Le paradoxe du choix en amour : trop d’options tue l’amour

Gildas GarrecPsychopraticien TCC
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Il y a vingt ans, trouver un partenaire amoureux était une question de proximite geographique, de cercle social et de hasard. En 2026, une personne inscrite sur Tinder, Bumble et Hinge a potentiellement accès a des milliers de profils dans un rayon de quelques kilometres.

L’accès aux partenaires potentiels n’a jamais été aussi large. Et pourtant, les enquêtes montrent que la solitude n’a jamais été aussi élevée, que les relations durent moins longtemps et que la satisfaction relationnelle diminue.

Comment expliquer ce paradoxe ? La réponse se trouve dans un concept formule par le psychologue americain Barry Schwartz en 2004 : le paradoxe du choix. Plus nous avons d’options, moins nous sommes satisfaits de notre décision finale.

Ce mécanisme, démontré dans des contextes aussi varies que la consommation de produits alimentaires et les plans de retraite, s’applique avec une force particulière au domaine amoureux.

Je suis Gildas Garrec, psychopraticien spécialisé en TCC a Nantes, et le paradoxe du choix est l’un des mécanismes que j’observe le plus fréquemment chez les personnes qui consultent pour des difficultés relationnelles liées aux applications de rencontre.

L’expérience des confitures : 24 options contre 6



En 2000, les psychologues Sheena Iyengar et Mark Lepper ont mene une expérience devenue célèbre dans un supermarche haut de gamme de Menlo Park, en Californie. Deux stands de degustation de confiture étaient proposes aux clients, en alternance : l’un presentait 24 varietes, l’autre seulement 6.

Les résultats ont bouleverse les theories économiques classiques :**
– Le stand avec 24 confitures attirait davantage de curieux (60 % des passants contre 40 %).

– Mais le taux d’achat était radicalement différent : 3 % d’achat avec 24 options contre 30 % d’achat avec 6 options.

Autrement dit, les gens étaient 10 fois plus susceptibles de faire un choix quand les options étaient limitees.

L’application aux relations



Remplacez les confitures par des profils Tinder. Le mécanisme est identique :

– Plus de profils disponibles = plus de curiosite (on swipe davantage).

– Mais plus de profils disponibles = moins de décisions d’engagement (on ne choisit personne).

Le chercheur Eli Finkel (Northwestern University) a tire la même conclusion dans son ouvrage The All-or-Nothing Marriage (2017) : les applications de rencontre sont excellentes pour l’accès (rencontrer des gens qu’on n’aurait jamais croises) mais mediocres pour la sélection et l’engagement. L’abondance d’options produit de la paralysie, pas de la satisfaction.

Satisficers contre Maximizers : deux manières de choisir



Barry Schwartz a identifie deux profils de decideurs, dont la distinction eclaire énormément les difficultés amoureuses contemporaines.

Le satisficer : chercher « assez bien »



Le satisficer (de « satisfy » + « suffice ») est une personne qui cherche une option suffisamment bonne selon ses critères prealablement definis. Quand elle trouve quelqu’un qui correspond a ses critères essentiels, elle s’engage — sans continuer a chercher si une option superieure existe quelque part.

Le satisficer ne se demande pas : « est-ce le meilleur choix possible ? » Il se demande : « est-ce que cette personne répond a ce qui est important pour moi ? » La nuance est fondamentale.

Le maximizer : chercher « le meilleur »



Le maximizer est une personne qui cherche la meilleure option disponible. Elle compare systematiquement, explore toutes les alternatives, et même après avoir fait un choix, continue a se demander si elle n’aurait pas pu trouver mieux. Le maximizer a besoin de l’assurance que sa décision est optimale — une assurance par définition impossible a obtenir quand les options sont infinies.

Ce que la recherche montre



Les travaux de Schwartz et de ses collegues (2002) ont démontré de manière convergente que les maximizers obtiennent objectivement de meilleurs résultats (un meilleur salaire, un meilleur appartement) mais sont significativement moins satisfaits de ces résultats que les satisficers. Ils ruminent davantage, regrettent davantage et eprouvent plus de remords.

Applique aux relations, le mécanisme est le suivant : le maximizer peut avoir trouve une personne genereuse, drole, intelligente et physiquement attirante, mais continue a se demander si quelqu’un de « encore mieux » existe. Cette quete infinie sabote la capacité a s’investir dans la relation présenté.

