ajouter d'interprétation.
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Analyser →11. « Sur ce que je demande, qu'est-ce qui dépend de vous et qu'est-ce qui n'en dépend pas ? »
Ce qu'elle produit : elle sépare le possible du souhaitable, et elle évite l'attente la plus toxique qui soit — celle qu'on nourrit pendant six mois sur une décision que personne n'a jamais eu le pouvoir de prendre.12. « Quand refait-on un point sur ces sujets ? »
Ce qu'elle produit : c'est la plus importante de la liste, et la moins spectaculaire. Une date transforme des intentions en repères. Sans elle, la seule manière de rouvrir un sujet est un nouvel incident. Ce qu'il faut en faire : la proposer vous-même — « fin mars ? » — plutôt que de la laisser en suspens, et la confirmer par écrit le jour même.Les cinq questions qui se retournent
« Pourquoi X a-t-il eu plus que moi ? » Elle place l'interlocuteur en position de défendre un absent, elle l'oblige à vous répondre sur un terrain où vous ne pouvez rien démontrer, et elle laisse une trace durable — la comparaison est l'argument dont on se souvient le plus longtemps. « Est-ce que vous me garantissez que… ? » Une question qui appelle une promesse obtient soit un refus, soit un engagement flou, et elle met la personne en face en position défensive. Préférez la version factuelle : « qu'est-ce qui devrait être vrai pour que ce soit possible ? » « Qu'est-ce que vous pensez de Y ? » Demander une opinion sur un collègue engage celui qui répond, sera rapporté, et vous engage tout autant. Aucun bénéfice, un risque certain. « Est-ce que vous êtes satisfait de moi ? » Elle appelle une réponse d'ambiance — « oui, oui, ça va » — qui ne vous apprend rien et qui ferme la porte aux questions 4 et 5, les seules qui rapportent réellement. Les huit questions d'affilée. Le nombre compte autant que le contenu. Passé la troisième, l'échange change de registre et votre interlocuteur cesse de répondre pour commencer à gérer.Après : l'écrit qui fait tenir les réponses
Une réponse orale s'évapore. Un message de trois lignes envoyé le jour même — « pour être sûr d'avoir bien compris : les critères pour l'année sont A, B, C ; on refait un point fin mars » — fait deux choses : il fige un repère commun, et il permet, dans six mois, de parler d'un écart constaté plutôt que d'une impression.
Sans reproche, sans mise en copie, sans formule d'insistance. Trois lignes suffisent, et elles valent l'ensemble de la préparation.
Les tests de la plateforme permettent de faire le point sur votre rapport au retour et à l'évaluation — c'est ce qui décide de votre capacité à poser la question 4 et à en faire quelque chose. L'assistant peut aider à adapter ces questions à votre situation.Trois choses que cet article ne fait pas
Il ne fournit pas un script. Douze questions préparées et posées à la file produisent l'inverse de l'effet recherché. Deux ou trois, choisies selon ce que vous cherchez, suffisent. Il ne dit rien du cadre applicable. Le caractère obligatoire de ces entretiens, leur périodicité et leurs formalités relèvent du service RH, d'un représentant du personnel ou de l'inspection du travail. Il ne décrit personne. Toutes les questions portent sur des critères, des faits et des engagements — jamais sur ce que serait quelqu'un.En bref : « Vous avez des questions ? » arrive à la cinquantième minute, et la réponse la plus fréquente est « non, ça me va » — ce qui gâche la seule séquence de l'entretien où c'est vous qui décidez du sujet. Cet article propose douze questions, classées par ce qu'elles servent à obtenir : les critères (sur quoi serai-je évalué, à quoi ressemble un très bon niveau, qu'est-ce qui a compté le plus cette année) ; le retour utilisable (la seule chose à changer, ce qui manque pour passer un cap, comment mon travail est perçu au-delà de vous) ; le périmètre et la suite (ce qui change dans l'équipe, ce qui est décidé au-dessus, ce qui pourrait m'être confié) ; et les engagements (ce qui a été convenu l'an dernier, ce qui dépend de vous et ce qui n'en dépend pas, quand refait-on un point). Pour chacune, l'article indique ce qu'elle produit réellement — car une bonne question ne sert pas à obtenir une réponse mais à créer une obligation de suivi. Il donne enfin les cinq questions qui se retournent, dont la comparaison avec un collègue, la question qui appelle une promesse, et celle qui demande une opinion sur une personne.

A propos de l'auteur
Gildas Garrec · Psychopraticien TCC
Psychopraticien certifie en therapies cognitivo-comportementales (TCC), auteur de 16 ouvrages sur la psychologie appliquee et les relations. Plus de 1000 articles cliniques publies sur Psychologie et Serenite.
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