Tests psyMieux se comprendreScanMyLoveDécryptez votre relationScanMyJobY voir clair au travail

Le syndrome de l'imposteur chez les soignants et les enseignants


Une infirmière de sept ans d'ancienneté vérifie trois fois une dose qu'elle connaît par cœur. Une professeure de collège, très appréciée de ses élèves, est persuadée qu'elle sera un jour « démasquée ». Un interne relit la nuit un protocole qu'il applique correctement depuis huit mois. Aucun des trois n'est incompétent. Tous les trois vivent quelque chose que la littérature décrit depuis 1978.

Ce sentiment est très répandu dans ces deux professions, et les explications habituelles — manque de confiance, perfectionnisme, humilité mal placée — n'expliquent presque rien. Ce qui l'explique, ce sont des caractéristiques du travail lui-même : la nature de l'erreur, la manière dont le résultat est évalué, la rareté du retour, et la référence à laquelle on se compare.

Précisons-le d'emblée, parce que c'est régulièrement mal compris : le syndrome de l'imposteur ne figure dans aucune classification médicale. Ce n'est ni une maladie, ni un diagnostic. C'est une expérience subjective, décrite par Pauline Clance et Suzanne Imes en 1978, chez des personnes objectivement performantes qui attribuaient leurs réussites à autre chose qu'à elles-mêmes.

Dans l'article qui suit, j'aborde le doute de légitimité dans les métiers du soin et de l'enseignement. Si vous vous reconnaissez dans ce thème, les tests de la plateforme permettent de faire le point.

Une erreur qui ne reste pas au bureau

Dans la plupart des métiers, une erreur coûte du temps, de l'argent ou de la crédibilité. Dans le soin et l'enseignement, elle touche une personne : un patient, un élève. Cette asymétrie change tout le rapport au doute.

Ailleurs, douter de soi est un inconfort. Ici, douter de soi passe pour une précaution morale. « Je ne suis pas sûr d'être à la hauteur » n'est pas vécu comme une fragilité à corriger, mais comme la preuve qu'on prend son travail au sérieux. Le doute se trouve ainsi récompensé par la culture professionnelle elle-même, ce qui le rend beaucoup plus difficile à interroger.

Le problème n'est pas la vigilance — elle est nécessaire. Le problème est qu'elle finit par se confondre avec une conviction stable : si je doute autant, c'est peut-être que je ne suis pas légitime. Le raisonnement s'est inversé.

Un résultat diffus, différé, jamais attribuable

Un développeur voit son code fonctionner. Un commercial voit sa signature. Un soignant et un enseignant, eux, travaillent sur des trajectoires longues, où le résultat dépend de dizaines de facteurs dont ils ne maîtrisent qu'une part.

Un élève progresse : est-ce le cours, la maturation, la famille, un autre professeur ? Un patient va mieux : est-ce le traitement, le suivi, le temps, l'équipe de nuit ? Cette impossibilité d'attribution n'est pas un défaut d'organisation, c'est la nature de ces métiers.

Elle a une conséquence directe : il n'existe presque aucune preuve individuelle de compétence. Bandura, en travaillant sur l'auto-efficacité, a montré que la source la plus solide du sentiment de pouvoir faire est l'expérience de maîtrise — avoir fait, et avoir constaté que ça a marché. Quand le lien entre l'action et le résultat est structurellement illisible, cette source est en grande partie coupée.

ET VOUS ?Où en êtes-vous ? Faites le point : Test du Syndrome de l'Imposteur

60 questions · 10 min · rapport PDF 4,99 €

Faire le test

Analysez vos conversations de couple

Importez une conversation et obtenez une analyse de la dynamique de votre relation.

Analyser

Le retour positif est rare, le retour négatif est immédiat

Personne ne signale ce qui va bien. Une famille ne remercie pas pour une journée sans incident. Une classe qui se passe bien ne produit aucun message. Le retour arrive quand il y a un problème : une plainte, une réclamation, un incident, un parent mécontent, une transmission mal passée.

Le déséquilibre est donc structurel. Sur une année, un professionnel accumule des dizaines de signaux négatifs isolés et presque aucun signal positif explicite. La mémoire, elle, n'égalise pas : elle retient ce qui a fait peur.

Ce qui est décrit là ne dit rien de la qualité du travail. C'est une caractéristique du flux d'information, pas une évaluation. Mais vécu de l'intérieur, sans autre repère, cela ressemble à s'y méprendre à un bilan.

Se comparer à un rôle, pas à des collègues

C'est peut-être le mécanisme le plus spécifique à ces deux métiers.

Dans la plupart des professions, on se compare à des collègues réels, avec leurs limites visibles. Dans le soin et l'enseignement, la référence n'est pas une personne : c'est le bon soignant, le bon professeur. Une figure idéale, jamais décrite précisément, qui ne se fatigue pas, ne s'agace pas, ne perd pas patience, garde la bonne distance et trouve toujours la formulation juste.

Personne ne correspond à cette figure. Mais comme elle n'est jamais énoncée, on ne la conteste jamais — on constate simplement qu'on est en dessous. Hewitt et Flett ont bien décrit cette forme de perfectionnisme dit prescrit : le sentiment que les autres attendent de vous quelque chose d'inatteignable, sans que cette attente ait jamais été formulée par quiconque.