Les recherches de Schwartz montrent également que les maximizers sont plus sujets a la dépression, a l’anxiété sociale et a une estime de soi plus faible — trois facteurs qui aggravent les difficultés relationnelles.

FOMO et relations : les données scientifiques



Le Fear Of Missing Out (FOMO) — la peur de manquer quelque chose — est le moteur émotionnel du paradoxe du choix. Dans le contexte amoureux, le FOMO se traduit par la crainte permanente qu’une « meilleure » personne existe quelque part, juste au-dela du prochain swipe.

Carter et McBride (2022) : FOMO et durée des relations



Une étude de Carter et McBride publiee en 2022 dans le Journal of Social and Personal Relationships a fourni des données quantitatives particulièrement eclairantes. Les chercheurs ont évalué le niveau de FOMO relationnel chez 600 participants et ont suivi leurs parcours amoureux sur 18 mois.

Les résultats sont sans ambiguite : les participants avec un FOMO élevé presentaient significativement moins de relations durables que ceux avec un FOMO faible. Plus spécifiquement :

– Ils initiaient davantage de relations (plus de « premiers rendez-vous »).

–**

Mais ces relations duraient en moyenne 3 fois moins longtemps**.

– Ils rapportaient un niveau de satisfaction relationnelle 40 % inférieur.

– Ils étaient 2,5 fois plus susceptibles de mettre fin a une relation dans les 3 premiers mois.

Le FOMO n’augmente pas les chances de trouver le bon partenaire. Il augmente les chances de ne jamais donner sa chance a aucun partenaire.

Le FOMO comme distorsion cognitive



En TCC, le FOMO est analyse comme une forme de catastrophisation appliquee au futur relationnel : « Si je m’engage avec cette personne, je risque de passer a cote de quelqu’un de mieux. » Cette pensée présenté toutes les caracteristiques d’une distorsion cognitive :

–**

**Elle est inverofiable (on ne peut pas connaitre l’avenir).

– Elle est paralysante (elle empêche l’action).

– Elle est auto-realisatrice (en empechant l’engagement, elle garantit qu’aucune relation ne sera satisfaisante).

Les 5 distorsions cognitives du « toujours mieux »



La TCC identifie plusieurs distorsions cognitives qui alimentent le paradoxe du choix en amour. En les nommant, il devient possible de les remettre en question.

1. La personnalisation



Pensée automatique : « Si cette relation ne me rend pas parfaitement heureux·se, c’est que ce n’est pas la bonne personne. »

Réalité : aucune relation ne rend « parfaitement heureux ». La satisfaction relationnelle est un continuum, pas un état binaire.

Les études de Gottman (40 ans de recherche sur les couples) montrent que même les couples les plus satisfaits vivent des moments de frustration, d’ennui et de doute. Attribuer l’inconfort normal de la relation a un mauvais choix de partenaire est une personnalisation.

2. La catastrophisation



Pensée automatique : « Si je m’engage maintenant et que je rencontre quelqu’un de mieux plus tard, je serai piège·e dans une relation insatisfaisante. »

Réalité : cette pensée presuppose trois choses fausses : (1) qu’il existe objectivement une personne « meilleure » (la compatibilite est contextuelle, pas absolue), (2) que l’engagement est irreversible (il ne l’est pas), et (3) que la rencontre hypothetique d’une personne « mieux » est plus probable que l’approfondissement de la relation actuelle (les données montrent le contraire).

3. Le raisonnement émotionnel



Pensée automatique : « Je ne ressens pas de papillons dans le ventre, donc ce n’est pas la bonne personne. »

Réalité : l’intensite émotionnelle des debuts de relation (la « limerence » décrite par Dorothy Tennov en 1979) est un état neurochimique temporaire, pas un indicateur de compatibilite à long terme.

Les recherches montrent que les relations fondees sur une attraction initiale intense ne sont pas plus durables que celles qui se construisent progressivement. Utiliser le ressenti émotionnel comme seul critère de décision est du raisonnement émotionnel.

4. La pensée tout-ou-rien



Pensée automatique : « Cette personne ne coche pas TOUTES les cases, donc ce n’est pas la bonne. »

Réalité : aucun être humain ne coche toutes les cases d’un autre être humain. La liste de critères — surtout quand elle dépassé 10 items — est une fiction.

Les recherches de Eastwick et Finkel (2008) ont montre que les critères de sélection que les gens declarent avant un speed dating (taille, revenus, apparence) ne predisent pas du tout les personnes avec lesquelles ils choisissent effectivement d’avoir un rendez-vous. Ce qui compte dans la réalité de la rencontre est différent de ce que l’on croit vouloir sur le papier.

5. La disqualification du positif



Pensée automatique : « Oui, cette personne est genereuse, drole et présenté, mais il/elle n’est pas assez ambitieux·se / sportif·ve / cultive·e. »

Réalité : ce mécanisme consiste a reconnaître les qualites de l’autre mais a les neutraliser par un defaut identifie. Le positif est disqualifie, le négatif est amplifie. Ce filtre cognitif est particulièrement actif dans un environnement de choix abondant : quand on pense pouvoir trouver « quelqu’un qui a tout », les qualites réelles du partenaire actuel semblent insuffisantes.

Le piège du « il ne coche pas TOUTES les cases »



Ce piège merite un développement spécifique, tant il est frequent en consultation. La logique est la suivante : les applications de rencontre permettent de filtrer les profils selon des dizaines de critères (age, taille, profession, loisirs, signe astrologique, préférence alimentaire…).

Cette granularite de filtrage créé l’illusion qu’il est possible — et donc souhaitable — de trouver quelqu’un qui corresponde a tous les critères.

Mais les critères ne sont pas additifs. Quelqu’un qui coche 8 critères sur 10 n’est pas « moins bien » que quelqu’un qui cocherait les 10. Les deux critères manquants ne sont peut-être pas pertinents dans la réalité de la relation. La compatibilite humaine ne fonctionne pas comme un algorithme de matching — elle est emergente, contextuelle et evolutive.

Le danger supplementaire est que les critères eux-mêmes se multiplient avec le temps. Plus on utilise les applications, plus on affine sa « liste ».

Ce qui était « sympa et honnete » au début devient « sympa, honnete, grand, sportif, ambitieux, cultivé, voyageur, bon cuisinier, drole, emotionnellement disponible, financierement stable, qui aime les chiens et les films d’auteur ». La liste devient un mur.

« The grass is always greener » : l’illusion permanente



L’expression anglaise « the grass is always greener on the other side » — l’herbe est toujours plus verte ailleurs — décrit parfaitement le mécanisme psychologique a l’oeuvre dans le paradoxe du choix amoureux.

Les applications de rencontre maintiennent cette illusion en rendant les « autres options » perpetuellement visibles et accessibles. Même en couple, la simple présence de l’application sur le téléphone (ou la mémoire de son existence) créé un point de comparaison permanent.

Le partenaire réel — avec ses defauts, ses mauvais jours et ses habitudes agacantes — est perpetuellement en concurrence avec un partenaire imaginaire — idéalisé, filtré et photographie sous son meilleur angle.

Ce phénomène a des conséquences directes sur l’engagement. Une étude de Timmermans et De Caluwe (2017) a montre que les personnes qui continuent d’utiliser des applications de rencontre tout en étant en relation rapportent un niveau de satisfaction relationnelle inférieur et un engagement plus faible que celles qui ont desinstalle les applications.

La simple disponibilite perceptive d’alternatives suffit a eroder l’investissement dans la relation présenté.

Ce mécanisme est d’autant plus pernicieux qu’il est invisible. On ne se dit pas consciemment : « je compare mon partenaire aux profils Tinder. » Mais le cerveau, expose régulièrement a un flux de visages attractifs et de bios seduisantes, ajuste inconsciemment son seuil de référence.

Le « assez bien » d’hier devient le « pas suffisant » d’aujourd’hui — non pas parce que le partenaire a change, mais parce que le referentiel de comparaison a change.

Ce phénomène peut également alimenter des dynamiques d’infidélité : lorsque la tentation est a portee de pouce et que l’engagement est déjà fragilise par le paradoxe du choix, la frontière entre flirt virtuel et passage a l’acte s’amincit considerablement.

Exercice TCC : la liste des 5 critères essentiels



Cet exercice est simple, mais il exige une honnetete rigoureuse avec soi-même. Il s’inspire des travaux de Schwartz sur la distinction satisficer/maximizer.

Instructions



  • Prenez une feuille de papier. Pas un écran — le papier oblige a la réflexion.