L'écart n'est donc pas entre vous et vos collègues. Il est entre vous et une image dont l'origine n'est pas vérifiée.

Le paradoxe de la formation continue

On imagine que se former augmente le sentiment de compétence. Dans ces métiers, l'effet est souvent inverse, au moins au début.

Chaque formation ouvre un champ qu'on ignorait. On repart avec la conscience nette de tout ce qu'on ne maîtrisait pas, et cette conscience-là est immédiate, alors que la compétence nouvelle mettra des mois à se voir. On mesure son ignorance avant de mesurer son gain.

Cet effet est bien connu et il est le pendant exact de ce que décrivent Dunning et Kruger à l'autre bout : plus on est compétent, mieux on perçoit la complexité, et plus l'écart avec l'idéal paraît grand. La distinction entre ces deux lectures mérite d'être posée clairement.

Ce que l'attribution fait de vos réussites

La théorie de l'attribution, développée par Bernard Weiner, décrit comment nous expliquons ce qui nous arrive : par une cause interne ou externe, stable ou passagère, contrôlable ou non.

Le schéma typique du doute de légitimité est très régulier :

ÉvénementExplication spontanée
La séance s'est bien passéeLa classe était réceptive ce jour-là
Le patient s'est stabiliséL'équipe était bonne, j'ai eu de la chance
Un collègue me demande un avisIl n'avait personne d'autre sous la main
Une erreur est signaléeJe ne suis pas fait pour ce métier

Le succès est expliqué par l'extérieur et le passager ; l'échec par l'intérieur et le permanent. Aucun de ces raisonnements n'est absurde pris isolément. C'est leur systématicité qui pose problème : rien de ce qui va bien ne peut jamais s'inscrire à votre compte.

Ce qu'une source extérieure et datée peut faire

Voilà pourquoi réfléchir davantage ne suffit pas. Quand l'attribution est biaisée, l'introspection recycle les mêmes matériaux : celui qui évalue et celui qui est évalué sont la même personne, avec les mêmes filtres.

Ce qui déplace réellement une conviction d'illégitimité, c'est une trace extérieure et datée, qu'on n'a pas fabriquée soi-même. C'est le deuxième objectif de ScanMyJob : le relevé met en avant ce qui contredit la lecture de la personne autant que ce qui la confirme. Dans des échanges professionnels réels, cela prend des formes très concrètes — on vous confie les situations difficiles, on vous appelle en renfort, un cadre reprend votre formulation dans une transmission, un collègue oriente vers vous une famille compliquée.

Ces éléments existent, ils sont datés, et ils ne sont jamais comptés. La galerie d'exemples montre à quoi ressemblent quatre relevés de faits réels, y compris quand ils contredisent celui qui les a demandés.

Si le sentiment tient moins à votre lecture qu'à un service où les critères bougent et où le retour est systématiquement négatif, c'est une autre question, et elle est traitée à part.

Ce que cet article ne fait pas

Il ne pose aucun diagnostic — il n'y en a pas à poser, le syndrome de l'imposteur n'en est pas un et ne figure dans aucune classification. Il ne dit pas non plus si vous êtes compétent : personne ne peut le faire depuis un texte.

Il ne donne aucun conseil clinique ni pédagogique. Ce qui est décrit ici concerne le vécu professionnel, pas la pratique.

Et il ne remplace pas un avis professionnel. Si ce doute s'accompagne d'un sommeil dégradé, d'une appréhension avant chaque prise de poste ou d'un épuisement installé, c'est un sujet de santé au travail, et le médecin du travail est accessible directement, sans passer par votre hiérarchie.

En bref : Le sentiment d'illégitimité professionnelle est particulièrement fréquent chez les soignants et les enseignants, et ce n'est pas un hasard de personnalité : ce sont deux métiers où l'erreur a une conséquence sur quelqu'un d'autre, où le résultat du travail est diffus et différé, et où le retour positif est structurellement rare alors que le retour négatif arrive immédiatement. S'y ajoute une comparaison permanente non pas à des collègues réels mais à un idéal de rôle — le bon soignant, le bon professeur — que personne n'atteint et que personne ne décrit. Cet article décrit ces mécanismes, ce que la formation continue fait paradoxalement au sentiment de compétence, et comment la théorie de l'attribution explique qu'on range ses réussites du côté de la chance et ses échecs du côté de soi. Le syndrome de l'imposteur n'est ni une maladie ni un diagnostic : c'est une expérience subjective décrite par Clance et Imes en 1978. Et pour la déplacer, l'introspection ne suffit pas — il faut des faits extérieurs et datés.
Gildas Garrec, Psychopraticien TCC

A propos de l'auteur

Gildas Garrec · Psychopraticien TCC

Psychopraticien certifie en therapies cognitivo-comportementales (TCC), auteur de 16 ouvrages sur la psychologie appliquee et les relations. Plus de 1000 articles cliniques publies sur Psychologie et Serenite.

Cet article vous a-t-il été utile ?

Rejoignez notre communauté d’échange sur WhatsApp

Rejoindre la Communauté (sur liste d’attente)

Besoin d’un accompagnement personnalisé ?

Séances en visioséance (90€ / 75 min) ou en cabinet à Nantes.

Prendre RDV en visioséance
WhatsApp
Messenger
Instagram