  • Ecrivez les 5 qualites ou valeurs qui sont véritablement essentielles pour vous dans une relation. Pas 10, pas 15, pas 50. Cinq. Ce chiffre est délibérément contraignant : il oblige a hierarchiser.

  • Chaque critère doit répondre a la question : « Pourrais-je être heureux·se dans une relation ou cette qualite est absente ? » Si la réponse est « oui, c’est possible », alors ce n’est pas un critère essentiel. Ce n’est pas un critère de confort — c’est un critère vital.

  • Reformulez chaque critère en termes de comportements observables, pas de traits abstraits.

  • – Abstrait : « quelqu’un d’intelligent » → trop vague, inverofiable.
    – Observable : « quelqu’un avec qui je peux avoir des conversations stimulantes » → verifiable des les premiers echanges.
    –**
    Abstrait : « quelqu’un d’ambitieux » → projections et fantasmes.
    – Observable : « quelqu’un qui a des projets personnels et qui agit pour les realiser » → observable.
  • Une fois la liste etablie, engagez-vous a l’utiliser comme filtre unique. Si une personne présenté ces 5 qualites, elle merite un investissement réel, quels que soient les critères secondaires qui pourraient manquer. Si une personne ne présenté pas l’un de ces 5 critères, c’est un signal d’incompatibilite — pas un détail.


  • Pourquoi cet exercice fonctionne



    Il transforme le processus de sélection de « maximizer » (chercher le meilleur) en « satisficer » (chercher quelqu’un qui répond aux besoins essentiels). Il réduit la surcharge cognitive liée a l’évaluation de dizaines de parametres simultanes.

    Et il recentre l’attention sur ce qui compte réellement dans la durée d’une relation — les valeurs, le mode de communication, la réciprocité — plutot que sur ce qui brille dans un profil.

    Les personnes qui appliquent cette méthode rapportent systematiquement deux changements : une reduction significative de l’anxiété de choix et une capacité accrue a s’investir dans les premières étapes d’une relation au lieu de chercher immédiatement les raisons de ne pas continuer.

    Le paradoxe du choix n’est pas une fatalite



    Comprendre le paradoxe du choix ne signifie pas renoncer aux applications de rencontre ou accepter le premier partenaire venu par defaut. Cela signifie prendre conscience du mécanisme cognitif a l’oeuvre et choisir délibérément de ne pas le laisser gouverner ses décisions amoureuses.

    Les applications de rencontre offrent un accès sans précédent a des partenaires potentiels. Mais l’accès n’est pas la rencontre. La rencontre véritable — celle qui construit quelque chose — demande de la présence, de la patience et une tolérance a l’imperfection. Aucun algorithme ne peut remplacer la décision humaine de donner sa chance a quelqu’un malgre l’incertitude.

    A retenir



    • Le paradoxe du choix (Schwartz, 2004) montre que l’abondance d’options réduit la satisfaction et augmente la paralysie decisionnelle.

    • L’expérience des confitures d’Iyengar et Lepper (2000) illustre le phénomène : 24 choix = 3 % d’achat contre 6 choix = 30 %.

    • Les satisficers (qui cherchent « assez bien ») sont significativement plus heureux que les maximizers (qui cherchent « le meilleur »).

    • Carter et McBride (2022) : un FOMO élevé est associe a significativement moins de relations durables, une satisfaction inférieure de 40 % et un risque de rupture précoce multiplie par 2,5.

    • Les 5 distorsions cognitives du « toujours mieux » : personnalisation, catastrophisation, raisonnement émotionnel, pensée tout-ou-rien, disqualification du positif.

    • L’illusion du « grass is always greener » est entretenue par la disponibilite permanente d’alternatives sur les applications.

    • L’exercice des 5 critères essentiels transforme le mode de sélection de maximizer a satisficer, reduisant l’anxiété de choix et augmentant la capacité d’investissement.





    Si vous reconnaissez chez vous cette tendance a chercher toujours mieux, a comparer votre partenaire a un ideal inatteignable, ou a fuir l’engagement par peur de vous tromper — ce n’est ni un caprice ni un defaut de caractère.

    C’est un mécanisme psychologique identifiable et modifiable. Le Programme Love Coach aborde ces dynamiques en profondeur. Vous pouvez également prendre rendez-vous pour une consultation individuelle a Nantes ou en visioconference.




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